L’impitoyable cancer

La clinique était conçue de la même manière que le bâtiment des consultations, le sol des couloirs était revêtu d’une moquette, ce qui avait pour avantage d’éliminer énormément de bruits nuisibles à la tranquillité des malades. C’est dans ce contexte que je n’avais pas entendu l’arrivée de l’équipe du matin. Il était temps pour moi de me préparer, j’avais une demi-heure pour me badigeonner de Bétadine sous la douche.

Dès l’heure je n’avais plus le temps de m’inquiéter pour mon sort, il fallait faire vite et s’abandonner ensuite entre des mains expertes.

Une infirmière m’avait fait revêtir la blouse adéquate, mais je frissonnais quelque peu. J’étais allongé sur mon chariot et j’observais défiler le plafond des couloirs sans émotion particulière. Je n’étais pas le seul heureux élu, a bénéficier des soins attentifs d’un chirurgien.

Mon brancardier m’avait placé dans une salle annexe, à la suite de plusieurs autres chariots sur lesquels les patients attendaient le moment fatidique de l’endormissement. Rangés à la manière des bovins dans une étable, nous attendions patiemment que notre nom soit prononcé, car une blouse blanche nous collait une étiquette au fur à mesure qu’elle avait pu nous identifier. La dame à côté de moi n’avait pas le moral et elle me le faisait savoir. J’avais dû lui balancer une plaisanterie, mais la plaisanterie ne faisait rire personne. En fait je n’étais pas plus rassuré que ma voisine, tourner les choses en dérision désamorçait en moi ce moment de tension extrême que nous étions en train de vivre.

Je commençais à avoir l’habitude des salles d’opération, je m’attendais à subir la fameuse péridurale des deux interventions précédentes, mais il n’en fut rien. J’étais allongé sur une table bien peu confortable, je commençais à greloter sérieusement, et le puissant projecteur situé au dessus de ma tête m’empêchait d’ouvrir correctement les yeux. Un homme en vert s’était approché de moi, je ne le reconnaissais pas derrière son masque, mais comme il s’apprêtait à m’envoyer dans un autre monde, je supposai qu’il s’agissait du docteur R.

« Monsieur Gautier, monsieur Gautier, il faut vous réveiller »

Juste le geste de fermer les yeux et de les rouvrir, mon esprit avait voyagé dans un espace-temps complètement immatériel et j’étais de retour dans le monde des vivants.

J’étais encore sous l’effet puissant de l’anesthésique, mais je distinguais quand même l’infirmière postée à côté de moi. Elle communiquait avec un téléphone portable, mais je ne comprenais absolument pas la teneur de sa conversation. Je m’en fichais d’ailleurs, car je n’avais qu’une seul envie, celle de me rendormir aussitôt.

« Monsieur Gautier, monsieur Gautier, je suis le docteur M. Nous avons un petit souci, vous être en train de faire une petite hémorragie interne, rien de bien méchant, mais nous allons être obligé de vous reconduire au bloc. »

L’annonce de l’incident ne m’avait pas fait réagir d’un pouce, j’étais complètement dépourvu de sensations.

« Monsieur Gautier, ne bouger pas et n’ayez pas peur, nous allons vous soulever de votre chariot, et vous déposer délicatement sur la table d’intervention »

J’étais de retour à la case départ, le puissant projecteur était toujours la pour m’éblouir et l’équipe chirurgicale avait repris du service.

« Comptez  jusqu’à trois. »

« Un deux……. »

De nouveau l’aiguille de l’anesthésiste m’avait inoculé dans les veines la dose nécessaire pour me plonger dans un profond sommeil artificiel.

« Monsieur Gautier, monsieur Gautier, cette fois vous allez vous réveiller pour de bon, l’intervention c’est bien déroulée. »

« Monsieur Gautier, vous entendez ce que je vous dis, nous avons réparé la fuite, un brancardier va vous conduire dans une chambre de soins intensifs. »

J’étais arrivé au bloc à 7 h 30 le matin, j’en n’étais ressorti qu’à 18h 30 le soir, c’est du moins l’information qui m’avait été fournie. Au bout de la chaine il y avait ma famille à laquelle on avait donné le conseil de ne pas se déplacer, mais dont l’inquiétude avait dû grandir au fil des heures. La dureté de l’épreuve était décidément bien partagée, une fois de plus, l’impitoyable cancer étendait ses ravages jusque dans l’entourage du malade.  



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