Mister Jekyll et docteur Hedde

Dimanche 28 novembre 2010, il fait toujours aussi gris et froid, le ciel laisse s’échapper quelques flocons de neige. Equipé de mon bonnet et de mon écharpe, je constate que ma balade dominicale n’est pas  aussi désagréable que j’aurais pu l’imaginer. La météo en a découragé plus d’un, les rues sont quasiment désertes, les gens ont choisi de prolonger leur nuit de repos, plutôt que de mettre le nez dehors. En fait ils n’ont pas tous choisi de rester sous la couette, car en passant devant Cinémovida, j’aperçois une longue queue de courageux cinéphiles, qui patientent jusqu’à l’extérieur du cinéma, avant de pouvoir assister pour la plupart à la projection d’Harry-Potter, 7ème de la série, et un phénomène de société.

La ville de Cholet continue sa mutation, le chantier du grand théâtre, à l’emplacement de l’ancien hôpital, progresse à la vitesse grand V. Le jardin du Mail est dépossédé de ses promeneurs, et sa végétation s’est endormie jusqu’à l’arrivée du prochain printemps. La façade de la mairie et son esplanade ont été aménagées en vue des animations de Noël.

Rien ne ressemble davantage à cette journée d’automne que celle que je vivais en ce dimanche 28 novembre 2004, en dehors du fait que je ne connaissais pas encore la gravité du mal qui était, et qui est encore en train de me ronger les entrailles.

Lorsque dans la soirée du vendredi,  j’étais rentré de ma consultation, d’instinct Chantal avait compris l’urgence de la situation. Comme elle n’était pas du genre à remettre au lendemain ce que l’on peut faire le jour même, en ce fameux dimanche de grisaille, j’arpentais les quartiers de la ville en sachant qu’il faudrait très vite affronter la terrorisante vérité, mon rendez-vous au cabinet de radiologie du docteur Hedde, était fixé au jeudi 2 décembre.

 

Extrait du livre de mes mémoires

 

Le lundi  suivant, je devais sans doute être en congés, car nous étions partis dans l’après-midi avec ma future belle mère en quête d’un restaurant que nous avions repéré au May sur Evre. A condition de nous marier un vendredi, il était possible d’organiser très vite un grand repas. Nous devions impérativement respecter le délai que nous avait accordé le groupe immobilier, la date du 9 septembre fut donc retenue. Débusquer un orchestre pour la soirée dansante n’était pas chose aisée. Nous avions donc écumé ensuite les adresses que nous avions à notre disposition et par chance, nous avions trouvé rapidement chaussures à nos pieds. En trois jours chronos nous venions de sceller notre avenir. Il restait quand même le plus important à accomplir, avertir la mairie pour faire publier les bans. La suite suivrait logiquement au fur et à mesure du temps. 

 

La date fatidique était arrivée, grand-mère partait le lendemain à Nantes, avec l’espoir d’améliorer ses conditions de vie. J’étais rentré du bureau dans la crainte de la découvrir sensiblement énervée, pourtant je ne détectai rien dans son comportement, susceptible de trahir un trouble quelconque de son esprit. Je me sentais fortement responsable d’elle, j’étais donc très ennuyé de ne pas pouvoir l’accompagner, mais je n’avais pas eu la possibilité de me libérer de mon poste de travail. La nuit avait été très agitée, confirmant ma parfaite connaissance de mon aïeule. J’avais même été obligé de faire appel à Gisèle, qui était à la fois notre voisine et sa nièce par alliance. Gisèle était pour moi souvent de bons secours, et sa présence me rassurait dans bien des circonstances, en l’occurrence  pour m’aider à calmer mon ascendante, victime d’une nouvelle crise de delirium tremens, dont je connaissais parfaitement les manifestations, pour en avoir le témoin, depuis déjà bon nombre d’années.

L’incident de la nuit n’avait pas calmé mes inquiétudes, je faisais pourtant confiance à l’ambulancier qui était informé de notre situation familiale particulière. Ayant l’habitude de transporter la malade depuis ses premières opérations, il m’avait promis de l’accompagner jusqu’à sa chambre avant de la laisser entre les mains des médecins.

