Une poupée de chiffon

Le brancardier poussait mon chariot à travers un dédale de couloirs où régnait une activité intense à cette heure de diner. Je sentais des odeurs de cuisine qui me donnait l’envie de vomir et j’avais hâte de m’éloigner au plus vite de cette source de malaise.

Je disposais d’une chambre pour moi tout seul. L’équipe médicale m’avait branché sur différents appareils dont je ne connaissais pas l’utilité. Les infirmières pouvaient bien faire ce qu’elles voulaient de moi, je n’étais qu’une poupée de chiffon entre leurs mains, incapable du moindre effort.

J’avais soif, j’avais même très soif, boire était une obsession, le verre d’eau que j’avais demandé m’avait été refusé, je ne savais plus quoi faire pour convaincre mon entourage, je n’avais plus de nausées, mais rien y faisait, le personnel n’avait pas reçu l’ordre de satisfaire ma requête.

« Monsieur Gautier, hormis le petit incident de dernière minute, votre opération s’est bien déroulée. Nous avons procédé comme prévu, à une lobectomie du lobe supérieur de votre poumon gauche, sans avoir rencontré de complications particulières. Vous avez une bonne résistance physique, et vous êtes passé entre nos mains, dans des conditions optimales. Par contre il va falloir maintenant uriner car en cas de doute, nous procéderons à la pose d’une sonde urinaire. Peut-être allez vous souffrir un peu, car nous vous avons placé un drain sur votre côté gauche, à hauteur de la hanche. Votre famille a été prévenue de votre admission en soins intensifs et de votre faculté à récupérer rapidement, vous pouvez désormais vous reposer sereinement. »

« Est-ce que je peux avoir un verre d’eau ? »

« Compte tenu de votre état satisfaisant, je vais demander que l’on vienne vous apporter ce que vous demandez. »

Le docteur M me fit un salut de la tête, puis il s’éloigna de mon lit. Je n’étais pas totalement dans la pénombre, car une petite veilleuse me laissait deviner les formes du mobilier qui meublait la chambre.

« Je vous apporte une carafe d’eau, ne buvez qu’un seul verre, sinon vous risquez de vomir.  Pour être plus à l’aise, vous pouvez même vous asseoir sur le bord de votre lit»

L’infirmière s’éloigna en me rappelant que mon urinal était à portée de main.

« Bonne nuit monsieur Gautier »

J’attendais cette minute avec fébrilité, sentir le liquide me couler dans la gorge, ne plus avoir la bouche et la gorge asséchées, l’eau valait en cet instant précis tous les lingots d’or de la terre. J’étais comme un gamin à qui l’on a interdit de manger un autre bonbon, je regardais la carafe quasiment pleine et j’avais la sensation de ne pas avoir totalement étanché ma soif. La tentation était trop forte, un second verre, puis un troisième, je ne m’arrêtais plus de braver l’interdiction.

Le docteur M m’avait annoncé une excellente nouvelle, je n’avais pas de sonde urinaire, et j’avais bien l’intention de rallier tous mes efforts pour ne pas en avoir une, la vilaine bête me rappelait de trop mauvais souvenirs. Maintenant mes préoccupations étaient axées sur mon système urinaire, au risque de devoir supporter l’insupportable, plus rien n’avait d’importance, la terre pouvait s’arrêter de tourner, je pouvais bien avoir un cancer, il fallait à tous les prix que je pisse. Boire toute ma carafe n’avait pas été un problème, je me fichais de la réaction de l’infirmière, car la satisfaction de voir mon urinal à demi-rempli, me comblait de ‘’bonheur’’.



L’impitoyable cancer

La clinique était conçue de la même manière que le bâtiment des consultations, le sol des couloirs était revêtu d’une moquette, ce qui avait pour avantage d’éliminer énormément de bruits nuisibles à la tranquillité des malades. C’est dans ce contexte que je n’avais pas entendu l’arrivée de l’équipe du matin. Il était temps pour moi de me préparer, j’avais une demi-heure pour me badigeonner de Bétadine sous la douche.

Dès l’heure je n’avais plus le temps de m’inquiéter pour mon sort, il fallait faire vite et s’abandonner ensuite entre des mains expertes.

Une infirmière m’avait fait revêtir la blouse adéquate, mais je frissonnais quelque peu. J’étais allongé sur mon chariot et j’observais défiler le plafond des couloirs sans émotion particulière. Je n’étais pas le seul heureux élu, a bénéficier des soins attentifs d’un chirurgien.

Mon brancardier m’avait placé dans une salle annexe, à la suite de plusieurs autres chariots sur lesquels les patients attendaient le moment fatidique de l’endormissement. Rangés à la manière des bovins dans une étable, nous attendions patiemment que notre nom soit prononcé, car une blouse blanche nous collait une étiquette au fur à mesure qu’elle avait pu nous identifier. La dame à côté de moi n’avait pas le moral et elle me le faisait savoir. J’avais dû lui balancer une plaisanterie, mais la plaisanterie ne faisait rire personne. En fait je n’étais pas plus rassuré que ma voisine, tourner les choses en dérision désamorçait en moi ce moment de tension extrême que nous étions en train de vivre.

Je commençais à avoir l’habitude des salles d’opération, je m’attendais à subir la fameuse péridurale des deux interventions précédentes, mais il n’en fut rien. J’étais allongé sur une table bien peu confortable, je commençais à greloter sérieusement, et le puissant projecteur situé au dessus de ma tête m’empêchait d’ouvrir correctement les yeux. Un homme en vert s’était approché de moi, je ne le reconnaissais pas derrière son masque, mais comme il s’apprêtait à m’envoyer dans un autre monde, je supposai qu’il s’agissait du docteur R.

« Monsieur Gautier, monsieur Gautier, il faut vous réveiller »

Juste le geste de fermer les yeux et de les rouvrir, mon esprit avait voyagé dans un espace-temps complètement immatériel et j’étais de retour dans le monde des vivants.

J’étais encore sous l’effet puissant de l’anesthésique, mais je distinguais quand même l’infirmière postée à côté de moi. Elle communiquait avec un téléphone portable, mais je ne comprenais absolument pas la teneur de sa conversation. Je m’en fichais d’ailleurs, car je n’avais qu’une seul envie, celle de me rendormir aussitôt.

« Monsieur Gautier, monsieur Gautier, je suis le docteur M. Nous avons un petit souci, vous être en train de faire une petite hémorragie interne, rien de bien méchant, mais nous allons être obligé de vous reconduire au bloc. »

L’annonce de l’incident ne m’avait pas fait réagir d’un pouce, j’étais complètement dépourvu de sensations.

« Monsieur Gautier, ne bouger pas et n’ayez pas peur, nous allons vous soulever de votre chariot, et vous déposer délicatement sur la table d’intervention »

J’étais de retour à la case départ, le puissant projecteur était toujours la pour m’éblouir et l’équipe chirurgicale avait repris du service.

« Comptez  jusqu’à trois. »

« Un deux……. »

De nouveau l’aiguille de l’anesthésiste m’avait inoculé dans les veines la dose nécessaire pour me plonger dans un profond sommeil artificiel.

« Monsieur Gautier, monsieur Gautier, cette fois vous allez vous réveiller pour de bon, l’intervention c’est bien déroulée. »

« Monsieur Gautier, vous entendez ce que je vous dis, nous avons réparé la fuite, un brancardier va vous conduire dans une chambre de soins intensifs. »

J’étais arrivé au bloc à 7 h 30 le matin, j’en n’étais ressorti qu’à 18h 30 le soir, c’est du moins l’information qui m’avait été fournie. Au bout de la chaine il y avait ma famille à laquelle on avait donné le conseil de ne pas se déplacer, mais dont l’inquiétude avait dû grandir au fil des heures. La dureté de l’épreuve était décidément bien partagée, une fois de plus, l’impitoyable cancer étendait ses ravages jusque dans l’entourage du malade.  



La partie n’était pas gagnée

Plus les jours avançaient et plus je doutais d’une issue favorable à ma maladie, mes pensées se tournaient de plus en plus vers le passé et de moins en moins vers l’avenir. Je ne savais pas si j’avais réellement peur de la mort, mais ce que je redoutais le plus c’était la séparation d’avec mes proches. J’avais bel et bien franchi une barrière psychologique au-delà de laquelle, les futilités du monde avaient laissé la place à ce qui représentait l’essentiel de mon existence.

Nous étions revenus à Nantes par nos propres moyens, le docteur R nous avait brièvement reçus pour des examens en vue de mon anesthésie générale. Deuxième fois que j’empruntais ce couloir, le bureau du praticien côtoyait celui de M, j’avais encore le souvenir de l’entretien amical que nous avions eu avec ce pneumologue quelques jours auparavant. Il fallait maintenant s’enfuir au plus vite des lieux, et oublier nos malheurs le temps d’une récréation, la date du mariage de Frédéric (le fils d’un ami), approchait en effet à grand pas. Les bons moments passent malheureusement beaucoup trop vite, se confronter aux aléas de la vie devenaient inéluctable.  

En ce soir du 11 juin, la larme à l’œil, il nous fallait prendre congé des noceurs , s’éloigner un temps soit peu de la noirceur m’avait certes détendu l’esprit, mais le retour à la réalité en n’était que plus difficile.

Ma valise était prête dans un coin de la maison, il me restait encore la journée du dimanche avant de combattre dans l’arène Le lion féroce était sortie de sa tanière pour chasser, je n’avais pas l’intention de lui servir de gibier.   

