Le premier jour d’une autre vie

La route pour rentrer chez moi m’avait paru interminable. Eliane qui recevait sa petite copine Marine, n’était pas sortie de sa chambre pour me saluer. Entre ma visite radiologique du matin et ma visite au cabinet médical du soir, elle avait sans doute compris qu’il se passait quelques choses d’anormal. Les rues de décembre étaient plongées dans le noir, il avait fallu fermer les volets, rendant l’atmosphère de notre maison un peu plus pesante. Le temps de me rafraîchir un peu, j’avais rejoint Chantal qui m’attendait déjà dans la voiture. A  ce stade de la tragédie, mon cerveau en stand-by, m’interdisait de réfléchir, j’agissais comme un robot complètement dépourvu d’émotions. Le silence régnait en maître dans l’habitacle de notre véhicule, nous vivions un véritable moment de cauchemar. La salle d’attente n’était pas vide, il fallait patienter et plus les minutes passaient, plus ma tension montait. Mon nom avait été prononcé, mes tempes battaient à se rompre, mes mains tremblaient, j’avais la gorge sèche, je n’arrivais pas à prononcer un seul mot.

Mon médecin nous avait priés de nous asseoir. Il ne parlait pas d’un ton grave, mais au contraire d’un ton volontairement rassurant,  il souriait même, tentant avec obstination de détendre l’ambiance. Il ne minimisait pas mon état, mais s’attachait à me préciser qu’il existait des solutions. Il me confirmait que j’étais atteint d’un cancer du rein, l’échographie ne montrait pas que la maladie s’était entendue à d’autres organes, c’était bon signe. Il faudrait impérativement subir une intervention chirurgicale avec ablation du rein et de la tumeur. Un rendez-vous était fixé pour passer le scanner le mardi 7 de la semaine suivante. Chantal s’était mise à pleurer, le docteur avait respecté un temps de silence pour lui permettre d’évacuer son trop plein de stress. Il m’avait demandé ensuite si j’avais des questions à lui poser. Dans mon esprit je venais quasiment d’être condamné au néant, j’étais donc littéralement figé par la peur, aussi sa demande restait sans réponse.

Chantal qui avait recouvré ses esprits m’avait fait remarquer que je serais probablement incapable de reprendre mon travail le lendemain, j’avais acquiescé à la proposition qui m’était faite de me mettre en arrêt de travail.   

Le plus terrible restait à faire, prévenir les enfants. Eliane n’avait que 14 ans et elle s’apprêtait à traverser des évènements aussi dramatiques que ceux que j’avais vécus dans mon enfance. Romain à 21 ans restait un être extrêmement fragile, je savais qu’il ne réagirait pas à l’annonce du verdict, mais que la souffrance le rongerait de l’intérieur ensuite. Mon fils aîné Julien, marié depuis le mois de juin, ne cohabiterait pas avec la maladie, mais endurerait l’épreuve à l’écart, ce qui ne serait pas forcément plus facile pour lui.

A coup sûr l’information allait faire éclater la famille en morceaux, mais la vie était ainsi faite et nous n’aurions pas d’autres choix que d’affronter l’œil du cyclone, en espérant ne pas devoir subir trop de dégâts.

Comme il fallait s’y attendre, Eliane avait poussé un cri de douleur, lorsque sa mère avait exposé la situation. Elle avait ensuite écouté les moyens que nous avions de nous battre pour remporter la victoire. Romain n’avait pas fait de commentaire, mais s’était tourné vers moi pour me demander comment je ressentais la chose. Je lui avais répondu que l’information m’avait anéanti et que je n’avais pas encore assez de recul, pour me prendre véritablement en main. Une page venait d’être tournée, demain serait le premier jour d’une autre vie.

 

 

 

 

 

 

 

.     



WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie