Dormir et oublier

La toilette succincte que Chantal m’avait faite dans la voiture, entre la radiologie et mon généraliste, était à refaire. Il me fallait également de nouveau changer de tee-shirt. Par expérience je savais qu’il valait mieux avoir une chevelure très courte durant un séjour en milieu hospitalier, cette précaution s’avérait hygiénique, et facilitait l’entretien corporel, surtout quand il était impossible à un malade de se lever d’un lit, et donc de se doucher.

Nous avions pris le temps de raser mes cheveux et de remplir un sac de voyage, avant de gagner ma résidence de vacances.

Les urgences n’étaient pas très encombrées, mais le manque de personnel en cette période estivale faisait que l’attente serait peut-être longue. A l’accueil un membre de l’équipe soignante avait lu le courrier de mon médecin d’un air détaché, puis m’avait attribué le numéro quatre des entrées en médecine de la journée. On m’avait proposé un fauteuil roulant et cet empressement m’avait donné l’illusion que mon cas serait traité en priorité. Très vite je compris ma méprise, pire le fauteuil s’avérait très peu confortable et le mal de dos et de fesses vinrent grossir encore plus mon impatience, de me trouver aussi mal considéré. J’étais heureusement dans une période de stabilisation, car je n’avais pas eu de convulsions depuis la veille, et ma fièvre semblait vouloir diminuer.

Un vieil homme allongé sur un brancard attendait à côté de moi qu’on s’occupe aussi de lui. Il était tellement faible qu’il ne réagissait pas aux assauts d’une mouche qui lui titillait imperturbablement le visage.

J’observais des allers et venus de blouses blanches, les unes des documents entre les mains, d’autres avec du matériel médical, ou en communication avec un portable, mais personne ne daignait porter un regard sur moi, je me demandais bien qui allait pouvoir enfin me délivrer de cette insupportable attente.

Chantal avait été écartée, et priée de gagner la salle d’attente à l’intérieur du sas d’admission. En apostrophant l’infirmière, une mamie rebelle décidée de rester auprès de son mari, avait refusé d’en faire autant.

J’avais soif, j’avais donc demandé poliment que l’on m’apporte un verre d’eau. J’avais eu l’impression de déranger la personne qui m’avait tendu sans un sourire et sans un mot, une timbale pleine du précieux liquide. Elle devait penser qu’elle n’était pas ma bonne, non elle ne l’était pas, je lui avais simplement demandé un service.

Il était environ 19h30 quand enfin quelqu’un s’intéressa à moi. J’étais à présent dans un box entouré d’appareils en tous genres, couché sur une table d’examen, répondant aux mille et une questions que l’urgentiste voulait bien me poser.

Légèrement frissonnant car simplement vêtu d’un slip sous mon drap, j’attendais que l’on me fasse une deuxième série de prise de sang, la première série étant déjà en analyse au laboratoire.

Ma position allongée était encore plus incommode que ma position assise. J’avais beaucoup de mal à tenir en place, et j’étais en train de me demander si je n’allais pas devenir fou. Pourtant j’étais entre de bonnes mains, et je faisais confiance à la médecine pour que l’on me délivre de ce mauvais pas. Chantal avait également perdu patience, elle était revenue me rejoindre en forçant diplomatiquement le barrage. Elle s’était rassurée en constatant ma prise en charge, et n’étant pas à l’agonie, elle m’avait quitté pour la nuit. 

Quelques prises d’urine, de température, et de tension artérielle plus tard, une aide soignante était venue m’informer qu’aucune chambre n’était libre en médecine, et que je serais transféré provisoirement en chirurgie, il fallait être compréhensif. En attendant que mon lit soit prêt, elle me demandait de ne pas perdre patience.

Il était 0h 35 et j’étais enfin conduit par un brancardier, vers un peu de repos, l’admission en urgence n’avait pas été des plus rapides, mais j’étais trop fatigué pour dire autres choses que merci à mon accompagnateur.  

Je partageais ma chambre avec un malade qui me semblait calmement endormi, nos deux lits étaient séparés par un rideau.