Lundi 13 juin 2005, mon fils aîné avait pris la décision de me conduire à bon port. Sans être euphorique, mon départ de la maison n’avait pas été aussi larmoyant que celui concernant ma seconde opération. Nous étions 4 dans la voiture, Julien et Sophie son épouse, Chantal, et moi principal acteur d’une comédie dramatique, dont nous étions en train de jouer le 3ème acte.

Administration oblige, je n’étais pas rentré dans ma chambre avant 17 heures, une aide soignante m’avait rapidement présenté le fonctionnement du lit électrique, des lumières, et du bouton d’appel,  il fallait à présent attendre le début des festivités. J’étais assis dans un fauteuil, Julien était allongé sur le lit, le cardiologue n’avait pas apprécié et il nous l’avait fait savoir.

« Qui est le malade ici ? »

« C’est moi », lui avais-je répondu.

« Ce n’est en apparence pas évident » rétorqua t-il

Mon séjour débutait mal, l’homme était froid, impassible, peu loquace, et sa manière d’effectuer un électrocardiogramme encore plus déconcertante. Pour humidifier ma peau, avant de me poser des électrodes, je l’avais vu en effet tremper ses  doigts dans mon verre d’eau. La situation semblait totalement farfelue dans un milieu médical où les problèmes d’hygiène sont un souci permanent.  J’en étais resté la bouche bée.

J’avais eu droit à un repas léger, je n’avais pas faim, Julien m’avait aidé à avaler un croque-monsieur indigeste. Maintenant que ma petite famille était partie, il fallait gérer le stress dans une totale et profonde solitude.

Un coup venait d’être frappé à la porte, je vis rentrée une infirmière. La femme était à l’image du cardiologue, peu souriante, elle posa sans un mot son matériel sur le lit,  c’était l’heure de la tonte, une humiliation qui j’avais toujours autant de mal à surmonter. Elle était partie comme elle était arrivée, muette comme une carpe, sans doute était-elle fatiguée, je ne le serai jamais.

Alors que j’étais plongé dans mes pensées les plus sombres, le téléphone sonna. Chantal et les enfants étaient installés devant un verre d’apéritif, leur retour s’était passé sans encombre, ils me souhaitaient une bonne nuit. J’étais content qu’ils soient tous réunis autour de la table familiale, je savais que demain ils penseraient très fort à moi.

Le plus dur restait à faire, dormir pour ne plus me torturer l’esprit, la partie n’était pas gagnée.

 



L’appréhension et la peur

Depuis le mois de novembre 2004, l’annonce de mon cancer m’avait conduit à consulter un généraliste, deux radiologues, un urologue, un pneumologue, deux anesthésistes, un kinésithérapeute, un angiologue, une multitude d’infirmières et d’aides-soignantes, tout ce petit monde exerçant sa profession dans une clinique ou dans un cabinet médical à moins de 3 kilomètres de chez moi.

Mon conflit ouvert avec la maladie prenait une autre dimension, il fallait partir me soigner dans la très grande agglomération nantaise.

A ma panique de devoir une fois de plus confier mon corps à un chirurgien et à son scalpel, s’ajoutait le stress qu’engendrait mon déplacement en voiture dans une ville que je ne connaissais pas du tout. Dans mon grand malheur, j’avais ‘’la chance ‘’ d’être classé par l’administration, dans la catégorie des patients atteints d’une affection longue durée, je pouvais bénéficier du transport sanitaire. Nous prîmes donc Chantal et moi la décision d’utiliser l’ambulance, pour nous épargner une fatigue nerveuse bien inutile. Etre entièrement à l’écoute du pneumologue restait la priorité des priorités.

Vendredi 20 mai 2005, nous étions sortis de la période d’engourdissement hivernal, et le soleil qui brillait de mille feux m’aidait sans conteste à ne pas tomber dans un pessimisme outrancier.

A l’inverse d’une simple grippe qui vous colle au lit avec une fièvre à quarante, le cancer restait pour moi une maladie abstraite. Avant d’apprendre mon affection, je n’avais jamais ressenti de symptômes capables de m’alerter sur mon état de santé. Les terribles épreuves que je venais de traverser, ne m’avaient pas complètement jeté à terre, et je ne ressentais pas davantage de signes révélateurs, alors même que je m’apprêtais à subir une troisième intervention chirurgicale.

L’ambulance se faufilait lentement mais sûrement dans la circulation urbaine, nous notions avec application notre itinéraire, car nous serions probablement amenés à l’emprunter plusieurs fois dans un très proche avenir.

La clinique était scindée en deux bâtiments, l’un d’entre eux accueillait les consultations. Il fallait prendre un ascenseur pour accéder au cabinet du docteur M. Les locaux étaient récents, et nous empruntions un couloir, en marchant à pas feutrés sur une moquette posée probablement dans l’intention de préserver la quiétude des lieux.

Le praticien nous accueillit dans un bureau moderne et très spacieux. Son approche du malade m’apparut plus conviviale que celle du docteur K. Il prenait largement en compte le fait d’avoir en face de lui un être humain, et était parfaitement conscient de ma détresse. Il s’appliquait à me rassurer sur le déroulement de l’opération, et m’inondait de détails techniques sensés m’apporter un peu de sérénité.

