2ème acte 4ème tableau

Le miracle n’avait pas eu lieu, le cancer est une maladie qui ne pardonne que très rarement L’annonce de cette récidive n’avait surpris personne de ma famille, nous étions rarement du côté des chanceux, mon destin me concoctait une toute autre histoire que celle d’un comte de fée, et je n’osais pas en imaginer le scénario.

Vendredi 15 avril, des giboulées de pluie avaient rafraîchi le temps et mon moral. Le cabinet de consultation était à deux pas du parking, mais il avait fallu attendre la fin de l’averse, pour pouvoir enfin sortir de la voiture.

Le docteur K était un médecin ordinaire, qui ne cachait pas son indifférence à l’égard de son patient. Dans le but d’effectuer une biopsie, il m’expliquait sur un schéma l’endroit où était situé le ganglion qu’il voulait atteindre. Dépourvue totalement de compassion, le ton de sa voix était neutre, à égale distance entre la vérité et le mensonge, je n’étais qu’un malade parmi tant d’autres, sa journée allait bientôt s’achever.

Une fibroscopie était programmée pour le mercredi 4 mai, en attendant il valait mieux ne pas me noyer le cerveau dans de vilaines pensées. La recherche de mes ancêtres m’y aidait fortement, et je multipliais mes déplacements aux archives municipales, dans les mairies environnantes, ou au sein du cercle généalogique de notre ville. Les gens autour de moi étaient dépités,  il me fallait trouver les mots pour les rassurer, une faiblesse de ma part risquait de les déstabiliser. Je ne voulais pas que mon visage reflète leur propre peur face à la maladie, les conséquences étant pour moi  de les voir s’éloigner chaque jour un peu plus. Je n’envisageais pas un seul instant de devoir mener tout seul un combat, dont l’avantage était pour l’instant largement du côté de l’adversaire.

La clinique était devenue quasiment ma maison secondaire, j’étais hospitalisé en ambulatoire, donc je devais être libéré le soir même. Dès mon arrivée l’infirmière m’avait introduit dans une chambre, il fallait attendre un spécialiste pour qu’il me pratique une anesthésie locale.

L’effet de cette insensibilisation était fortement désagréable, car j’avais la sensation de ne plus pouvoir avaler.

Le brancardier m’avait amené dans la salle d’intervention, le docteur K m’attendait de pied ferme.

« Monsieur Gautier, cette examen vous semblera assez déplaisant, mais il n’est en aucun cas douloureux. Je vais vous introduire un fibroscope par une narine à l’intérieur de la trachée,  jusque dans les bronches. C’est un petit tube cylindrique et souple sans danger de blessures »

Il m’avait expliqué ensuite que grâce à une source de lumière et à une micro-caméra il pouvait visualiser l’état de la paroi des bronches, puis je n’avais pas eu d’autres commentaires. Je n’avais pas trouvé l’épreuve effectivement très attrayante et je comprenais la nécessité d’être à jeun, car je n’avais pas cessé d’avoir envie de vomir pendant toute la durée de l’opération.

Quand l’ordre m’avait été donné de quitter les lieux, nous avions pris Chantal et moi nos jambes à notre cou, pour nous échapper de ces lieux qui ne ressemblaient surtout  pas au jardin d’Eden.

Je ne sais plus pourquoi il avait fallu attendre si longtemps avant de revoir de docteur K, toujours est-il que six jours après ma fibroscopie, j’étais de nouveau face à mon destin.

« Le contrôle n’a rien donné, le ganglion était hors d’atteinte de mon fibroscope »

J’avais la très nette impression qu’il me mentait, car je ne voyais pas la raison pour laquelle il ne m’en avait pas parlé au moment de l’examen.

« Nous allons mesurer votre capacité respiratoire. Il suffit de souffler le plus fort et le plus vite possible dans ce tube gradué. Il mesure le volume d’air expiré par minute. Le principe est simple, si le débit du souffle est trop faible, c’est que le calibre de vos bronches est rétrécit »

Bête et discipliné j’avais obéi à l’autorité médicale sans poser aucune question.

Je m’étais donc attelé à la tâche, en essayant de m’appliquer le mieux possible, et le praticien semblait satisfait de ma prestation.

« Fort bien votre capacité respiratoire est optimum, nous allons pouvoir vous ôter un morceau de poumon, sans que vos activités quotidiennes en soient affectées dans l’avenir.»

La phrase avait été lancée presque sur le ton de l’humour, je ne savais pas si je devais rire, ou si je devais pleurer. J’avais un énorme doute sur la nécessité de cette fibroscopie, je me demandais bien si tout malade que j’étais, ma cause n’avait pas servi à rentabiliser le matériel médical.

« Cette opération ne s’effectue en aucun cas à Cholet, je vais vous confier au docteur M des N C N. Je vais m’arranger pour vous obtenir rapidement un rendez-vous.

Le rideau était tombé, sur le 2ème acte 4ème tableau d’une comédie dramatique dont j’étais le principal acteur.  



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