Une infirmière était venue me poser une perfusion, puis on m’avait proposé une collation. Je n’avais pas envi de manger, je voulais simplement dormir pour oublier les dernières heures que je venais de passer.

 

Extrait du livre de mes mémoires

 

Le mois de novembre était fidèle à sa réputation, froid, gris et souvent brumeux. Chantal possédant une voiture, nous avions pris l’habitude de suivre l’équipe de football de notre village natal, lors de ses déplacements. En réalité nous restions le plus clair de notre temps à l’abri dans notre véhicule, à discuter d’un bon nombre de sujets qui contribuaient à apprendre à nous connaître. Au retour de notre balade, nous passions toujours la fin de nos soirées à boire un chocolat chaud au café Bretaudeau, le seul endroit à l’époque qui attirait les jeunes et que nous aimions fréquenter comme la plupart de nos amis.

Quelquefois nous allions rendre visite à Jeanne et Dominique qui avaient déménagé sur les Pont-de-Cé. Leur location étant située pas très loin du bord de Loire, ils faisaient progressivement connaissance avec l’inconvénient majeur de cette proximité, les crues du fleuve qui n’épargnaient ni leur maison, ni leurs meubles. Cette vilaine expérience les incitait vivement à faire de nouveaux projets, bientôt nous irions les aider à poser leurs valises sur Saint-Augustin-des-Bois, village distant d’une trentaine de kilomètre d’Angers. Plus les mois passaient, et plus leur manière d’être s’apparentait à la vie de bohême, pourtant nous aimions bien les côtoyer, et nous nous privions rarement de ces moments de plaisir que nous pouvions partager avec eux.

 

            Nous connaissions un hiver froid, mais sans excès. Ma situation financière nous permettait de nous chauffer correctement, sans que notre budget soit menacé de déséquilibre. Grand-mère prenait l’habitude de voir régulièrement Chantal et ne s’offusquait pas du fait qu’elle prenne de plus en plus d’initiative dans l’organisation de notre maison, au contraire elle se sentait soulagée de pouvoir enfin se reposer sur quelqu’un de beaucoup plus jeune, et en meilleure santé qu’elle.

Les vacances scolaires de décembre marquaient l’approche des fêtes de fin d’année. Ce nouveau 24 décembre passé sans mes parents ne différa pas des précédents, cependant le lendemain je devais assister au repas de famille chez Chantal, et sachant mon aïeule psychologiquement beaucoup mieux, je savais que je pourrais m’absenter sans trop de scrupules. 

 



Winnie l’ourson

Depuis que j’étais tombé malade, la sieste de l’après-midi m’était devenue nécessaire. J’avais pris la mauvaise habitude de m’endormir devant mon poste de télévision, la télécommande entre les mains. Ma fille et ma femme qui m’en avaient fait la remarque, m’avaient gentiment offert à Noël, une petite peluche de Winnie l’ourson, qu’elles m’avaient demandé de me servir, en remplacement de cette télécommande qui risquait de se briser, en cas de choc.    

Mon petit fils avait été estomaqué de constater qu’un papy pouvait recevoir en cadeau un jouet d’enfant, et à partir de cet instant, la peluche en question était devenue pour lui quelque chose de mystérieux, et faisait l’objet de toute son attention.

Aussi en ce mardi 3 aout, lorsqu’il pénétra dans ma chambre, d’instinct il comprit que son grand-père avait besoin de réconfort, et partit récupérer dans mon fauteuil, le fameux Winnie qui devait sûrement avoir des pouvoirs surnaturels, pour appartenir à une grande personne.

Ce geste aussi simple soit-il m’avait profondément touché. Matéo n’ayant pas les mots pour s’exprimer, me prouvait ainsi son attachement. Lorsqu’il déposa délicatement la peluche entre mes mains, les larmes se mirent à perler sur mon visage profondément crispé, traduisant ainsi mon état d’extrême épuisement.

Je pleurais sur mon propre sort, et sur ce sentiment d’injustice qui m’entaillait le cœur depuis bien des années, mon fils aîné tentait de me consoler, mais les sanglots avaient l’effet de décongestionner et calmer une souffrance longuement retenue.