Mon rendez-vous avec l’anesthésiste était fixé au 2 juin, et il avait accepté de reporter ma date d’hospitalisation, car nous étions conviés à un mariage le samedi 11 juin.

Les dés étaient jetés, une nouvelle fois ma vie basculait dans l’appréhension et la peur d’un avenir qui me paraissait très très sombre.   



2ème acte 4ème tableau

Le miracle n’avait pas eu lieu, le cancer est une maladie qui ne pardonne que très rarement L’annonce de cette récidive n’avait surpris personne de ma famille, nous étions rarement du côté des chanceux, mon destin me concoctait une toute autre histoire que celle d’un comte de fée, et je n’osais pas en imaginer le scénario.

Vendredi 15 avril, des giboulées de pluie avaient rafraîchi le temps et mon moral. Le cabinet de consultation était à deux pas du parking, mais il avait fallu attendre la fin de l’averse, pour pouvoir enfin sortir de la voiture.

Le docteur K était un médecin ordinaire, qui ne cachait pas son indifférence à l’égard de son patient. Dans le but d’effectuer une biopsie, il m’expliquait sur un schéma l’endroit où était situé le ganglion qu’il voulait atteindre. Dépourvue totalement de compassion, le ton de sa voix était neutre, à égale distance entre la vérité et le mensonge, je n’étais qu’un malade parmi tant d’autres, sa journée allait bientôt s’achever.

Une fibroscopie était programmée pour le mercredi 4 mai, en attendant il valait mieux ne pas me noyer le cerveau dans de vilaines pensées. La recherche de mes ancêtres m’y aidait fortement, et je multipliais mes déplacements aux archives municipales, dans les mairies environnantes, ou au sein du cercle généalogique de notre ville. Les gens autour de moi étaient dépités,  il me fallait trouver les mots pour les rassurer, une faiblesse de ma part risquait de les déstabiliser. Je ne voulais pas que mon visage reflète leur propre peur face à la maladie, les conséquences étant pour moi  de les voir s’éloigner chaque jour un peu plus. Je n’envisageais pas un seul instant de devoir mener tout seul un combat, dont l’avantage était pour l’instant largement du côté de l’adversaire.

La clinique était devenue quasiment ma maison secondaire, j’étais hospitalisé en ambulatoire, donc je devais être libéré le soir même. Dès mon arrivée l’infirmière m’avait introduit dans une chambre, il fallait attendre un spécialiste pour qu’il me pratique une anesthésie locale.

L’effet de cette insensibilisation était fortement désagréable, car j’avais la sensation de ne plus pouvoir avaler.

Le brancardier m’avait amené dans la salle d’intervention, le docteur K m’attendait de pied ferme.

« Monsieur Gautier, cette examen vous semblera assez déplaisant, mais il n’est en aucun cas douloureux. Je vais vous introduire un fibroscope par une narine à l’intérieur de la trachée,  jusque dans les bronches. C’est un petit tube cylindrique et souple sans danger de blessures »

Il m’avait expliqué ensuite que grâce à une source de lumière et à une micro-caméra il pouvait visualiser l’état de la paroi des bronches, puis je n’avais pas eu d’autres commentaires. Je n’avais pas trouvé l’épreuve effectivement très attrayante et je comprenais la nécessité d’être à jeun, car je n’avais pas cessé d’avoir envie de vomir pendant toute la durée de l’opération.

Quand l’ordre m’avait été donné de quitter les lieux, nous avions pris Chantal et moi nos jambes à notre cou, pour nous échapper de ces lieux qui ne ressemblaient surtout  pas au jardin d’Eden.

Je ne sais plus pourquoi il avait fallu attendre si longtemps avant de revoir de docteur K, toujours est-il que six jours après ma fibroscopie, j’étais de nouveau face à mon destin.

« Le contrôle n’a rien donné, le ganglion était hors d’atteinte de mon fibroscope »

J’avais la très nette impression qu’il me mentait, car je ne voyais pas la raison pour laquelle il ne m’en avait pas parlé au moment de l’examen.

« Nous allons mesurer votre capacité respiratoire. Il suffit de souffler le plus fort et le plus vite possible dans ce tube gradué. Il mesure le volume d’air expiré par minute. Le principe est simple, si le débit du souffle est trop faible, c’est que le calibre de vos bronches est rétrécit »

Bête et discipliné j’avais obéi à l’autorité médicale sans poser aucune question.

Je m’étais donc attelé à la tâche, en essayant de m’appliquer le mieux possible, et le praticien semblait satisfait de ma prestation.

« Fort bien votre capacité respiratoire est optimum, nous allons pouvoir vous ôter un morceau de poumon, sans que vos activités quotidiennes en soient affectées dans l’avenir.»

La phrase avait été lancée presque sur le ton de l’humour, je ne savais pas si je devais rire, ou si je devais pleurer. J’avais un énorme doute sur la nécessité de cette fibroscopie, je me demandais bien si tout malade que j’étais, ma cause n’avait pas servi à rentabiliser le matériel médical.

« Cette opération ne s’effectue en aucun cas à Cholet, je vais vous confier au docteur M des N C N. Je vais m’arranger pour vous obtenir rapidement un rendez-vous.

Le rideau était tombé, sur le 2ème acte 4ème tableau d’une comédie dramatique dont j’étais le principal acteur.  



La récréation est terminée

On peut bien feindre d’ignorer les obstacles qui se dressent devant nous, un jour ou l’autre notre destin nous rattrape, sans que nous n’ayons aucune possibilité de nous dérober.

Mercredi 13 avril 2005, malgré des épreuves physiques et morales extrêmement difficile à surmonter, je sous-estimais encore largement les capacités de mon adversaire à résister et à rebondir dans cette compétition que j’avais la prétention de vouloir gagner.

Je n’étais pas forcément à l’aise de me retrouver dans un décor qui me rappelait de très mauvais souvenirs, mais je n’étais pas non plus paniqué, car confiant du travail qui avait été effectué par le chirurgien. Je ne pensais même pas à l’éventuelle réaction que je pourrais avoir en me trouvant devant le docteur H. Étant convaincu du bon déroulement de mes deux opérations, j’attendais simplement que l’on me confortât dans mes idées, tout au plus j’imaginais devoir suivre dans les prochaines semaines, un traitement médicamenteux postopératoire.  

J’avais avalé mon flacon de produit à base de sulfate de baryum, et j’attendais que l’on vienne me chercher. Je ne connaissais pas l’état d’esprit de Chantal, nous n’avions que très peu parlé avant de quitter la maison, sans doute que l’épisode catastrophique du mois de décembre, lui trottait dans la tête, et qu’elle espérait ne pas revivre un tel cauchemar. La salle d’attente se remplissait progressivement et j’entendais le bruit de la machine derrière la porte d’à côté.  

« Monsieur Gautier »

L’instant fatidique était arrivé, je me levai pour rejoindre une cabine de déshabillage, une infirmière m’y attendait pour poser à mon bras une perfusion. Allongé sur la table d’examen je ne songeais à rien, j’obéissais aux ordres qui m’étaient donnés, je souhaitais simplement être libéré au plus vite. Un produit de contraste venait de m’être injecté, je savais qu’une sensation de chaleur allait progressivement coloniser mon corps, puis le scanner s’était mis à l’œuvre.

« Bloquer votre respiration »

Lentement mais sûrement je sortais du tunnel, de la tête aux pieds, l’appareil bombardant tranche par tranche, mon corps de rayons x

« Vous respirez de nouveau »

« L’examen est maintenant terminé vous pouvez rejoindre votre cabine, je viens dans un instant vous délivrer de votre perfusion »

Le plus difficile restait à faire, attendre les commentaires d’un professionnel de santé, j’avais donc rejoint Chantal, en espérant que les minutes ne se transformassent pas en heures.

Le docteur D était apparu dans l’encadrement de la porte, il m’invitait à le suivre dans une pièce annexe.

« Différents clichés de votre scanner montrent une anomalie au niveau de votre poumon gauche. En réalité je distingue plusieurs ganglions, qui sont certainement des métastases issues de votre cancer primaire. N’hésitez pas à me poser des questions, je suis là pour vous répondre »

Je n’avais pas de questions, en réalité j’étais sans voix, ce nouveau coup de semonce m’assommait mais ne me m’était pas à terre. Sans doute que les paroles brutales du docteur H m’avaient immunisé à jamais. Il fallait repartir à zéro, j’étais décidé de ne pas me laisser faire, sûrement existait-il une solution pour sortir de ce nouveau mauvais pas.

« Il faudrait prendre un rendez-vous auprès d’un pneumologue, je vous conseille le docteur K, nous allons avertir sa secrétaire pour qu’il vous reçoive le plus vite possible. Je suis désolé monsieur, je vous souhaite un bon courage. »

Chantal qui avait assisté à l’entretien n’avait pas davantage réagi que moi, décidément le docteur H nous avait bien endurcis. Cependant nous ne sortions pas du service d’un cœur léger, pour nous la récréation était belle et bien terminée.      



Cinq semaines devant moi

Malgré quelques kilos manquants, on trouve généralement que j’ai bonne mine. Mon sentiment et mes sensations personnelles correspondent sensiblement à mon apparence : je me sens plutôt en forme malgré une faible réserve d’énergie. En fait, je sais que le moteur est coupé. Je suis désormais en vol plané. Ce n’est pas désagréable, bien au contraire. C’est nouveau, ça force à être à l’écoute subtile de soi-même. Maintenant, prenez un peu d’altitude… Imaginez que vous faites partie du 40 % de la population qui sera, un jour, atteinte de cancer. Imaginez aussi que tous les gens atteints de cancer décident de bannir le stress de leur vie, et de porter attention au simple bonheur d’exister. Imaginez encore un peu plus… Qui dit que le cancer est un malheur?

Lundi 7 février 2005, même cause, même effet, mon retour à la maison avait été aussi délicat que le précédent, car mes agrafes suturant ma plaie n’étaient pas encore enlevées, et mon côté droit restait fortement sensible. Il y avait deux mois, jour pour jour que j’avais reçu mon coup de semonce, ma vie s’était ensuite accélérée jusqu’à l’étourdissement. J’avais connu l’agitation intense des milieux hospitaliers, et maintenant je profitais du calme et du silence de notre maison. Je me demandais comment j’avais bien pu faire, pour supporter un tel rythme de croisière. J’avais quitté les blouses blanches, sans avoir reçu une nouvelle feuille de route, donc je ne savais absolument pas ce que l’avenir me réservait, mais j’imaginais que docteur Cassé avait suffisamment confiance en son travail pour me laisser en paix jusqu’à ma prochaine visite, qui était fixée au 7 mars.

Réorganiser son planning après avoir très brutalement cessé son activité professionnelle, et après avoir ensuite mené un épuisant combat contre la maladie, n’était pas chose aisée. Il fallait d’abord faire le deuil du passé et composer avec de nouvelles donnes, qui amputaient sérieusement mon capital avenir, mais qui m’offraient en contrepartie énormément de temps pour mes plaisirs personnels.

Ma résistance physique étant fortement limitée, il fallait me tourner vers une occupation intellectuelle. Nous pratiquions Chantal et moi, la généalogie depuis de nombreuses années, il me suffisait simplement d’intensifier mes recherches.

Lundi 7 mars 2005, je retrouvais l’enceinte de la clinique, un mois après l’avoir quitté. Je n’éprouvais pas d’appréhension particulière, car un simple entretien programmé avec le docteur C expliquait ma présence en ce lieu. Je n’étais pas en mauvaise forme, et mes agrafes m’avaient été retirées quelques jours auparavant, sans que l’infirmière ait eu d’anomalies à constater. En l’absence de tout danger imminent, la conversation était purement technique, le praticien récapitulait en quelques phrases le déroulement des opérations que j’avais subi, cette fois je pouvais écouter avec davantage de lucidité. Il n’était pas dans l’ordre du jour de passer un examen de scanner, car l’image ne serait pas viable, en raison du bouleversement supporté par mes organes, lors de mes deux récentes interventions chirurgicales. J’avais encore 5 semaines devant moi avant de connaître le bilan précis de mon état de santé. Il fallait profiter de la vie pendant qu’il en était encore temps.



Signe de renouveau

Je poirotais dans le couloir à hauteur de l’entrée du service radiologique. Je sentais la fièvre monter, et quelques gouttes de sueur perlaient sur mon front. J’ignorais totalement ce qui était en train de m’arriver, l’heure n’était par conséquent pas à la fête. L’examen s’était passé sans problème particulier, mais avec l’appréhension que l’on imagine aisément. Maintenant le brancardier m’accompagnait jusque dans ma chambre. Gaby  un cousin germain de Chantal était là, il attendait patiemment.mon retour. Gaby était atteint de la maladie de Parkinson, aussi sa présence à mon chevet me touchait d’autant plus que son affection handicapait sérieusement. Je n’avais d’ailleurs pas trouvé prudent qu’il conduise sa voiture.

Je n’avais pas eu les résultats de mon examen de l’après-midi, cependant on m’avait renseigné sur l’origine de ma température élevée. Je souffrais d’une infection urinaire qu’il fallait soigner rapidement. Sur ordre du médecin l’infirmière avait d’abord commencé par m’enlever ma sonde, puis m’avait administré un antibiotique, il fallait ensuite attendre patiemment, que le médicament agisse.

Le soleil d’hiver s’était couché aux alentours des 18 heures, et mon diner avait été servi après le départ de Chantal. Je m’apprêtais à gérer ma nuit en solitaire, quand je reçus la visite inopinée d’une collègue de travail. Il y avait déjà deux bons mois que j’avais quitté le milieu professionnel et j’étais content de recevoir des nouvelles fraîches de mes anciens collaborateurs.