L’intervention chirurgicale ayant lieu dès son arrivée à la clinique, je n’avais que la journée pour me faire du mauvais sang d’autant plus que Chantal m’avait  prêté sa voiture, et que j’avais donc la  possibilité de me rendre à son chevet le soir même. Le trajet au départ de La Verrie, jusqu’à l’entrée de  l’agglomération, n’était qu’une formalité, se diriger dans le centre ville était une autre paire de manches. Heureusement le hasard avait voulu que dans le but de l’inviter à notre mariage, nous étions venus quelques temps plus tôt rendre visite à ma tante Marie-Josèphe (sœur de ma mère), qui avait quitté depuis longtemps déjà Pont-Rousseau, et qui logeait à présent quai de la Fosse,  un quartier de Nantes justement situé à proximité des lieux qui nous intéressaient. Elle connaissait parfaitement la cité, et nous avait donné en détail le nom des rues à emprunter pour se rendre à la clinique. Nous avions même parcouru le chemin en voiture pour que ses explications soient sans ambigüité. Je suivais donc scrupuleusement l’itinéraire que nous avions inscrit sur une feuille de papier et eus la chance de repérer rapidement une place pour me stationner. Je n’étais pas réellement récompensé des moments de tension nerveuse qu’avaient été les derniers kilomètres de mon périple. Grand-mère allait bien mais était dans un état second, car l’anesthésie faisait encore son effet. Je ne pouvais pas lui poser de questions, elle ne remarquait même pas ma présence. L’aide soignante qui était rentrée dans la chambre, ne m’avait pas donné beaucoup d’explications,  et je n’avais pas la possibilité de voir le chirurgien car il avait quitté les lieux. Je lui avais expliqué ma situation familiale, et la distance qui me séparait de la clinique, elle avait consenti à me donner un numéro de téléphone pour que j’obtienne quelques nouvelles durant le courant de la semaine. Il ne me restait rien d’autre à faire que de rentrer chez moi. La circulation était dense, et dans la file compacte des véhicules, l’attente aux feux rouges était parfois longue. Il ne fallait donc pas perdre patience. Je n’étais pas aussi soucieux de la route qu’à l’aller, car j’avais bien repéré mon itinéraire et j’étais désormais sur le point de quitter l’atmosphère oppressante de l’agglomération Nantaise. Tout allait bien dans le meilleur des mondes, jusqu’à ce qu’un voyant lumineux m’indiqua la nécessité absolue de m’arrêter. Pour sortir de la ville, j’étais passé par l’ancien trajet, celui que je connaissais bien pour l’avoir emprunté jadis avec mes parents, lorsque nos excursions nous conduisaient jusqu’à Pont-Rousseau. Stoppé dans un chemin de ferme, j’eus la chance de croiser un agriculteur. La voiture avait chauffé, et une fumée abondante s’échappait du moteur. L’homme voulut bien attendre avec moi que le moteur refroidisse, puis il alla chercher l’eau nécessaire, pour remplir un vase d’expansion presque à sec. Il m’avait conseillé d’être prudent et de rouler le moins vite possible, éventuellement de m’arrêter et de vérifier la quantité d’eau, pour ne pas risquer davantage. J’étais parti de Nantes aux alentours de 20 heures, et cette panne m’ayant considérablement retardé, je roulais à présent de nuit. Mon arrivée à domicile avait été des plus calamiteuses, mais le véhicule était stationné et n’attendait plus que la main habile d’un mécanicien pour être réparé. J’avais téléphoné d’une cabine au bar-tabac de Saint-Léger qui avait bien voulu prévenir Chantal. Elle était venue me rejoindre avec son frère. Jean nous avait donné son diagnostic : la courroie du ventilateur coupée avait provoqué la surchauffe du moteur, et par extension, le vase d’expansion avait été endommagé. C’était la première fois que je m’aventurais seul, avec une voiture qui ne m’appartenait pas, et mon mauvais génie m’avait encore joué un vilain tour. La chance n’était décidément pas de mon côté.

Chantal et Jean avaient repris la route de Saint-Léger, et j’étais rentré m’occuper de ma chienne. Enfermée toute la journée, la pauvre bête n’avait pas encore satisfait ses besoins naturels, aussi était-il urgent le la faire sortir. J’étais sensiblement énervé, et j’étais incapable de dormir en l’état, je décidai donc d’emmener l’animal en balade.

Les jours suivants la voiture avait pu être dépannée, et les choses étaient rentrées dans l’ordre.

Comme promis le personnel hospitalier m’avait donné par téléphone les renseignements que j’avais demandés, et le dimanche suivant nous avions eu avec Chantal, la possibilité de rendre visite à mon aïeule.

Son hospitalisation avait duré une dizaine de jours, durant lesquels il m’avait fallu assurer le quotidien. Le plus difficile restait à faire, car son retour à la maison nécessitait un suivi médical important. Une infirmière libérale prodiguait les soins adéquats, mais ne restait que le strict nécessaire. La patiente ne pouvant pas poser le pied parterre,  j’avais mis à contribution beaucoup de monde pour me venir en aide, durant mes absences. Malgré une convalescence bien suivie, et ponctuée d’une visite chez Regnault, il restait un problème majeur, le pansement bien que considérablement allégé ne lui permettait pas d’enfiler sa chaussure orthopédique, elle risquait de ne plus pouvoir marcher pendant un certain temps, et le temps était justement compté, car mon mariage approchait à grands pas. Bien qu’onéreuse, la solution passait par la location d’un fauteuil roulant, il n’était pas envisageable de priver des noces, le seul membre de ma famille directe qui me restait.

A force de discussions, un autre choix nous fut proposé par Robert, un lointain cousin de mon père. Robert travaillait en tant qu’ouvrier dans une usine de chaussure, et il se proposa de fabriquer une sandale avec un système de réglage, largement ouverte sur le dessus, et pourvu d’une semelle compensée aussi épaisse que celle de sa chaussure orthopédique, ainsi elle pourrait se déplacer le minimum nécessaire durant la cérémonie.

 



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