Des paroles rassurantes plutôt flippantes

J’étais désormais condamné à subsister avec ¾ de rein. Chantal avait demandé au docteur C s’il fallait m’inscrire sur une liste d’attente de greffe, il lui avait répondu que ce n’était pas nécessaire, et qu’il valait mieux compter sur son propre rein,  plutôt que de dépendre d’un organe étranger.

Les infirmières qui se succédaient à mon chevet confirmaient les dires du praticien, car elles constataient au fur et mesure des heures le parfait fonctionnement de mon système urinaire.

« Monsieur Gautier, je viens faire un prélèvement de sang pour le secteur urologie »

« Monsieur Gautier, je viens effectuer un doppler »

« Monsieur Gautier, je suis le kiné, pour vos besoins de massages »

Tout ce petit monde qui tournait autour de moi comme des abeilles autour de leur ruche, commençait à m’être familier. Il n’y avait d’ailleurs pas beaucoup de place pour l’ennui dans cet environnement mouvementé. Je m’y sentais en parfaite sécurité.

A l’instar de mon premier séjour, je disposais d’une pompe à morphine que je n’actionnais pas outre mesure, la douleur étant largement supportable.

« Votre rétablissement est spectaculaire monsieur Gautier, nous allons pouvoir vous délivrer une chambre dans mon service »

Docteur C avait donné l’ordre de mon transfert. Ma chambre était toujours située à l’étage, et du côté de l’entrée principale, mais pour l’heure j’étais branché de partout, et donc dans l’incapacité de me lever.  

Mes stages répétés en milieu hospitalier n’avaient pas découragé mes fidèles. Les visites de mes parents et amis étaient donc toujours aussi nombreuses, ainsi je n’éprouvais ni sentiments d’abandon, ni sentiments d’indifférence à mon égard, ce qui me permettait indéniablement  de tenir ma route. Cependant l’arrivée du soir restait une période difficile à vivre, car ma solitude favorisait un climat de méditation qui n’était pas toujours synonyme de sérénité.

Lentement mais sûrement mon état physique s’améliorait, et libéré de mon drain, j’avais pu reprendre des occupations similaires à celles de mon premier séjour, à savoir arpenter de long en large les couloirs de la polyclinique, jusqu’à épuisement total de mon corps.   

Pendant les 26 années que j’avais exercé mon métier de commissaire en douane, j’avais eu des rapports difficiles avec l’administration, l’ironie du sort voulait qu’en cette fin janvier je me retrouvasse alité en face de la chambre d’un fonctionnaire des douanes. Il faisait partie de ces personnes particulièrement zélées, qui n’avaient aucune notion des exigences économiques, et qui appliquaient sans réfléchir une réglementation en adéquation totale avec les lois du marché. Il nous avait donné à moi ainsi qu’à mes collègues, pas mal de fil à retordre, et était responsable de bien de mes épisodes de stress au boulot. Pour moi la page était tournée, et j’avais même pris l’initiative de lui rendre visite. Il souffrait d’un cancer de la prostate, nous étions désormais sur le même pied d’égalité, tous les deux embarqués dans la même galère. Nos poches urinaires à la taille, nous passions pas mal de notre temps à discuter, dans l’une ou l’autre de nos chambres. Cette sonde urinaire que j’avais d’ailleurs énormément de mal à supporter, et que le médecin ne prenait pas la décision de me faire enlever, allait être pour moi l’occasion de soucis supplémentaires.

Les jours avançaient et l’idée de devoir endurer sans en savoir la fin, ce corps étranger dans ma vessie, me rendait de plus en plus irritable.

Nous étions début février, et mon séjour se prolongeait au-delà de ce que j’avais espéré. Mes constantes avaient révélé une anomalie. Ma fièvre avait monté bien au-delà des 38°.

« Monsieur Gautier, vous allez descendre passer une radio des poumons, il ne faut pas vous inquiéter, nous déclenchons toujours le plan Orsec en cas de fièvre »

L’infirmière était sortie en me signalant qu’un brancardier allait venir me chercher.  Je n’étais pas entre leurs mains pour qu’il me soigne d’une mauvaise grippe, et les paroles soi-disant rassurantes qu’elle venait de prononcer, me faisaient davantage flipper, qu’elle me procuraient la sérénité escomptée.



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