Le meilleur ou le pire

J’avais réussi à me maintenir assis une petite partie de l’après-midi, il était temps pour moi de regagner mon lit. La famille Gautier junior nous avait quittés, fermant ainsi la ronde des fréquentes visites de ce samedi. Depuis plusieurs jours que j’étais cloué dans cet hôpital, et grâce à mes différents visiteurs, je disposais maintenant de magazines en tous genres, et ma table de chevet était garnie de friandises sans aucun doute agréables à déguster.

Comme à l’habitude l’équipe médicale était venue contrôler ma tension et ma température.

J’avais reçu ma dose d’antibiotiques, la deuxième de la journée, il ne me restait plus qu’à guetter l’arrivée de mon plateau repas.

Au fil du temps, les sujets de conversations s’épuisaient aussi, Chantal reprenait sa lecture, et Eliane s’associait à moi pour entamer une nouvelle grille de mots fléchés. Nous avions pris l’habitude de nous intéresser aux jeux diffusés à partir de 19 heures, sur France 2 .Mot de passe, présenté par Patrick Sabatier, était mon préféré. Cette émission sonnait l’heure du souper.

Mes proches n’avaient plus besoin de m’encourager à  terminer mon assiette. J’étais surveillé par les blouses blanches, et la menace de me prescrire des compléments alimentaires était efficace pour me convaincre de bien manger.  

Le moment des aux revoirs restait une étape délicate de la soirée, car il me renvoyait encore et toujours aux spectres de la solitude et de l’angoisse. Lorsque la porte se refermait, Chantal et Eliane emmenaient avec elles la vie. Dans ma solitude et mon univers de malade, je n’arrivais plus vraiment à m’identifier, j’avais l’impression d’évoluer sur une planète inconnue, très très loin des humains.

Les informations de 20 heures nous annonçaient comme à l’habitude des catastrophes en tous genres, une économie en berne, des usines qui fermaient, chaque mauvaise nouvelle, versant le spectateur dans l’indifférence la plus totale, ou au contraire dans un pessimisme de plus en plus marqué.

De même que le soir précédant, je fermais les yeux en écoutant cette fois une rétrospective en chansons des années quatre-vingt dix. Patrick Sébastien et son talent de présentateur gardait sans la moindre faille, mon esprit en éveil.

Depuis le mercredi soir, je n’avais pas eu de convulsions, j’avais espoir d’un effet positif des antibiotiques. Je restais cependant largement traumatisé par ces manifestations violentes de la maladie, aussi lorsque des frissons traversaient mon corps, mon inquiétude grandissait. Du coup, je ne savais pas vraiment comment me couvrir. Sans drap, j’avais la chair de poule,  avec un drap, je sentais la chaleur m’envahir. La crainte de faire monter la fièvre et de passer encore par une vilaine phase de mon affection, me triturait alors l’esprit. 

Toujours aussi mal couché j’avais peine à trouver le sommeil, j’entendais gémir de douleur une personne âgée dans une chambre d’à côté, ce qui rendait l’atmosphère macabre, oppressante, et fortement malsaine.

Mon Dieu pourquoi m’infliger une telle épreuve ? Des larmes perlaient sur mes joues, j’étais tellement fatigué, tellement accablé par tant de supplices, j’avais envie de crier, mais les cris et les larmes, aucune bonne fée n’était là pour les entendre. Il fallait impérativement se comporter comme un adulte, oublier sa condition, et se taire.

La forme rassurante de la pendule m’indiquait le levé du soleil, j’avais finalement dormi un peu. Tension, température, remplacement des poches vides de ma perfusion, contrôle de la quantité d’urines et quelques questions de routine plus tard, j’étais à présent devant mon petit déjeuner.

La matinée était brumeuse et fraîche, l’aide soignante s’employait à plaindre les pauvres vacanciers, victime d’une météo peu favorable, et attendait de son patient qu’il compatisse à tant de malheur. Elle me confirmait que pour la deuxième journée consécutive, mon lit ne serait pas refait et que mon repas serait servi sans doute avec un peu de retard. J’étais radieux de penser que davantage de temps m’était consacré à chasser l’ennui.

Chasser l’ennui aurait pu être facile si mon état de santé m’avait permis de lire, mais je n’en avais pas la force. Il me fallait choisir entre la passivité du téléspectateur devant une émission  en général chiante, ou la pratique de mon activité cérébrale favorite, les mots fléchés. J’alternais ces deux occupations en fonction de ma résistance physique, car assis j’étais régulièrement assailli par toutes sortes de malaises d’origine inconnue, qui me conduisaient souvent vers la position allongé de mon lit, là ou je me sentais un peu moins comme une épave.

Ce dimanche 8 aout, il fallait que je renonce à me rendre au lavabo, la journée ne s’annonçait pas des meilleurs pour ma forme, tant pis il fallait en prendre son parti, demain serait un autre jour.

Finalement j’étais d’assez bonne humeur devant mon plateau, notre cuisiner avait amélioré l’ordinaire du menu .respectant ainsi la tradition du déjeuner dominical, qui se devait d’être plus riche et plus festif que les autres repas de la semaine. Une cuisse de pintade admirablement préparée, et un éclair au chocolat comme dessert, voilà qui me donnait un coin de ciel bleu, dans mon univers trop souvent teinté de grisaille. Chantal et Eliane allaient bientôt arriver, il ne fallait pas chercher bien loin les petits instants de bonheur, ils étaient là à portée de main.

Etienne et Nadine avaient profité de leur passage à Saint-Léger pour faire le détour jusqu’à mon chevet, mais repos dominical oblige, les gens n’étaient pas venus en masse pour s’enfermer dans un hôpital, et je le comprenais parfaitement.

Hormis le fait qu’Eliane gâchait ses vacances à cause de moi, je me sentais bien en famille, et je me passais relativement facilement de la présence des autres.

Le diner était aussi triste que le déjeuner avait été gai, je terminais ma première semaine enfermé dans l’incertitude et l’appréhension du lendemain. J’avais quand même l’espoir d’une réponse un peu plus précise sur l’origine de mon affection, mais l’attente était longue, il y avait maintenant plus d’une semaine que je trainais cette forte fièvre, et j’avais le désir intense de voir enfin apparaître le bout du tunnel.

L’équipe de garde était passée, je pouvais affronter maintenant les tourments de la nuit. Je n’avais pas oublié qu’une échographie cardiaque était programmée pour moi le lendemain matin. Comme à l’habitude, je flippais à mort. Il fallait avoir une mentalité de fer pour ne pas sombrer devant l’avalanche des contrôles, la difficulté majeure étant à chaque fois de supporter  ces éprouvantes attentes d’un diagnostic qui déciderait pour le meilleur ou pour le pire, de mon avenir.  



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