Tout allait pour le mieux

Comme la veille au soir, j’attendais le passage de l’équipe de nuit avant de m’endormir. La télévision était ma compagne du moment. Je ne regardais pas l’image, mais l’émission des contes et nouvelles du 19ème siècle, doté de dialogues savoureux, me tenait à l’écoute, en maintenant intact l’activité de mon esprit. Mon voisin dormait, il l’avait bien mérité. Il ronflait légèrement mais j’espérais pouvoir le supporter.

Je redoutais l’instant où après avoir éteint le récepteur télé, je me retrouverais de nouveau face à moi-même, cet instant où mon lot d’incertitudes occuperait la totalité de mes pensées.

Chacun s’affairait à m’exprimer son admiration pour le courage dont je faisais preuve, face à la maladie, mais nul ne savait à quel point l’exercice était difficile. Le côté optimiste et combatif de ma personne n’était que la partie émergée de l’iceberg. J’aimais montrer une image rassurante de moi, une image qui ne fasse pas peur, mais en réalité, au plus profond de moi étaient enfouis comme des déchets ultimes, mon immense détresse et mon incommensurable chagrin.

La nuit avait été difficile, la fièvre avait bien baissé, le Perfalgan ayant rempli son rôle, mais en contrepartie, il avait fallu  prendre une de ces vilaines chemises de l’hôpital, afin de me mettre au sec. Pour plus de confort, l’infirmière m’avait également allongé sur une large serviette, mon drap étant complètement trempé par une transpiration excessive. 

Le test de la pendule était devenu un réflexe, lorsque sa forme m’apparaissait sur le mur, je savais qu’une nouvelle journée s’annonçait.

Les blouses blanches entouraient mon lit, changement de perfusion, nouveau prélèvement sanguin, prise de ma tension, prise de ma température, et enfin vidage de mon urinal après en avoir mesuré son contenu. J’étais avisé d’une prochaine visite de l’infirmière de garde, car il était prévu de me faire un électrocardiogramme. C’est fou ce que j’étais bichonné, et pourtant je n’avais pas encore de réponse à mon mal, et je commençais à me sentir un peu plus que prisonnier.

J’avais l’ordre de passer un moment dans mon fauteuil, cette perspective ne me réjouissait guère, en plus j’avais froid, il ne fallait cependant point songer à me dérober.

L’effet de ma chimiothérapie s’estompait, je retrouvais le goût des aliments, ce qui m’aidait à recouvrer un peu d’appétit. Café, petit pain, beurre, confiture, reconquéraient peu à peu mes papilles gustatives. C’était la première fois depuis bien longtemps que je prenais plaisir devant mon petit déjeuner.

Cette amélioration significative de mes conditions de malade, me donnait du baume au cœur. Comme la journée semblait me sourire, j’avais décidé de pousser l’expérience jusqu’à me rendre à mon lavabo. Je voulais également me débarrasser au plus vite de cet accoutrement qui m’avait servi de pyjama, durant une partie de la nuit. Faire ma toilette n’était pas une sinécure, j’avais l’impression que mon corps tout entier était empesé, je mesurais une fois de plus mon état d’extrême fragilité, et mon cas ne s’améliorait guère, malgré mes quatre jours de présence en ces lieux. J’étais trop heureux d’avoir retrouvé mon lit. Mon voisin s’apprêtait à me quitter, sa mère était venue le chercher après qu’il eût reçu le feu vert de son médecin.

Ma solitude n’était que passagère, outre la présence de ma famille, je savais que ce week-end serait ponctué par de nombreuses visites. Mon fils Julien m’avait téléphoné, il rentrait du bord de mer et passerait me voir dans l’après-midi avec femme et enfants.

L’infirmière venait de frapper, elle tirait avec elle son électrocardiographe. Mon cœur semblait marquer une pause dans sa révolte, il battait calmement, la Digoxine remplissait son rôle de régulateur du rythme cardiaque. Tout allait donc pour le mieux, dans le meilleur des mondes. 



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