Une poupée de chiffon

Le brancardier poussait mon chariot à travers un dédale de couloirs où régnait une activité intense à cette heure de diner. Je sentais des odeurs de cuisine qui me donnait l’envie de vomir et j’avais hâte de m’éloigner au plus vite de cette source de malaise.

Je disposais d’une chambre pour moi tout seul. L’équipe médicale m’avait branché sur différents appareils dont je ne connaissais pas l’utilité. Les infirmières pouvaient bien faire ce qu’elles voulaient de moi, je n’étais qu’une poupée de chiffon entre leurs mains, incapable du moindre effort.

J’avais soif, j’avais même très soif, boire était une obsession, le verre d’eau que j’avais demandé m’avait été refusé, je ne savais plus quoi faire pour convaincre mon entourage, je n’avais plus de nausées, mais rien y faisait, le personnel n’avait pas reçu l’ordre de satisfaire ma requête.

« Monsieur Gautier, hormis le petit incident de dernière minute, votre opération s’est bien déroulée. Nous avons procédé comme prévu, à une lobectomie du lobe supérieur de votre poumon gauche, sans avoir rencontré de complications particulières. Vous avez une bonne résistance physique, et vous êtes passé entre nos mains, dans des conditions optimales. Par contre il va falloir maintenant uriner car en cas de doute, nous procéderons à la pose d’une sonde urinaire. Peut-être allez vous souffrir un peu, car nous vous avons placé un drain sur votre côté gauche, à hauteur de la hanche. Votre famille a été prévenue de votre admission en soins intensifs et de votre faculté à récupérer rapidement, vous pouvez désormais vous reposer sereinement. »

« Est-ce que je peux avoir un verre d’eau ? »

« Compte tenu de votre état satisfaisant, je vais demander que l’on vienne vous apporter ce que vous demandez. »

Le docteur M me fit un salut de la tête, puis il s’éloigna de mon lit. Je n’étais pas totalement dans la pénombre, car une petite veilleuse me laissait deviner les formes du mobilier qui meublait la chambre.

« Je vous apporte une carafe d’eau, ne buvez qu’un seul verre, sinon vous risquez de vomir.  Pour être plus à l’aise, vous pouvez même vous asseoir sur le bord de votre lit»

L’infirmière s’éloigna en me rappelant que mon urinal était à portée de main.

« Bonne nuit monsieur Gautier »

J’attendais cette minute avec fébrilité, sentir le liquide me couler dans la gorge, ne plus avoir la bouche et la gorge asséchées, l’eau valait en cet instant précis tous les lingots d’or de la terre. J’étais comme un gamin à qui l’on a interdit de manger un autre bonbon, je regardais la carafe quasiment pleine et j’avais la sensation de ne pas avoir totalement étanché ma soif. La tentation était trop forte, un second verre, puis un troisième, je ne m’arrêtais plus de braver l’interdiction.

Le docteur M m’avait annoncé une excellente nouvelle, je n’avais pas de sonde urinaire, et j’avais bien l’intention de rallier tous mes efforts pour ne pas en avoir une, la vilaine bête me rappelait de trop mauvais souvenirs. Maintenant mes préoccupations étaient axées sur mon système urinaire, au risque de devoir supporter l’insupportable, plus rien n’avait d’importance, la terre pouvait s’arrêter de tourner, je pouvais bien avoir un cancer, il fallait à tous les prix que je pisse. Boire toute ma carafe n’avait pas été un problème, je me fichais de la réaction de l’infirmière, car la satisfaction de voir mon urinal à demi-rempli, me comblait de ‘’bonheur’’.



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