Elément déclencheur

30 novembre 2010, l’air polaire c’est installé pour plusieurs jours sur l’Europe. A quinze heures, il fait  -1°  à mon thermomètre, un hiver qui commence un peu trop tôt à mon goût. Je suis devant cette page d’écriture car j’ai  renoncé à réaliser ma balade quasi quotidienne par crainte d’affronter ce froid polaire. Pour la même raison nous décidons également Chantal et moi, de remettre à un autre jour, l’intention que nous avions, d’écumer les magasins de la ville, à la recherche d’idées cadeaux pour les fêtes de fin d’année.

Mes gênes liées à mes problèmes de digestions difficiles se sont provisoirement estompées, en vingt quatre heures je suis passé d’un état diarrhéique, à une tendance constipatoire sans avoir changé pour autant mon alimentation. Je ne peux jamais présager le jour, ce que sera ma forme le lendemain, il est dans ces conditions bien difficile de se fixer des objectifs. C’est dans ce contexte particulier du malade menacé par l’épée de Damoclès que j’avais voulu renoncer à prendre un nouvel abonnement au théâtre. Ma femme ne m’avait pas écouté, et je suis content de pouvoir assister ce soir à un concert de l’orchestre philharmonique de Prague qui interprétera des œuvres de  Georges Bizet. Pour l’heure je n’arrive pas à me réchauffer, j’ai l’impression qu’un liquide glacé me coule dans les veines, et les quatre épaisseurs de vêtements que j’ai sur le dos, n’y font rien.

30 novembre 2004, ce n’était pas devant mon ordinateur de maison que j’étais assis, mais devant celui de bureau. Je ne me souviens plus si la météo était aussi hivernale qu’aujourd’hui, mais ce dont je me souviens, c’est que mes doutes concernant mon état de santé, n’étaient pas le seul sujet de préoccupation du moment. Mon fils qui travaillait en tant qu’intérimaire dans l’entreprise Michelin, avait eu un accident avec l’une de nos deux voitures, il n’était pas blessé mais le véhicule attendait au garage, qu’un expert se prononce sur la réparation ou non des dégâts. Le concessionnaire nous avait prêté une Citroën C1 en attendant le verdict, et cette attente n’était pas faite pour améliorer mon état de  stress, car un changement d’automobile n’était pas chez nous, à l’ordre du jour.    

 

Extrait du livre de mes mémoires

 

Jeudi 8 septembre 1977, le temps était incertain, mais les prévisions météorologiques nous assuraient une amélioration pour le lendemain.

Ma famille directe se résumant à moi et à ma grand-mère, il ne fallait pas chercher chez nous l’effervescence d’une pré-cérémonie. L’euphorie des préparatifs était effectivement  entièrement concentrée au sein  du noyau familial de la mariée. Dans la réalisation d’un évènement aussi important je ressentais profondément l’absence de mes parents, et comme à chaque fois que je me retrouvais dans cet état d’esprit le sentiment d’injustice prédominait, et gâchait le droit que j’avais de me sentir cent pour cent heureux.

J’avais tellement pataugé dans la boue depuis mon enfance, que je ne comprenais pas vraiment ce qu’il était en train de m’arriver. Les épreuves successives m’avaient maintenu dans un sentiment de soumission et d’acceptation d’un destin que je n’imaginais pas autrement que sombre, et ce revirement de situation me faisait un peu peur.

Depuis la célébration de ma profession de foi je n’avais jamais été à l’origine d’un rassemblement aussi important que celui que je m’apprêtais à vivre. Je mesurais l’effort qui avait le mien durant ces longues années pour garder un contact permanent avec oncles, tantes, cousins, cousines, amis de mes parents, ce qui m’avait permis de constituer une famille de substitution afin de ne pas me retrouver complètement seul sur le chemin de mon existence, et j’étais fier de m’entourer de tous ces gens pour qu’ils soient pour une fois, les témoins d’autres choses que de mes malheurs. 

La soirée était avancée, le grand-père maternel de Chantal qui avait scruté bien des ciels durant sa longue vie de paysan, m’avait confirmé les dires des météorologues, la journée de demain serait ensoleillée. 

A présent j’avais franchi la porte d’entrée de ma maison, grand-mère était endormie, la chienne au pied de son lit. En apparence, mais ce n’était qu’une apparence, le mariage de son petit fils ne la perturbait ni plus ni moins, que de nombreux évènements déjà vécus. Rien autour de moi ne laissait transparaitre la fin d’un livre, et pourtant demain serait un autre jour.

Ce soir là l’interrupteur de ma lampe qui plongeait ma chambre dans le noir, mettait un point final à une histoire, celle de mon enfance brisée.

 

 

Ainsi s’achève le récit de la première partie de ma vie. Trop de souffrances inavouées  m’avaient conduit jusqu’à un point de non retour. En ce mois de novembre 1996 j’avais atteint la frontière du supportable, et je sombrais lentement mais sûrement dans une grave dépression. Se confesser grâce à des heures tarifées devant un professionnel m’apportais certes un peu de soleil, mais exorciser mon mal-être par l’écriture, Chantal n’avait de cesse de me le conseiller. Pendant toutes ces années l’idée faisait son chemin, apprendre que j’étais atteint d’un cancer du rein, fit office de déclencheur.

 

                                                                                  Cholet le 30/11/2010



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