La partie n’était pas gagnée

Plus les jours avançaient et plus je doutais d’une issue favorable à ma maladie, mes pensées se tournaient de plus en plus vers le passé et de moins en moins vers l’avenir. Je ne savais pas si j’avais réellement peur de la mort, mais ce que je redoutais le plus c’était la séparation d’avec mes proches. J’avais bel et bien franchi une barrière psychologique au-delà de laquelle, les futilités du monde avaient laissé la place à ce qui représentait l’essentiel de mon existence.

Nous étions revenus à Nantes par nos propres moyens, le docteur R nous avait brièvement reçus pour des examens en vue de mon anesthésie générale. Deuxième fois que j’empruntais ce couloir, le bureau du praticien côtoyait celui de M, j’avais encore le souvenir de l’entretien amical que nous avions eu avec ce pneumologue quelques jours auparavant. Il fallait maintenant s’enfuir au plus vite des lieux, et oublier nos malheurs le temps d’une récréation, la date du mariage de Frédéric (le fils d’un ami), approchait en effet à grand pas. Les bons moments passent malheureusement beaucoup trop vite, se confronter aux aléas de la vie devenaient inéluctable.  

En ce soir du 11 juin, la larme à l’œil, il nous fallait prendre congé des noceurs , s’éloigner un temps soit peu de la noirceur m’avait certes détendu l’esprit, mais le retour à la réalité en n’était que plus difficile.

Ma valise était prête dans un coin de la maison, il me restait encore la journée du dimanche avant de combattre dans l’arène Le lion féroce était sortie de sa tanière pour chasser, je n’avais pas l’intention de lui servir de gibier.   

Lundi 13 juin 2005, mon fils aîné avait pris la décision de me conduire à bon port. Sans être euphorique, mon départ de la maison n’avait pas été aussi larmoyant que celui concernant ma seconde opération. Nous étions 4 dans la voiture, Julien et Sophie son épouse, Chantal, et moi principal acteur d’une comédie dramatique, dont nous étions en train de jouer le 3ème acte.

Administration oblige, je n’étais pas rentré dans ma chambre avant 17 heures, une aide soignante m’avait rapidement présenté le fonctionnement du lit électrique, des lumières, et du bouton d’appel,  il fallait à présent attendre le début des festivités. J’étais assis dans un fauteuil, Julien était allongé sur le lit, le cardiologue n’avait pas apprécié et il nous l’avait fait savoir.

« Qui est le malade ici ? »

« C’est moi », lui avais-je répondu.

« Ce n’est en apparence pas évident » rétorqua t-il

Mon séjour débutait mal, l’homme était froid, impassible, peu loquace, et sa manière d’effectuer un électrocardiogramme encore plus déconcertante. Pour humidifier ma peau, avant de me poser des électrodes, je l’avais vu en effet tremper ses  doigts dans mon verre d’eau. La situation semblait totalement farfelue dans un milieu médical où les problèmes d’hygiène sont un souci permanent.  J’en étais resté la bouche bée.

J’avais eu droit à un repas léger, je n’avais pas faim, Julien m’avait aidé à avaler un croque-monsieur indigeste. Maintenant que ma petite famille était partie, il fallait gérer le stress dans une totale et profonde solitude.

Un coup venait d’être frappé à la porte, je vis rentrée une infirmière. La femme était à l’image du cardiologue, peu souriante, elle posa sans un mot son matériel sur le lit,  c’était l’heure de la tonte, une humiliation qui j’avais toujours autant de mal à surmonter. Elle était partie comme elle était arrivée, muette comme une carpe, sans doute était-elle fatiguée, je ne le serai jamais.

Alors que j’étais plongé dans mes pensées les plus sombres, le téléphone sonna. Chantal et les enfants étaient installés devant un verre d’apéritif, leur retour s’était passé sans encombre, ils me souhaitaient une bonne nuit. J’étais content qu’ils soient tous réunis autour de la table familiale, je savais que demain ils penseraient très fort à moi.

Le plus dur restait à faire, dormir pour ne plus me torturer l’esprit, la partie n’était pas gagnée.

 



WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie