Chaque jour suffit sa peine

Les gémissements de la nuit précédente avaient cessé. J’étais plutôt soulagé de ne pas avoir à supporter de nouveau cette épreuve. Les compresses d’alcool pour tenter de faire disparaître un œdème récalcitrant n’avait pas eu l’action thérapeutique escomptée. Mon bras restait largement enflé, et le fait d’y penser m’empêchait de trouver la position adéquate pour le soulager, et par ricochet m’empêchait aussi de trouver le sommeil.

Pourtant ma fatigue physique avait fini par l’emporter, et je me réveillai en ce matin du lundi avec une seule idée en tête : rentrer chez moi.

Mes différents examens, n’avaient quasiment rien dévoilé du mystère de cette très vilaine fièvre, qui m’avait littéralement terrassé, pendant plus de huit jours. Je pouvais maintenant remercier le ciel, car  les antibiotiques avaient rempli le rôle qu’on attendait d’eux. Je ne m’en sortais pas sans séquelles, car ma fatigue était extrême et la convalescence risquait de durer encore un moment. Je n’étais sûrement pas prêt d’oublier le côté traumatisant de cette périlleuse aventure.

Je n’avais jamais entendu parler des résultats de mon échographie du foie et de la vésicule biliaire, et je n’avais pas l’intention de poser la question. Il serait toujours temps de m’inquiéter à nouveau au moment de passer mon scanner à Nantes.

Je n’avais pas échappé à la surveillance habituelle, l’infirmière m’avait précisé qu’un dernier prélèvement sanguin serait effectué en fin d’après-midi, juste avant mon départ.

Si  l’instant des repas avait été lors de mon arrivée comparable à une séance de torture, à l’inverse,  le petit déjeuner de ce matin était un moment de plaisir intense. Pain frais, beurre, confiture, et café au lait,  ressemblaient à un  trésor, je n’avais qu’un seul regret celui de ne pas avoir l’audace de demander une ration supplémentaire.

Mon moral était comme le temps, au beau fixe. Du coup ma chambre baignée par la lumière du soleil, ne m’avait jamais paru aussi agréable, et le temps ne m’avait jamais paru si court. Les dames en blanc se succédaient pour prendre congé de moi, et pour me souhaiter bonne chance, l’ambiance était à la fête.

J’avais eu des nouvelles de Bonaventure. Il était hospitalisé dans une chambre en face de la mienne, l’opération de sa vessie s’était bien passée, cependant  il souffrait énormément. Ses reins étaient tirés d’affaire, mais son avenir se dessinait autour d’un handicap, qu’il aurait très vite l’obligation d’assumer. Peut-être avais-je tort, mais nos relations ayant été beaucoup trop distantes, je n’osais pas lui rendre une petite visite, pourtant je compatissais fortement à sa peine.

Il m’était toujours aussi pénible d’effectuer ma toilette, mais ma motivation était renforcée par le fait de mon départ imminent. Tout devient possible quand l’espoir fait disparaître la couche d’obscurité qui est en nous.

Peu de temps avant l’heure de midi, j’avais subi l’un de ces nombreux petits malaises, qui avaient le désagrément d’apparaître au moment où je les attendais les moins. Mon repas en avait été largement gâché, mais pour l’heure j’avais repris un peu de vigueur et l’incident n’était plus qu’un mauvais souvenir.

Chantal et Eliane franchissaient le seuil de la porte, pour la dernière fois, leur patience sans limite était enfin récompensée. Nous étions donc trois à nous réjouir du dénouement heureux de mes deux longues semaines d’hospitalisation.

L’heure n’était cependant pas aux projets, car cet épisode aussi pénible fut-il n’était qu’un incident supplémentaire de parcours, dans ma lutte incessante contre le cancer. Il fallait juste se réjouir de l’instant présent, chaque jour suffit sa peine, demain sera un autre jour, telles étaient, et telles sont encore mes deux devises.

Deux femmes de service étaient entrées pour défaire mon lit, et me demandaient expressément de ne plus l’utiliser. Je m’étais donc habillé cependant, en attendant  l’instant de  mon départ, je n’avais pas très envie de faire autres choses que de supporter une dernière fois mon inconfortable fauteuil. Ce fut au moment où je m’y attendais le moins, qu’on frappa à la porte pour nous demander de libérer ma chambre. Outre les admissions programmées, cette journée du lundi s’annonçait particulièrement délicate pour accueillir également les admissions des urgences, aussi le personnel médical n’avait pas de temps à perdre pour préparer les lits. L’explication nous avait été donnée, nette et précise, sans un mot d’excuse. 

Je terminais donc mon séjour, dans une salle réservée aux familles, avec les yeux constamment rivés sur la pendule. Pour tuer le temps chacun s’occupait en lisant cette sorte de magazines datant de mathusalem, aux pages froissées par trop de manipulations, traitant de sujets pour la plupart inintéressants, et que l’on a l’habitude de trouver dans toutes les salles d’attente de tous les cabinets médicaux.

L’infirmière était apparue quasiment à l’heure indiquée, pour me piquer une dernière fois le bras. Je ne savais pas vraiment la raison pour laquelle ce prélèvement sanguin s’avérait nécessaire, dans la mesure où je quittais les lieux avant d’en connaître les résultats, mais je n’avais pas eu la curiosité de poser la question.

Une derrière halte dans le hall d’entrée de l’établissement pour régler des détails administratifs, puis je me retrouvai enfin repropulsé dans le quotidien d’une vie que contraint et forcé, j’avais mise en parenthèse  pendant cette quinzaine de jours d’hospitalisation. 



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