Son départ me ramena de nouveau à ma solitude de malade, mais pensées se concentrant essentiellement sur mon propre sort. J’avais envie de satisfaire un besoin naturel, et c’était la première fois que j’urinais naturellement après l’extraction de ma sonde. Personne ne m’avait averti de ce qu’il était en train de m’arriver, je souffrais le martyre pour évacuer un liquide rougeâtre qui  ne coulait pratiquement pas. Ce fut l’expulsion brutale d’un petit caillot sanguin, probablement responsable de cette obstruction de mon urètre qui m’amena définitivement le soulagement escompté. L’incident m’avait suffisamment traumatisé pour que je sorte dans le couloir en quête d’explications et de réconforts. Ce n’était pas grave, la chose arrivait très souvent après avoir retiré une sonde, il fallait retourner dans ma chambre en toute quiétude. La réaction de l’infirmière ne m’avait pas vraiment plu car j’estimais qu’elle avait manqué à son devoir de ne pas m’avoir donné une information qui m’aurait évité ce grand vent de panique. Elle devait pourtant savoir de par son métier qu’un cancéreux est par définition fragile psychologiquement, sa mission essentielle étant de l’épauler et le rassurer. Pour l’heure ma tension ayant été mise à rude épreuve, je n’avais pas le goût de regarder la télévision, encore moins celui de lire. J’eus par contre très envie de prendre le téléphone pour faire part de mes péripéties, mais je me ravisai rapidement, ma famille avait besoin de vivre autres choses que mon cancer, et je leur accordai bien volontiers de faire de temps en temps un break

Les jours qui suivirent mon rétablissement fut spectaculaire, débarrassé de toutes contraintes je ne portais plus le même regard sur moi, j’avais vraiment la sensation d’avoir franchi une grande étape dans ma course vers un dénouement heureux, aussi j’accueillis mon autorisation de sortie comme un signe de renouveau.



Des paroles rassurantes plutôt flippantes

J’étais désormais condamné à subsister avec ¾ de rein. Chantal avait demandé au docteur C s’il fallait m’inscrire sur une liste d’attente de greffe, il lui avait répondu que ce n’était pas nécessaire, et qu’il valait mieux compter sur son propre rein,  plutôt que de dépendre d’un organe étranger.

Les infirmières qui se succédaient à mon chevet confirmaient les dires du praticien, car elles constataient au fur et mesure des heures le parfait fonctionnement de mon système urinaire.

« Monsieur Gautier, je viens faire un prélèvement de sang pour le secteur urologie »

« Monsieur Gautier, je viens effectuer un doppler »

« Monsieur Gautier, je suis le kiné, pour vos besoins de massages »

Tout ce petit monde qui tournait autour de moi comme des abeilles autour de leur ruche, commençait à m’être familier. Il n’y avait d’ailleurs pas beaucoup de place pour l’ennui dans cet environnement mouvementé. Je m’y sentais en parfaite sécurité.

A l’instar de mon premier séjour, je disposais d’une pompe à morphine que je n’actionnais pas outre mesure, la douleur étant largement supportable.

« Votre rétablissement est spectaculaire monsieur Gautier, nous allons pouvoir vous délivrer une chambre dans mon service »

Docteur C avait donné l’ordre de mon transfert. Ma chambre était toujours située à l’étage, et du côté de l’entrée principale, mais pour l’heure j’étais branché de partout, et donc dans l’incapacité de me lever.  

Mes stages répétés en milieu hospitalier n’avaient pas découragé mes fidèles. Les visites de mes parents et amis étaient donc toujours aussi nombreuses, ainsi je n’éprouvais ni sentiments d’abandon, ni sentiments d’indifférence à mon égard, ce qui me permettait indéniablement  de tenir ma route. Cependant l’arrivée du soir restait une période difficile à vivre, car ma solitude favorisait un climat de méditation qui n’était pas toujours synonyme de sérénité.

Lentement mais sûrement mon état physique s’améliorait, et libéré de mon drain, j’avais pu reprendre des occupations similaires à celles de mon premier séjour, à savoir arpenter de long en large les couloirs de la polyclinique, jusqu’à épuisement total de mon corps.   

Pendant les 26 années que j’avais exercé mon métier de commissaire en douane, j’avais eu des rapports difficiles avec l’administration, l’ironie du sort voulait qu’en cette fin janvier je me retrouvasse alité en face de la chambre d’un fonctionnaire des douanes. Il faisait partie de ces personnes particulièrement zélées, qui n’avaient aucune notion des exigences économiques, et qui appliquaient sans réfléchir une réglementation en adéquation totale avec les lois du marché. Il nous avait donné à moi ainsi qu’à mes collègues, pas mal de fil à retordre, et était responsable de bien de mes épisodes de stress au boulot. Pour moi la page était tournée, et j’avais même pris l’initiative de lui rendre visite. Il souffrait d’un cancer de la prostate, nous étions désormais sur le même pied d’égalité, tous les deux embarqués dans la même galère. Nos poches urinaires à la taille, nous passions pas mal de notre temps à discuter, dans l’une ou l’autre de nos chambres. Cette sonde urinaire que j’avais d’ailleurs énormément de mal à supporter, et que le médecin ne prenait pas la décision de me faire enlever, allait être pour moi l’occasion de soucis supplémentaires.

Les jours avançaient et l’idée de devoir endurer sans en savoir la fin, ce corps étranger dans ma vessie, me rendait de plus en plus irritable.

