Le temps s’était arrêté

Je n’ai rien d’original par rapport aux gens atteints de cancer, lorsqu’ils ne se définissent pas par leur maladie. Comme eux, je prends la vie au jour le jour. Je poursuis mes activités quotidiennes et j’essaie de vivre en évitant tout stress nocif, c’est-à-dire les choses qui minent le moral et rendent la vie pénible. C’est connu : le stress chronique affaiblit le système immunitaire. Alors, il est impérieux de s’en débarrasser. Aussi, la disponibilité à l’instant présent et au bonheur simple est une attitude commune à ceux et celles qui ne se laissent pas abattre par leur maladie. Si l’on y réfléchit un peu, c’est l’attitude la plus saine qui soit. On ne devrait surtout pas attendre d’être malade pour la mettre à l’essai.

 

Finalement je n’étais pas aussi résistant que j’avais pu l’imaginer. Le choc opératoire était encore bien présent, et ma faiblesse physique se traduisait par des étourdissements à chaque fois que mes gestes étaient un peu brutaux. Il fallait donc que je mesure mes efforts, et penser à ne pas trop m’éloigner d’un lieu où je pourrais m’asseoir.

Le réveillon de Noël se passait chez nous, en présence de mes trois enfants et de ma belle-fille. Ce rassemblement familial revêtait un caractère particulier, car en l’espace de 22 jours nous venions de vivre une expérience terrifiante, qui était très très loin d’être terminée, mais qui nous avait fait prendre conscience, en particuliers à moi qui l’avait un peu oublié, de la précarité de la vie, mais qui nous avait enseigné aussi combien le bonheur ne tient parfois qu’à un fil. Le sursis qui m’était accordé ressoudait les liens qui nous unissaient, vivre intensément le moment présent, c’était le seul luxe que nous pouvions nous offrir, face à l’adversité. 

La position assise prolongée, n’était pas faite pour arranger mes douleurs abdominales, je souffrais d’un gonflement du ventre probablement occasionné par des gaz postopératoire, et cette douleur se propageait jusqu’au bas de mon dos. Je n’avais qu’une hâte c’était de pouvoir exécuter quelques pas au milieu du couloir pour soulager un peu mon inconfort intestinal.

J’acceptais de bonne grâce cette souffrance, car ma récompense en valait la chandelle, j’avais  le bonheur de savoir mes êtres chers autour de moi

Ma nuit avait été fortement réparatrice, car les désagréments physiques de la veille s’étaient envolés en même temps que mes rêves. Nous étions conviés à déjeuner chez ma belle-mère, et pour l’occasion, outre les Toulousains qui remontaient dans la région tous les ans, les Albigeois avaient également fait le déplacement. De ce fait la plupart des membres de la famille à Chantal était là, pour m’apporter leur soutien.

La nuit de la Saint Sylvestre avait été des plus calmes, j’avais regardé avec ma fille Eliane, un film de la série des Harry Potter. Bien avant minuit, j’avais retrouvé avec satisfaction mon lit. Les vœux du jour de l’an étant bien mal venus compte tenu de mon état de santé, j’avais préféré passer outre cette coutume, en évitant tout contact avec l’extérieur.

Après plusieurs séances de soins, j’étais arrivé au jour J, le moment de retiré mes agrafes était venu, la cicatrisation étant parfaite l’infirmière avait pris définitivement congé de la maison.

Je m’étais imposé un défi, celui de retourner sur mon poste de travail avant ma seconde opération. La démarche n’était pas aisée, car remplie d’émotions. Mes collègues m’avaient accueilli en héros courageux, la plupart se disant incapable d’affronter la maladie comme j’étais en train de la faire. Il n’y avait pourtant aucune recette, je suivais mon chemin comme me l’indiquait mon instinct, et je n’étais pas un superman, car je connaissais que trop bien mes faiblesses. Néanmoins leurs réactions chaleureuses me donnaient du grain à moudre pour continuer à me surpasser.

Je m’étais assis à ma place, personne ne m’avait encore remplacé. Ma profession n’avait pas eu que des côtés faciles, mes rapports humains au travail  n’avaient pas été toujours idéaux, mais je ressentais cependant une nostalgie de cette époque révolue, où j’avais souvent empoisonné ma vie pour des futilités qui n’en valaient pas la peine. Mes yeux venaient de s’arrêter sur mon éphéméride bloquée à la page du 2 décembre 2010, effectivement le temps s’était arrêté ce jour là. 



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