Vivre la maladie au grand jour

Paradoxalement, j’avais passé une nuit calme et reposante. La terre ne s’arrêtait pas de tourner parce que j’étais atteint d’un cancer, aussi Eliane était partie au collège, Romain au travail, et Chantal s’affairait dans la cuisine. J’avais accepté le fait qu’il me restait une petite chance de m’en sortir, et comme je n’étais pas en mauvaise forme, une légère brise d’optimisme soufflait dans mon esprit. Disons que la veille au matin, le docteur H m’avait projeté à terre, et qu’à l’aube de ce vendredi 3 décembre, j’étais de nouveau debout.

Le ciel gris et froid de cette fin d’automne n’incitait pas beaucoup à sortir, il ne fallait pas céder à la tentation du canapé, et profiter du fait que Noël approchait, pour écrémer les magasins à la recherche de cadeaux.

L’euphorie des fêtes n’avait pas encore atteint son paroxysme, nous n’étions encore qu’au début du mois, cependant je ressentais quand même une certaine fébrilité autour des étals, et les décorations en tous genres m’aidaient à ressentir malgré tout l’ambiance particulière du moment.

Et puis il avait fallu rentrer à la maison, et retrouver l’enfermement de l’hiver. Julien et Sophie devaient passer après le diner, Chantal leur avait téléphoné que nous avions une chose importante à leur dire. Mon fils avait spéculé sur les différentes informations que nous étions sensées lui donner, mais à présent il écoutait sans broncher le pire des scénarios, celui auquel il n’avait surtout pas pensé. La claque ayant été trop forte, il ne trouvait pas ses mots pour me réconforter, une dure réalité de la vie venait de l’assommer.

Toute ma famille était désormais à terre, il fallait patienter, garder confiance en l’avenir, continuer à avancer de tout façon. Je n’avais qu’une hâte, retrouver mon lit, le sommeil et l’oubli.

Le lendemain mon réveil avait été douloureux, ma confiance de la veille s’était évaporée avec les rêves de la nuit. Je me retrouvais de nouveau complètement désarçonné face aux perspectives bien sombres de mon avenir en ce bas monde. Ma musculature toute entière était crispée, et je craignais de devoir me lever pour affronter de nouveau l’adversité.

Ma famille faisait en sorte de ne rien changer dans leurs comportements, et je faisais en sorte de ne pas trop leur communiquer mon stress.

Traditionnellement le premier week-end de décembre, était consacré à la construction de la crèche, et à la décoration du sapin. Il ne fallait pas déroger à la règle, la vie continuait malgré tout. Eliane était beaucoup plus forte que j’aurais pu l’imaginer, la foudre qui s’était abattue sur sa jeune existence très probablement l’avait fait grandir avant l’heure, aussi sans rien laisser paraître, s’activait-elle pour donner un air de fête à notre maison. Elle imitait en ce sens sa mère, toutes les deux en agissant comme un moteur, me poussaient à l’action, m’interdisant ainsi la possibilité de m’enfoncer trop longtemps dans une certaine forme de léthargie.

Il faisait toujours aussi gris, et toujours aussi froid. Nous avions cependant boosté notre motivation pour sortir de nouveau ce samedi matin J’avais accepté de poursuivre les emplettes commencées la veille, mais je voulais réserver mon après-midi pour me reposer, car le soir nous devions Chantal et moi assister à un bal.

Il nous fallait une gigantesque dose de courage pour aller contempler la réjouissance des danseurs, alors que pour nous le plaisir s’était brusquement envolé. D’un autre côté, rester à la maison n’aurait rien changé à notre situation, et il fallait de toute façon commencer à prévenir notre entourage, car nous avions décidés de vivre la maladie au grand jour.  

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