L’antre du lion

Cette petite intervention n’avait pas été un test très concluant, mes nerfs étaient fragiles. J’avais été brutalement propulsé dans l’arène sans avoir eu un seul moment pour m’y préparer, il me restait beaucoup de progrès à faire pour conforter mon aptitude, à mener cette lutte contre la maladie, aussi fallait-il me donner suffisamment de temps pour m’adapter.

J’étais lucide, je ne vivais pas un mauvais rêve, mais bel et bien la réalité, il fallait donc tout faire pour détruire l’ennemi, avant qu’il ne me détruise lui-même.  

Maintenant que j’étais dans ma chambre, les tensions s’étaient apaisées, et Chantal était là pour me détourner de mes plus sombres pensées.

Le soir était tombé sur ma seconde journée d’hospitalisation, le coup de blues de l’après-midi n’était plus qu’un attristant souvenir. J’avais retrouvé le chemin de la confiance et de  l’acceptation, sans trop savoir comment. Je fermais les yeux en pensant à cette tumeur qui demain serait extraite de mes entrailles et qui n’aurait pas le temps d’accomplir son œuvre.

Vendredi 10 décembre 2004, j’étais sous la douche en train de badigeonner mon corps tout entier de Bétadine. La veille j’avais subi l’expérience du rasoir. Je n’étais pas totalement borné, je savais qu’il s’agissait d’une question d’hygiène, et que ma sécurité était en jeux, mais cependant je n’avais pas aimé me soumettre à ce que je considérais comme une atteinte à ma dignité. Cette préparation préopératoire faisait partie de ces petites choses qui me donnaient l’impression d’être un pantin entre les mains de la médecine.

Quelqu’un avait frappé à la porte, l’instant crucial était arrivé. La salle d’opération m’attendait à bras le corps, toute l’équipe formait un cercle autour de moi. Coiffés de leur bonnet et cachés derrière leur masque, je n’arrivais pas à distinguer le docteur C des autres personnes. Au dessus de ma tête, un puissant projecteur m’éblouissait les yeux. L’anesthésiste m’avait demandé de me relever et de m’asseoir pieds ballants, je devais subir une péridurale pour la pose d’un second cathéter. Ce cathéter serait relié au moment opportun, à une pompe à morphine, élément indispensable pour combattre la douleur. J’avais précédemment absorbé un sédatif pour aborder l’ablation de mon rein malade, dans les meilleures conditions, aussi comme j’étais relativement détendu, la manœuvre s’était bien passée.

L’anesthésiste piquait maintenant son aiguille dans ma perfusion, il me demandait de compter jusqu’à dix. Avais-je pu énumérer les chiffres jusqu’au bout ! J’en doute fortement.

J’étais passé de l’inconscient au conscient sans avoir eu aucune notion du temps. J’étais en salle de réveil, comme la plupart des opérés de la journée. Je n’éprouvais aucun sentiment, le ciel pouvait me tomber sur la tête, toutes mes émotions de ces derniers jours étaient effacées du tableau noir.

« Monsieur Gautier, monsieur Gautier, il faut ouvrir les yeux. »

J’entendais ces mots sans pouvoir distinguer l’infirmière qui les avait prononcés.

« L’opération s’est bien déroulée monsieur, tout va bien, avez-vous mal quelque-part ? »

« Monsieur, monsieur, répondez-moi »

J’avais fini par lui susurrer à l’oreille deux ou trois phrases dont elle s’était accommodée, car elle s’éloigna ensuite de mon chevet.

Après cet épisode, j’avais dû replonger dans l’inconscience, car ce fut les secousses du chariot brancard qui me ramenèrent à la réalité. J’avais eu le temps de regarder la pendule accroché dans l’entrée de service, la soirée était bien avancée.   

J’étais assez lucide pour constater que ma destination finale n’était pas ma chambre, je pénétrais dans une pièce blindée de machines en tous genres, mon lit était calé entre le mur de la porte d’entrée, et un grand rideau qui me séparait d’un autre malade couché lui, du côté fenêtre.

« Vous êtes en salle de soins intensifs, l’intervention s’est bien passée, vous vous êtes bien battus »

Le docteur C avait prononcé ces mots réconfortants avant de prendre congé. Une équipe d’infirmière s’affairait autour de moi, je me sentais comme un bébé dans les bras de sa mère, en parfaite sécurité. On m’avait signalé que j’étais provisoirement porteur d’une sonde urinaire, dans le but de soulager le rein qui me restait. Un drain m’avait également été posé, pour éliminer les impuretés liées à l’opération chirurgicale. J’avais soif, mais on ne m’avait pas autorisé à boire.  

Comme un cadeau venant du ciel, deux têtes familières étaient apparues dans l’encadrement de la porte, Chantal et Eliane avaient reçu l’autorisation de pénétrer dans l’antre du lion. 



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