Nous étions début février, et mon séjour se prolongeait au-delà de ce que j’avais espéré. Mes constantes avaient révélé une anomalie. Ma fièvre avait monté bien au-delà des 38°.

« Monsieur Gautier, vous allez descendre passer une radio des poumons, il ne faut pas vous inquiéter, nous déclenchons toujours le plan Orsec en cas de fièvre »

L’infirmière était sortie en me signalant qu’un brancardier allait venir me chercher.  Je n’étais pas entre leurs mains pour qu’il me soigne d’une mauvaise grippe, et les paroles soi-disant rassurantes qu’elle venait de prononcer, me faisaient davantage flipper, qu’elle me procuraient la sérénité escomptée.



Débarrassé du malin

« Monsieur Gautier, monsieur Gautier, il faut ouvrir les yeux maintenant »

Une infirmière me tapotait la joue, pour me pousser à me réveiller.

« Monsieur Gautier, monsieur Gautier »

Je n’avais pas très envie de collaborer, elle était en train de forcer la porte de mes rêves, pour me rapatrier dans notre monde.

« Monsieur Gautier, monsieur Gautier »

Elle ne lâchait pas le morceau, il fallait que j’abandonne la partie. J’avais donc soulevé péniblement les paupières, et lui avait signifié que j’entendais ses sollicitations.

Je n’avais aucune idée de l’heure ni de jour que l’on était, je n’avais pas non plus la force de penser. Les roulis du chariot brancard me ramenèrent un peu plus dans le monde des vivants. Fort de mon expérience précédente je connaissais mon lieu de destination. J’ignorais si la chambre où l’on m’installait était la même que mon opération précédente, mais le décor me semblait en tout cas identique. Les soins intensifs m’accueillaient pour la seconde fois, point de champagne, ni de petits fours, mais une équipe qui paraissait très concentrée sur moi. J’avais la gorge terriblement irritée à cause d’une intubation effectuée au moment de mon intervention chirurgicale.

« L’opération s’est bien passée, elle a duré plus longtemps que prévu car j’ai demandé à un spécialiste d’examiner votre rein partiellement néphrectomisé. Je voulais être sûr qu’il ne reste aucune  cellule cancéreuse, avant de le replacer dans sa cavité. »

Le docteur C était à mon chevet, il m’expliquait de la manière la plus compréhensible possible le travail qu’il avait accompli.

« Vous n’étiez pas aussi vaillant que la première fois, je vous ai senti moins combatif »

Je ne savais pas quoi lui répondre.

« Comme pour votre opération précédente, nous vous avons posé un drain et une sonde urinaire. Vous avez également une assistance en oxygène très provisoire. »

« Votre rein est correctement reparti, il devrait exercer normalement ses fonctions de filtration et d’épuration. Je repasserai vous voir demain, en attendant reposez vous »

J’étais fortement contrarié de devoir une fois de plus supporter, une sonde urinaire, de plus je sentais les effets nauséeux de l’anesthésie, que je n’avais pas connus la première fois.

Je n’étais pas souvent tranquille, les infirmières s’assuraient régulièrement du bon fonctionnement des différents appareils d’assistance. Elles ne m’adressaient que très rarement la parole.

Chantal était arrivé sans doute au plus mauvais moment, car mes nausées se faisaient de plus en plus violentes, je n’avais qu’une hâte c’était de vomir pour me soulager de ce terrible inconfort. Les spasmes de vomissements qui étaient arrivés, à intervalle régulier, me tiraient des larmes aux yeux. Comme j’avais l’estomac vide, mes efforts étaient réduits à néant, rien ne sortait hormis un peu de bile. L’épisode s’était terminé alors que Chantal était partie et que nous avions eu guère le temps de parler.

A présent la fatigue me plongeait dans un état semi comateux, je ne savais pas vraiment si je dormais, si je rêvais, ou si j’étais parfaitement réveillé. Sans conteste, la morphine m’empêchait de souffrir, mais me faisait perdre tout sens de la réalité.

« Monsieur Gautier, je vais vous apporter de l’eau, vous êtes à présent autorisé à boire »

Ce liquide qui coulait dans ma gorge était pour l’heure mon bien le plus précieux. Être privé de boire était certainement l’une des choses les plus éprouvantes que j’avais eu à supporter. Étancher ma soif m’avait ragaillardi, mon véhicule planétaire s’était enfin posé, je pouvais maintenant apprécier mon environnement. Les infirmières avaient constaté mes progrès, elles n’hésitaient plus à entamer le dialogue.

« Je suis ici depuis combien de temps »

« Vous êtes arrivés hier au soir, et la matinée est bien avancée »

En deux interventions chirurgicales, le docteur C m’avait débarrassé du malin, le lion féroce était reparti dans sa savane. J’espérais ne plus avoir à le rencontrer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



123

WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie