Oui monsieur

Les jours se suivaient et se ressemblaient, rythmés par les trois plateaux repas de la journée. En ce jeudi 12 aout je me sentais un peu barbouillé sans doute à cause de ma nervosité du matin, nervosité qui avait quelque peu déranger mes intestins. Mon appétit récemment retrouvé marquait le pas, et mon visage grimaçait à la vue de toute cette nourriture qu’il me fallait ingurgiter au risque de prendre un carton rouge auprès de l’autorité des blouses blanches.

Mes deux précédentes nuits caractérisées par un sommeil morcelé, commençaient à me peser sur les épaules. N’ayant pu accomplir les gestes simples pour faire ma toilette, Chantal avait repris du service à son arrivée.   

Je n’avais plus de fièvre et ce point extrêmement positif me redonnait un peu de courage. Le médecin s’était inquiété de ne pas me voir suffisamment marcher, il avait prescrit des piqûres de Calciparine. Cette précaution ne m’exemptait pas de faire de l’exercice. Chantal m’aidait donc de temps en temps à arpenter les couloirs, mais l’exercice me paraissait fort pénible d’autant plus qu’à ma faiblesse de corps, s’ajoutait la peur de faire un malaise.

Romain mon fils cadet venant me rendre visite, abrégea cet après-midi là, ma balade, et j’étais plutôt satisfait de retrouver mon fauteuil.

Bonaventure était revenu de son petit voyage, il me semblait totalement éreinté de l’épreuve qu’il venait de traverser. Les médecins lui avaient posé une sonde urinaire, ce qui me paraissait logique, par rapport à ces nombreux déplacements aux toilettes. Telle une marionnette, le pauvre homme complètement dépassé par les évènements, se laissait manœuvrer sans un mot, j’éprouvais une immense compassion à son égard. 

Sa femme et son fils s’entretenaient avec le médecin. Le chirurgien n’avait pas pu procéder au grattage de sa vessie. Celle-ci totalement obstruée par des cailloux devait impérativement lui être retirée au risque d’endommager gravement ses reins. L’annonce du diagnostic avait été un choc pour son entourage, Bonaventure semblait lui ne rien comprendre de ce jargon médical, son esprit voyageait dans un autre environnement que le notre.

J’avais trouvé curieux que cette conversation d’ordre privé se fasse en ma présence, je n’aurais pas aimé pour me part qu’un patricien s’entretienne avec ma famille, et à mon sujet, en présence d’étrangers.

Mon bras était toujours enflé, plusieurs séries de compresses alcoolisées n’étaient pas venues à bout de cet œdème. L’infirmière m’avait donné la consigne de le maintenir d’une certaine manière à l’aide d’un coussin, qu’elle m’avait placé sous l’aisselle. Je fatiguais énormément de devoir me positionner ainsi, d’autant plus que l’amélioration se faisait attendre. Ce nouvel ennui s’ajoutait à la liste de ces plus ou moins grandes contrariétés qui me pourrissaient la vie.

Ma perfusion était également une cause de mon exaspération car d’une part, elle réduisait mes mouvements, et d’autre part parce que mes veines ne supportaient plus ces injections à répétition.

L’expérience de la maladie m’avait appris qu’il ne servait à rien de se lamenter. Lorsque je sentais venir le moment de la révolte, je canalisais ma colère évitant ainsi tout débordement, puis revenait ensuite la voie de la sagesse et de l’acceptation.

L’équipe de garde était passée, les stores étaient baissés, mon voisin gémissait, je regardais la télévision, une troisième nuit débutait semblable aux deux précédentes.

La fatigue aidant j’avais dormi d’une seule traite, mon voisin était déjà bien entouré. Une infirmière avait tiré le rideau, et s’affairait auprès du malade qui partait une nouvelle fois pour la dialyse, il avait subi avant de quitter la chambre un électrocardiogramme.

Nous étions le vendredi 13 aout, les femmes de service qui refaisaient les lits et nettoyaient la chambre étaient de mauvaise humeur. Ce matin elles avaient enregistrés de nombreux départs de patients, elles avaient beaucoup de travail en perspective. Elles déploraient le manque d’effectif, amplifié par les absences pour cause de congés. L’arrivée inopinée de mon médecin, arrêta tout net, la conversation.

La charge virale dans mon sang avait encore diminué J’étais en passe d’arrêter les antibiotiques par injection, mais il fallait continuer le traitement, cette fois par voie orale. Je n’avais pas eu de commentaires sur mes examens de la veille, mais j’avais au programme pour ce jour une radiographie des sinus et un panoramique dentaire. J’avais demandé si le temps était venu de ne plus s’inquiéter, le praticien m’avait répondu par un oui monsieur.



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