Une nature sourde et inexorable

Le cancer reste une maladie emblématique. Par sa puissance, par le risque qu’elle fait encourir, par sa nature sourde et inexorable, par le bouleversement de vie qu’elle implique. Quand ce n’est pas la mort, c’est quand-même la mort de quelque chose.

 

Mon sac était chargé dans le coffre, la tension était palpable dans l’habitacle de la voiture, je quittais un monde qui appartenait désormais au passé, mon avenir était incertain, je savais simplement que rien ne serait plus jamais comme avant. 

Nous avions effectué les démarches administratives obligatoires, et je fus ensuite admis dans le service d’urologie du docteur C. Je disposais d’une chambre à un lit et j’étais plutôt heureux de cette initiative, car partager son intimité avec un inconnu n’aurait pas été une chose facile à vivre pour moi. Mon expérience vis-à-vis du cancer en était qu’à ses balbutiements, mais en l’espace d’une semaine, j’avais déjà  connu des sensations extrêmes, en dépassant d’abord les limites du découragement, avant d’atteindre un pic d’optimisme jamais égalé, pour sombrer ensuite dans la plus profonde des mélancolies. 

Pour l’heure la tempête était calmée, entre les mains des blouses blanches je me sentais apaisé de toutes tensions. Mes doutes s’étaient dissipés, j’étais sûr que le médecin m’avait dit l’entière vérité, et je lui accordais ma totale confiance. J’avais juste à me laisser guider, sans penser sur quel chemin on me conduisait et vers quelle destination.

Mon opération était prévue pour le vendredi 10 décembre, en fait j’étais rentré ce mercredi pour être à l’entière disposition du personnel médical le jour suivant. Il était prévu d’effectuer divers prélèvements sanguin, un électrocardiogramme, et la pose d’un cathéter au niveau de l’omoplate. Je n’avais donc rien d’autre à faire que me préparer psychologiquement à plonger dans le grand bain.

Ce soir là j’avais diné normalement, Chantal s’était occupée de mes abonnements de téléphone, et de télévision, et j’avais à ma disposition pas mal de lecture pour déjouer ma prochaine solitude.

J’avais été réveillé à 7h30 par l’équipe du matin, pouls, tension, température, les constantes étaient normales. Petit déjeuner avalé, je savais que l’examen cardiaque était programmé ensuite.

Ma chambre était située du côté de l’entrée principale et de mon étage j’apercevais le va et vient des visiteurs et des malades qui se présentaient pour une consultation. La direction de la clinique avait décidé de réaménager le parking, et l’espace paysagé, je regardais les ouvriers s’affairer à la tâche, je n’avais pas une minute pour m’ennuyer.

Le début d’après-midi marquait la fin de mon isolement, Chantal était là pour m’aider un supporter ma croix.

Un brancardier avait ouvert la porte, je partais en salle d’intervention, pour la pose de mon cathéter. Allongé sur la table d’opération je mesurais à quel point je rentrais concrètement dans la première phase de traitement de la maladie. J’étais contracté car l’infirmière me faisait mal, elle semblait d’ailleurs énervé de ne pouvoir parvenir à ses fins.

Soudain tout s’effondrait autour de moi, ma détermination au combat, la confiance en la médecine, ma sérénité de la veille, mon optimisme, il ne restait plus rien que ma peur et mes doutes. Je repensais à ma mère, à mon père, à toutes ces vilaines épines qui m’avaient égratigné le cœur. Ses êtres chers que la mort m’avait volés, était-il possible que mon heure était venue de les retrouver. Tel était mon destin, il fallait une fois du plus être la victime de cette fatale injustice, contre laquelle j’étais totalement impuissant. Des images de mon passé défilaient en boucle dans mon esprit, je constatais amèrement que ma vie n’était faite que de vicissitudes. J’avais surmonté bien des révolutions, mais je refusais catégoriquement l’idée de m’éloigner à tout jamais de ma femme et de mes enfants.

Au bout de la seconde tentative, l’infirmière avait réussi à terminer son travail. Il lui fallait maintenant prendre du temps pour me parler et me réconforter, car des larmes qui n’avaient pas coulé depuis très très longtemps roulaient à présent sur mes joues. Ma consolatrice ne savait pas à quel point de pleurer me faisait du bien.

 

 

 



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