La récréation est terminée

On peut bien feindre d’ignorer les obstacles qui se dressent devant nous, un jour ou l’autre notre destin nous rattrape, sans que nous n’ayons aucune possibilité de nous dérober.

Mercredi 13 avril 2005, malgré des épreuves physiques et morales extrêmement difficile à surmonter, je sous-estimais encore largement les capacités de mon adversaire à résister et à rebondir dans cette compétition que j’avais la prétention de vouloir gagner.

Je n’étais pas forcément à l’aise de me retrouver dans un décor qui me rappelait de très mauvais souvenirs, mais je n’étais pas non plus paniqué, car confiant du travail qui avait été effectué par le chirurgien. Je ne pensais même pas à l’éventuelle réaction que je pourrais avoir en me trouvant devant le docteur H. Étant convaincu du bon déroulement de mes deux opérations, j’attendais simplement que l’on me confortât dans mes idées, tout au plus j’imaginais devoir suivre dans les prochaines semaines, un traitement médicamenteux postopératoire.  

J’avais avalé mon flacon de produit à base de sulfate de baryum, et j’attendais que l’on vienne me chercher. Je ne connaissais pas l’état d’esprit de Chantal, nous n’avions que très peu parlé avant de quitter la maison, sans doute que l’épisode catastrophique du mois de décembre, lui trottait dans la tête, et qu’elle espérait ne pas revivre un tel cauchemar. La salle d’attente se remplissait progressivement et j’entendais le bruit de la machine derrière la porte d’à côté.  

« Monsieur Gautier »

L’instant fatidique était arrivé, je me levai pour rejoindre une cabine de déshabillage, une infirmière m’y attendait pour poser à mon bras une perfusion. Allongé sur la table d’examen je ne songeais à rien, j’obéissais aux ordres qui m’étaient donnés, je souhaitais simplement être libéré au plus vite. Un produit de contraste venait de m’être injecté, je savais qu’une sensation de chaleur allait progressivement coloniser mon corps, puis le scanner s’était mis à l’œuvre.

« Bloquer votre respiration »

Lentement mais sûrement je sortais du tunnel, de la tête aux pieds, l’appareil bombardant tranche par tranche, mon corps de rayons x

« Vous respirez de nouveau »

« L’examen est maintenant terminé vous pouvez rejoindre votre cabine, je viens dans un instant vous délivrer de votre perfusion »

Le plus difficile restait à faire, attendre les commentaires d’un professionnel de santé, j’avais donc rejoint Chantal, en espérant que les minutes ne se transformassent pas en heures.

Le docteur D était apparu dans l’encadrement de la porte, il m’invitait à le suivre dans une pièce annexe.

« Différents clichés de votre scanner montrent une anomalie au niveau de votre poumon gauche. En réalité je distingue plusieurs ganglions, qui sont certainement des métastases issues de votre cancer primaire. N’hésitez pas à me poser des questions, je suis là pour vous répondre »

Je n’avais pas de questions, en réalité j’étais sans voix, ce nouveau coup de semonce m’assommait mais ne me m’était pas à terre. Sans doute que les paroles brutales du docteur H m’avaient immunisé à jamais. Il fallait repartir à zéro, j’étais décidé de ne pas me laisser faire, sûrement existait-il une solution pour sortir de ce nouveau mauvais pas.

« Il faudrait prendre un rendez-vous auprès d’un pneumologue, je vous conseille le docteur K, nous allons avertir sa secrétaire pour qu’il vous reçoive le plus vite possible. Je suis désolé monsieur, je vous souhaite un bon courage. »

Chantal qui avait assisté à l’entretien n’avait pas davantage réagi que moi, décidément le docteur H nous avait bien endurcis. Cependant nous ne sortions pas du service d’un cœur léger, pour nous la récréation était belle et bien terminée.      



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