Bombardement destructeur

Jeudi 2 décembre 2010, je n’ai pas trop bien dormi, toujours ces vilains reflux gastriques, et en plus je crois que j’ai attrapé un rhum. Il faut que je me lève au plus vite, car des mauvaises pensées colonisent mon esprit, or il faut que je chasse à tous prix les idées noires, pour conserver mon esprit combatif.

Aujourd’hui est une autre date anniversaire, celle de l’annonce de ma maladie, vécue comme un des ces bombardements destructeurs, laissant autour d’eux, un champ de ruines. 

Jeudi 2 décembre 2004, une journée comme on ne voudrait jamais en connaître. J’avais demandé une autorisation d’absence à ma hiérarchie, pour un rendez-vous au cabinet de radiologie, en début de matinée. Le ciel gris de cette fin d’automne était à l’image de mon ressenti au moment d’aborder un tournant décisif de ma vie. J’étais au volant de cette Citroën C1 que le concessionnaire espérait bien nous vendre, notre voiture étant effectivement en très mauvais état. La salle d’attente était quasiment vide, je n’avais pas l’état d’esprit de prendre une revue, je voulais en finir vite. Maintes fois depuis la mort de mes parents je m’étais inquiété pour ma santé, maintes fois cette inquiétude s’était avérée infondée. A deux doigts de passer un nouvel examen, je priais pour qu’il en soit également ainsi.

Mon nom avait été prononcé, le docteur H était apparu dans l’encadrement de la porte, l’air distant, et peu enclin à faire des efforts pour paraître légèrement plus sympathique à mes yeux.

L’homme était peu loquace, j’étais allongé sur sa table d’échographie simplement vêtu de mon slip. Il tenait fermement dans la main droite sa petite caméra, et parcourais avec insistance une partie de mon corps, tout en observant l’image sur son écran de contrôle. Je n’avais comme écho que le bruit discret d’un petit avertisseur émis à intervalles réguliers  par l’appareil, et entre-temps le silence. Je voulais qu’il me dise quelque chose de rassurant, mais aucun mot ne sortait de la bouche du praticien.

Comme une pierre lancée dans la mare, je lui avais demandé s’il y avait un problème, il m’avait répondu qu’il observait une masse.

Moi : « Vous voulez dire un kyste docteur ? »

Lui : « Non je parle bien d’une masse »

Moi : « Est-ce que masse est synonyme de cancer docteur ? »

Lui : « On le verra bien puisque l’on va procéder à des examens complémentaires, en l’occurrence je vais demander à votre médecin qu’il vous fasse passer un scanner. En attendant rhabillez-vous, et patientez dans la pièce d’à côté, un courrier vous sera présenté par ma secrétaire. »

Pas une once de compassion dans son discours, pas un mot apaisant, pas la moindre expression sur son visage, il avait quitté les lieux sans même me dire au-revoir.

J’étais assis dans la salle d’attente, complètement tétanisé, je m’interdisais de penser, le temps s’était arrêté. Ce comportement d’autodéfense, je le connaissais bien pour l’avoir vécu plusieurs fois déjà, notamment à la mort de mes parents. Je n’avais qu’une hâte, c’était de quitter les lieux. La secrétaire m’avait appelé pour régler la prestation, puis m’avait tendu le fameux courrier. J’avais pris le temps de le porter à mon médecin traitant.

Chantal n’était pas à la maison, ce jour étant réservé à sa balade hebdomadaire avec une voisine. Je lui avais écrit un simple mot qui résumait très bien la situation, puis j’étais ensuite parti à mon travail. 

Mes occupations professionnelles me faisaient oublier temporairement l’effrayante nouvelle du matin, cependant j’étais fortement tendu. Je ne laissais rien transparaître devant mes collègues, sans doute parce que je vivais cette épreuve comme un mauvais rêve, j’allais bientôt me réveiller.  

A l’heure du repas Chantal m’avait informé de la conversation téléphonique qu’elle avait eue avec mon généraliste. Elle me confirmait que la masse qui avait colonisé mon rein gauche était d’origine cancéreuse. Nous avions rendez vous le soir même, pour qu’il me donne davantage de précisions, et donc il fallait ne pas quitter mon poste trop tard. Je devais informer le responsable de mon service de ce qui était en train de m’arriver, et j’avais quand même donné quelques bribes d’explications à mes collègues pour qu’ils ne spéculent pas sur les raisons de mon retard du matin et de mon départ précipité du soir. A seize heures, je quittais le fauteuil de mon bureau, j’ignorais encore que c’était pour toujours.    



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