Encore une fois il avait fallu combattre mon appréhension pour me rendre au cabinet du radiologue, et ensuite chez mon médecin traitant. Il n’y avait pas d’infection pulmonaire, il fallait rechercher l’origine du mal plus loin. J’avais mon billet en poche pour prétendre à un séjour gratuit à l’hôpital.

 

Extrait du livre de mes mémoires

 

Après une très très longue période de soleil et de chaleur, qui s’était prolongée par mon voyage en Egypte et ensuite par notre séjour avec Chantal dans le sud de la France, les nuages et la fraîcheur de ce mois d’octobre ne faisait qu’attiser ma nostalgie du ciel bleu. J’avais vécu le paradis sur terre et mon esprit avait beaucoup de mal à se défaire de ce qui appartenait désormais au passé. L’activité économique ayant repris de plus belle, mes collègues étaient plongés à fond dans le travail, les vacances se trouvant bien loin derrière eux. J’étais physiquement à mon poste, mais je me surprenais parfois à rêver tandis que la pluie ruisselant sur les vitres du bureau me rappelait à la réalité. Ma réintégration fut donc lente et pénible, et il fallut attendre le début de l’hiver pour que cette réintégration soit totalement effective. 

 

            L’armistice du 11 novembre tombait un jeudi, je bénéficiais également du vendredi, journée exceptionnelle de repos qui m’avait été accordée, pour récupérer des heures supplémentaires. Ce long week-end tombait à point, car notre réunion chez Marie-Claire à Levallois-Perret, qui avait été  fixée dans l’avion lors de notre retour d’Egypte était maintenue, et fixée au samedi 13 novembre. J’avais donc répondu favorablement à l’invitation. Montparnasse accueillait son flot de voyageurs, et j’étais planté dans un coin de la gare, anonyme parmi des anonymes, en train de consulter mon plan pour identifier mon itinéraire. Il était aux alentours de midi, et je m’étais arrêté dans un snack pour me restaurer avant de reprendre mon trajet. Porte de Champerret étant ma destination finale, j’empruntai l’escalier de sortie du métro, pour me retrouver dans un quartier moderne mais terriblement oppressant. Cette proche banlieue semblait surpeuplée, et les constructions modernes n’avaient laissé aucune place à la végétation. Marie-Claire habitait au neuvième étage de l’une de ces immenses tours qui jouxtaient le périphérique. Je n’avais pas eu trop de mal à trouver son adresse. Il était un peu tôt, et j’étais le premier de ses invités. Les autres participants à la soirée étant natifs de Paris, ou de la banlieue, aucun d’entre eux n’était tributaire des horaires d’un train de grande ligne. Nos retrouvailles avaient été des plus conventionnelles, le charme des vacances n’opérant plus sur notre état d’esprit. Pourtant nous avions passé un bon moment à visionner nos diapos et à nous remémorer quelques bons moments de notre voyage. Je n’avais pas eu besoin de trouver un hôtel pour passer la nuit, car Marie-Claire disposait d’une chambre d’amis. Je n’avais pas très bien dormi, car il faisait un peu chaud dans la pièce. En dépit des neuf étages qui me séparaient du périphérique une espèce de bourdonnement incessant venant de la circulation automobile finissait de me tenir éveillé. Marie-Françoise qui nous avait quittées la veille, pour rentrer chez ses parents, était revenue chez sa sœur dès le petit matin. Nous avions pris notre petit-déjeuner ensemble. Elles avaient convenu de me faire visiter le marché aux puces de Saint-Ouen. Marie-Claire disposant d’une voiture, il ne nous avait pas fallu bien longtemps pour rallier la Porte de Clignancourt. Malgré les difficultés de stationnement nous avions quand même trouvé une place au risque d’être fortement verbalisées, ce qui ne semblait pas inquiéter mes coéquipières. Immense rassemblement des commerçants de la mode et de l’artisanat, l’endroit était également célèbre pour sa brocante et ses antiquités. Petite ville dans la ville, ce grand déploiement de marchandises de toutes sortes attirait dans un dédale de petites rues, une population très hétéroclite d’acheteurs et de curieux. Tout droit sorti de ma province, je n’avais pas l’habitude de côtoyer autant de natures si différentes et l’observation de ces gens attisait autant ma curiosité que ce déballage d’objets de toutes natures qui s’offrait à nos yeux. Nous avions déjeuné dans un petit bistrot typique, implanté dans le quartier des brocanteurs, tandis qu’une femme accompagnée de son accordéoniste nous chantait le répertoire d’Edith Piaf, contribuant au charme et à la réputation de ce célèbre marché de Saint-Ouen. La journée s’avançait et il était temps pour nous de reprendre le chemin du retour car un train m’attendait en début de soirée pour regagner ma province. J’avais pris congé de mes deux amies avant de descendre les marches d’accès au métro. La ligne que j’empruntais était bondée de voyageurs qui descendaient également à Montparnasse. Mon week-end s’achevait et le trajet jusqu’à Angers ne m’avait pas paru trop long, à l’inverse des derniers kilomètres qui me séparaient de mon domicile. Hormis deux cartes postales qu’elles m’avaient envoyé, l’une en hiver de Norvège et l’autre l’été suivant du Japon, je ne revis jamais les deux frangines.

