Situation inconfortable

Mardi 10 août jour de la saint Laurent, il y avait maintenant 8 jours que mon sort dépendait du bon vouloir de la médecine. Le petit déjeuner était devenu l’agrément essentiel du matin. Je n’ignorais pas que le retour du plaisir de manger dépendait largement de la suspension de mon traitement anticancéreux. L’idée de passer un prochain scanner, me  hérissait le poil, car mes tumeurs étaient livrées à elles mêmes, depuis déjà bien trop longtemps.

La procession des blouses blanches étaient terminées, je disposais d’un peu d’énergie pour faire ma toilette, et ce retour progressif à mon autonomie n’était pas sans me réjouir.

Mon fauteuil était toujours aussi inconfortable, mais je résistais à l’idée de rejoindre rapidement mon lit, car il me fallait consolider mes forces.

La charge virale avait diminué dans mon sang, c’était du moins le résultat de ma dernière prise de sang. Les deux virus détectés dans mes analyses étaient connus, mais peu fréquents, le médecin était cependant très optimiste, espérant une évolution prochaine vers la guérison. Pour l’heure il était prévu de continuer les examens pour espérer découvrir l’origine de mon infection sanguine. Il avait choisi d’employer le terme d’infection sanguine plutôt que de me parler d’une septicémie, se doutant bien que j’ignorais la similitude des deux mots. Il était nécessaire en effet de ne pas m’effrayer, alors que j’étais déjà suffisamment affaibli physiquement et moralement, par la maladie.

A  raison de trois perfusions d’Augmantin par jour, l’antibiotique avait considérablement contribué à diminuer les accès de fièvres, mon confort de malade s’en était donc trouvé largement amélioré. Je craignais toujours le retour des crises de tremblements car je restais largement traumatisé par leurs manifestations, aussi les deux contrôles quotidiens de ma température restaient des moments de pures angoisses.  

Le tic tac de la pendule perturbait légèrement le silence de ma chambre, il fallait attendre l’heure de midi pour espérer retrouver autour de moi l’agitation et le bruit. Maîtriser l’ennui était un exercice quotidien, que je dominais de mieux en mieux, le temps s’écoulait ainsi beaucoup plus vite. L’heure du déjeuner signifiait que ma solitude allait très vite être brisée par l’arrivée de ma famille, les meilleures choses avaient besoin de patience, et la patience était toujours récompensée.

Je vivais hors du temps, tel un paresseux d’Afrique du Sud, ce mammifère qui ne se déplace qu’avec une extrême lenteur, très loin de toutes formes d’agitation.  Chantal et Eliane me ramenaient au 21ème siècle, à chaque fois qu’elles franchissaient le seuil de la porte. Elles venaient me rappeler à la mémoire, qu’il existait ailleurs que dans ma prison, une vie beaucoup plus réjouissante.

L’après-midi débuta par la visite de mon cousin Jean-Claude et de sa femme Marie-Juliette. Ils avaient quitté La Charente-Maritime le matin même, pour assister à une sépulture, et profitaient de leur passage dans la région, pour venir à mon chevet.

La discussion était tout juste engagée, lorsqu’un groupe de blouses blanches pénétra dans ma chambre pour m’informer de mon transfert immédiat au service médecine. Une infirmière chargée de m’administrer mon antibiotique s’exécuta d’une manière inhabituelle, car elle injecta directement le produit à l’aide d’une seringue dans le tuyau de ma perfusion. Je ne comprenais pas cette précipitation qui me faisait perdre complètement pied.

A présent assis dans un fauteuil roulant,  je slalomais dans les couloirs de l’hôpital, poussé énergiquement par un brancardier, et suivis par Chantal, Eliane, Jean-Claude, Marie-Juliette, et Régis, qui était venu grossir le lot de mes visiteurs. Mon cœur battait la chamade, et ma tête tournait à la limite de l’évanouissement.

Ma place m’attendait cette fois du côté fenêtres, mais je retrouvais l’inconvénient d’un colocataire. L’épreuve m’avait complètement anéanti, et pour me remettre de mes émotions, je n’espérais qu’une seule chose, le départ de mes cousins et amis, d’autant plus que la chambre était saturée de monde, cinq personnes bavardant également bruyamment avec mon voisin de lit.

Mes deux cousins nous avaient quittés, mais Joël et Isabelle les avaient remplacés. J’avais de la  peine à parler, mon corps était présent, mais mon esprit voyageait ailleurs. Il fallait que je gère, des malaises, qui m’assaillaient de toutes parts, et je sentais en plus, la chaleur envahir ma chair,  craignant fortement à venir, une nouvelle poussée de fièvre. Mes amis me prouvaient à maintes reprises leur soutien dans ma lutte contre le cancer, leur compassion envers moi m’était d’une aide précieuse, et pourtant  leur présence à ce moment précis m’était insupportable. La nouvelle équipe médicale qui me prenait désormais en charge, me délivra inopinément du stress qu’engendrait cette situation, particulièrement inconfortable. 



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