 

 



Inéluctabilité

J’avais avalé la dernière gélule de mon traitement le 27 juillet au matin J’étais totalement vidé de toutes énergies, mes promenades quotidiennes devenaient quasi impossibles. Il faisait beau et chaud, aussi avais-je décidé de profiter quand même du soleil en me reposant confortablement allongé dans une chaise longue de jardin. Je subissais tant bien que mal des effets secondaires toujours aussi présents, mais je savais qu’il n’y aurait point de salut sans ce passage périlleux de ma thérapie. Depuis presque 6 ans que je combattais la maladie, j’avais appris à contrôler mes humeurs et donc à me résigner, aussi en dehors des inconvénients liés à cet état physique peu enviable, je n’étais pas inquiet de mon état de santé, et je considérais les frissons qui me parcouraient le corps depuis quelques jours, comme des manifestations normales du médicament. Mes premiers doutes arrivèrent le vendredi 30 avec l’apparition d’une forte fièvre. J’essayais encore et toujours de me convaincre que mon état dépendait de ma chimiothérapie, car je ne souhaitais pas consulter, comme ma famille me le préconisait, un autre médecin que mon généraliste temporairement absent. Les frissons des premiers jours s’étaient transformés en convulsions, les crises apparaissaient de plus en plus régulièrement. D’abord une sensation de froid de plus en plus marquée, puis les forts tremblements, et enfin un pique de fièvre à 40°. La sérénité que j’affichais au début des symptômes avait disparu, j’étais désormais largement soucieux de ce qui était en train de m’arriver. J’avais considérablement diminué ma nourriture depuis que je suivais mon nouveau protocole, mais avec cette affection qui me tombait dessus, je n’arrivais plus à avaler le moindre aliment. Mon cœur trouvait là un terrain favorable pour s’emballer plus fréquemment qu’à l’habitude. Ce cocktail détonant eut raison de ma personne, et je passai pratiquement tout le week-end alité.

Mon erreur avait été grande d’attendre le lundi pour consulter mon médecin qui était enfin revenu de vacances, car j’étais littéralement au bout du rouleau. J’appréhendais fortement de devoir me lever, car j’étais incapable de faire un pas sans vaciller. L’expédition au cabinet médical n’avait pas été une mince affaire, la sueur me perlait sur tout le corps et à mon retour, il avait fallu changer de vêtements, comme j’étais obligé de le faire régulièrement, depuis l’apparition des fièvres. Le praticien pensait à une infection pulmonaire, aussi m’avait-il prescrit une prise de sang à effectuer le jour même, et une radiographie des poumons qui ne pouvait être faite que le lendemain. L’infirmière avec l’aide de Chantal avait bataillé ferme, pour pouvoir me piquer le bras, car à l’instant même où elle avait franchi la porte de notre maison, mes convulsions avaient repris.

La nuit avait été agitée, et mon état avait encore empiré, mon fils aîné avait eu un entretien avec le médecin, je savais désormais que mon hospitalisation était inéluctable.

 

Extrait du livre de mes mémoires

 

Le sommeil de la nuit avait été largement réparateur et nous étions fin prêt pour nous rendre à Cordes qu’Henri et Anne-Marie nous avaient vivement conseillé de visiter. Nous avions donc laissé nos coéquipiers repartir vers la vie active, et nous étions garés à présent sur un parking à l’entrée de ce village qui ne pouvait se visiter qu’à pied. Site médiéval par excellence, cette petite citée n’était pas sans rappeler le Mont-Saint Michel. Construite sur un piton rocheux, les maisons de caractères bordaient des rues étroites et pavées qui ne faisaient que grimper. Une importante activité artisanale occupait largement les touristes qui en cette fin septembre, jouissant encore de quelques jours de vacances, semblaient s’être regroupés en ce lieux. Une nouvelle halte à Saint-Antonin Noble Val nous avait permis de nous dégourdir les jambes et de nous restaurer avant de reprendre notre route. Surplombant la rive gauche de l’Aveyron, le petit village de Penne marqua mon esprit de son emprunte à cause des magnifiques ruines de son château niché sur une pointe rocheuse dominant largement les habitations. La photo souvenir de ces ruines n’est pas de très bonne qualité, mais elle reste pour moi un témoignage précieux de notre passage dans cette charmante localité. Une averse orageuse avait marqué la fin de notre circuit alors que nous étions en train de traverser les vignes de la région de Gaillac, nul doute que cet épisode pluvieux n’allait pas affecter le reste de notre séjour.

La pluie était finalement tombée une partie de la nuit, mais au petit matin le soleil nous avait donné rendez-vous pour notre dernière journée d’excursion.

Graulhet était une citée que je n’avais jamais visité mais que je connaissais bien de par ma profession. Le Tarn était un centre important pour le tannage du cuir et les échanges commerciaux avec les nombreuses entreprises de chaussures des Pays de la Loire faisaient que notre direction développait un trafic routier important entre les deux régions. Lautrec fut notre première halte de la journée. Cette citée médiévale était riche en monuments de toutes sortes et son patrimoine architecturale valait la peine d’être visité. Nous passâmes à cet endroit une partie de notre journée. Nous étions ensuite très vite rentrés sur Saint-Juéry car il nous restait une chose importante à faire, c’était de grimper au sommet du clocher de la cathédrale d’Albi en compagnie d’Henri qui s’était libéré un peu plus tôt de son travail pour l’occasion. Admirer la ville du haut de son monument le plus prestigieux, donnait une dimension supérieure à notre séjour. La soirée s’était déroulée plus calmement que les précédentes car nous étions à la veille de notre départ et l’ambiance était un peu plus emprunte de mélancolie. Toutes choses se terminent un jour et il était temps pour nous de regagner notre domicile pour se préparer psychologiquement à reprendre le travail



Vilains projets

Jeudi 28 octobre, la journée n’est pas facile, j’ai cessé mon troisième cycle de chimiothérapie, il y a deux jours, mais les effets secondaires sont encore bien présents. L’heure n’est pas aux pensées philosophiques, car les épreuves physiques ont pris le pas sur le reste. 

Je suis excessivement fatigué, et je souffre de nausées qui m’empoisonnent la vie, mais j’ai décidé de me faire violence pour reprendre mes écritures, que j’avais laissées tomber en juin dernier.

La mauvaise nouvelle que m’avait rapportée mon cancérologue, n’était que les prémices de ce que j’allais réellement endurer les semaines suivantes. J’étais loin de me douter que ma seconde chimiothérapie serait un parcours du combattant, car les traitements que j’avais suivis entre 2005 et 2007 n’avaient pas été aussi violents que j’aurais pu me l’imaginer, aussi je partais relativement confiant pour cette seconde étape.

La biopsie de ma  tumeur de l’épaule gauche avait donc confirmé la récidive de mon cancer, l’information n’était pas une surprise, je redoutais seulement les résultats de ma scintigraphie des os, et de ce côté-là, j’avais eu une réponse apaisante. Maintenant il fallait recommencer à se battre pour les trois métastases qui rongeaient petit à petit  ce qui restait de ma vie.

Après un bref séjour au bord de la mer au début du mois de juillet,  j’avais compris que la partie était loin d’être gagnée. Très vite la gélule quotidienne avait littéralement épuisé mes forces, et les mycoses avaient colonisé ma bouche, m’interdisant petit à petit de manger. Mon cœur n’était pas non plus mon allié, car il me clouait sur place, à chaque fois qu’il se décidait à battre n’importe comment. A la fin de ce même mois, j’avais cependant résisté aux assauts de toutes sortes, et en terminant ce premier cycle de soins, j’espérais pouvoir enfin sortir la tête de l’eau. C’était sans compter sur mon destin qui avait de vilains projets à mon encontre.

 

Extrait du livre de mes mémoires  

 La cité médiévale de Cordes apparaissait au loin à droite de notre route, construite sur un piton rocheux nous pouvions aisément admirer sa prestance, il était prévu de visiter la ville mais quelques jours plus tard. Notre première halte se situa donc à Laguépie. Le charme particulier de cette petite commune venait du fait qu’elle était une presqu’ile entourée par les eaux de l’Aveyron et du Viaur. L’endroit était faiblement montagneux, mais suffisamment accidenté pour offrir aux touristes de passage des merveilleux paysages. Le temps était beaucoup plus nuageux et la relative fraîcheur nous permettait de mieux supporter le trajet en voiture. Villefranche-de-Rouergue fut notre deuxième étape, nous avions profité d’un petit coin sympathique pour enfiler nos sandwichs et nous désaltérer. Carmaux était une citée autrefois minière et verrière qui avait vécu l’agonie puis la disparition de ses deux principales industries. La ville me paressait encore largement traumatisée par la misère et le chômage qui avaient logiquement découlé de la fermeture des puits, et les habitants me semblaient nostalgiques d’un passé glorieux à jamais enterré. Toutes les villes et villages que nous traversions s’étaient vidées de leurs touristes, il y avait belle lurette que la rentrée scolaire avait sonné le glas des congés d’été. Nous étions donc plutôt tranquilles lors de nos visites et le beau temps de ce mois de septembre ne faisait qu’agrémenter notre séjour. 

Notre retour à Saint-Juéry fut ce jour là suivi d’une soirée encore plus joyeuse que les précédentes, car Henri et Anne-Marie se trouvaient en week-end, et donc beaucoup plus détendues pour apprécier notre présence. Nos parties de dé s’étaient prolongées tard dans la nuit, alors que nous avions convenu de faire ensemble, la virée du lendemain

Le réveil avait sonné tôt ce jour là, car notre itinéraire était long et un peu chargé. Une halte à Albi pour faire le plein d’essence puis Henri qui nous conduisait avec son propre véhicule, emprunta la route en direction de Millau. Notre programme prévoyait plusieurs visites dont celle du point sublime situé à environ 870 mètres d’altitude sur les Causses de Sauveterre. A cet endroit un panorama s’offrait à nous sur le Tarn enchâssé dans ses gorges profondes, le spectacle était à couper le souffle. La région était pleine de petits hameaux construits à flan de coteaux, et je me demandais si ces maisons d’une autre époque étaient encore habitées. L’ambiance à bord de notre véhicule était bon enfant, nous avions un carnet et nous n’hésitions pas à pousser la chansonnette. Notre itinéraire nous avait permis de traverser la grande bourgade de Saint-Affrique et nous étions à présent bien confortablement installés dans un restaurant en plein centre de la ville de Millau. A l’époque le viaduc n’existait pas et les autorités n’envisageaient même pas sa construction. En ce dimanche de fin septembre, l’activité commerciale tournait au ralenti et les rues n’étaient pas très animés, cependant nous n’avions pas besoin de la foule des mois d’été pour apprécier l’architecture des lieux. Nous étions toujours dans le département de l’Aveyron et au sud de Massif Central, nous bénéficions donc de paysages escarpés et fortement variés à mesure de notre progression. Dernière étape avant notre retour, la cathédrale de Rodez ainsi que les vielles demeures du centre ville nous accueillirent marquant un point final aux nombreuses visites qui avaient ponctué différents moments de notre long périple. 

 



WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie