Un terme à mon calvaire

Vendredi 17 décembre 2010, pareil à des bulles d’air s’échappant du goulot d’une bouteille vide plongée précipitamment dans un récipient d’eau, mon cerveau à brutalement chassé de ma tête les réflexions positives qui s’y trouvaient logées, et les a remplacées par de vilaines idées noires. Je dois me lever, mais ne pas prendre de petit déjeuner. Nous partons Chantal et moi sur Nantes, car mon 27ème examen au scanner a été programmé pour ce jour. 

Ce n’est pas une expérience de routine, à chaque fois l’épreuve est nerveusement difficile à supporter. Les bâtiments, la machine, le personnel médical, tout cet environnement nous est familier, mais une fois sur deux, je pénètre dans les lieux avec la peur au ventre. Six ans, six ans que nous naviguons dans cette galère, et ce n’est pas demain que nous en verrons la fin. Verdict, stabilisation des tumeurs, on peut songer à débuter le 5ème cycle du traitement. La tension est tombée, et je suis complètement anéanti par ce nouvel épisode dans ma course incessante vers la guérison.

Mercredi 26 janvier 2005, j’en étais alors qu’à mon premier scanner, celui qui avait révélé le pire des scénarios. Mon voisin s’était réveillé satisfait d’avoir bien dormi, j’étais très agressif, j’avais très envie de le tabasser, mes actes ne dépassèrent pas mes pensées.

Mon nouveau rendez-vous avec le bistouri, ne s’annonçait pas sous les meilleurs augures.

Deux femmes de service étaient rentrées pour faire mon lit, je n’avais pas le droit de me recoucher car je ne réintègrerais pas cette chambre après mon opération. Je n’avais pas eu non plus la possibilité de prendre un petit déjeuner, intervention chirurgicale oblige. Maintenant j’étais assis au bord d’une petite table, à faire des mots fléchés, en attendant l’heure fatidique. L’anxiété me tétanisait le corps, et j’avais froid. Le temps me paraissait long, j’entendais des gens s’agiter dans les couloirs et je sursautais à chaque fois que je percevais le bruit d’un chariot. Une infirmière était rentrée pour me donner un flacon de Bétadine, ma douche   annonçait l’imminence de mon départ. Ma tension en était à son paroxysme. Le manque de sommeil m’empêchait de lutter convenablement contre mon stress, la pendule indiquait quasiment l’heure de midi. Le brancardier était rentré, il me fallait enfiler une blouse avant de m’allonger sur le chariot brancard. Sans doute était-il pressé de partir déjeuner, car il n’avait même pas pris le temps d’effectuer les derniers mètres. Avant de me quitter, il avait hélé bruyamment son collègue

« Monsieur Gautier pour le bloc »

Il m’avait tout simplement poussé d’un coup sec, et j’avais roulé en roue libre sur cinq ou six mètres avant d’être récupérer par un membre de l’équipe du docteur C.

Outre le puissant projecteur allumé au dessus de ma tête, la pièce ne me semblait pas disposer d’un autre moyen d’éclairage, mais c’était peut-être mon état d’esprit qui m’empêchait d’observer en détail mon environnement. J’entendais par contre distinctement un petit fond musical qui brisait un silence pesant.

Mon anesthésiste était une femme, elle m’avait demandé de m’asseoir les pieds ballants, car elle devait procéder à une péridurale pour placer un cathéter.

« Monsieur, nous sommes une équipe médicale soudée autour de vous, pour que les choses se passent au mieux. Si vous n’y mettez pas du vôtre, on risque d’avoir des problèmes »

Elle avait prononcé ces phrases sur un ton sec, sans la moindre compassion pour son malade.

J’étais effectivement très tendu, et la praticienne avait beaucoup de mal à parvenir à ses fins.

J’avais envie d’être encore plus désagréable qu’elle, savait-elle par quel chemin semé d’épines j’étais passé pour me trouver entre ses mains. Je n’avais qu’une seule idée en tête, que cet horrible cauchemar se termine au plus vite.

Ce fut l’anesthésie générale qui mit provisoirement un terme à mon calvaire.   

 



Précieux bouchons à oreilles

L’espoir est un fluide nécessaire à l’homme, comme l’eau à la terre, il déclenche des forces insoupçonnées de la nature humaine.

Mon état de santé ne me permettait pas de faire grand-chose, notre quotidien ne s’arrêtait pas, pour autant. Chantal redoublait donc d’énergie pour assurer la bonne tenue de notre maison. Quant à moi, contraint et forcé par le destin, je m’en tenais à mon rôle de spectateur et parfois de conseilleur, particulièrement dans le domaine du jardinage.

Les jours s’égrainaient au calendrier, le choc traumatique que nous avions subi lors de l’annonce de ma maladie, s’estompait peu à peu. Vivre dans mon cocon familial, et débarrassé des contraintes liées à mes obligations professionnelles, m’apportait un peu de calme et de stabilité. Disons qu’en évitant de penser à la prochaine échéance de mon itinéraire médical, j’arrivais à vivre un bonheur simple mais infiniment précieux.

Les visites à domicile de mes parents et amis, étaient aussi nombreuses que celles que j’avais connues lors de mon séjour à l’hôpital. Indéniablement ce soutient actif de la part de notre entourage m’apportait la quintessence, dans le choix des différentes options thérapeutiques à suivre.

Pourtant j’étais un colosse aux pieds d’argile, et mes pieds se fissuraient au fur et à mesure que la date fatidique approchait.

Entre le 5 et le 17 janvier 2005, j’avais subi une radiographie des poumons, rencontré un anesthésiste, et assisté à un rendez-vous avec le docteur C. Mon éloignement des milieux médicaux avait donc été de courte durée, et je m’apprêtais de nouveau à plonger dans le grand bain.

Mardi 25 janvier 2005, j’avais le moral dans les chaussettes. Préparer la valise était une torture mentale hors paire. J’avais envie de m’enfuir loin de cette situation effrayante, qui était à deux doigts de m’enfoncer dans la folie. Ma fille Éliane était au collège, mon fils Romain, s’occupait dans une pièce du sous sol, devant son ordinateur. J’avais frappé à sa porte, pour lui dire au revoir, nos nervosités respectives étaient palpables. Il ne trouvait pas les mots pour me rassurer, de mon côté, je sentais à travers son regard une extrême inquiétude. Des larmes aussitôt maîtrisées, se mirent à perler sur mon visage. Il fallait que je sorte au plus vite de la pièce,  pour désamorcer la tension qui y régnait. Il était temps également de me ressaisir pour repartir au combat.

Les démarches administratives accomplies, j’étais accueilli par l’équipe du service urologie, je connaissais la plupart des femmes qui travaillaient en ce lieu. Mon personnage était célèbre, car peu de patients s’étaient retrouvés jusqu’ici dans la situation très particulière qui était la mienne.

Faute de place, mon séjour débutait très mal, il n’était en effet pas possible dans l’immédiat, de m’accorder une chambre, seul. Je redoutais la cohabitation qui m’était imposée, car l’homme qui allait occuper le lit voisin, me semblait âgé. Je craignais particulièrement qu’il soit désorienté la nuit, et je n’avais pas envie de supporter ses agissements.

Il n’était pas à l’ordre du jour de me poser un cathéter au niveau de l’omoplate, j’étais donc simplement assujetti au rituel du rasoir, mais également à celui de l’électrocardiogramme.  

Mon diner pouvait être copieux, car mon intervention chirurgicale n’était prévue qu’en début d’après-midi le lendemain.

Dès lors que mon intégration au milieu des blouses blanches avait été effective, ma tension nerveuse s’était apaisée. Comme pour ma première opération je suivais à présent le chemin que l’on m’indiquait, sans me poser davantage de questions.

Je l’avais redouté, et c’était arrivé, la nuit avait été affreuse, nous avions regardé la télévision tard dans la soirée, j’espérais ainsi que la fatigue favoriserait mon endormissement, et maintenant je respirerais profondément pour calmer mes nerfs mis à rude épreuve par le voisin qui ne cessait de ronfler. J’avais du mal à me maîtriser, et vu mon état, j’étais convaincu qu’il me serait impossible de m’endormir, à moins de trouver une solution très rapidement. A bout de force, j’avais sonné une infirmière, il fallait faire quelque chose, sinon j’allais péter les plombs, la jeune femme l’avait bien compris, elle était sortie rapidement en quête d’une solution adéquate. Il avait fallu attendre de longues minutes avant qu’elle ne réapparaisse avec de précieux bouchons à oreilles, garants de ma tranquillité.



Le temps s’était arrêté

Je n’ai rien d’original par rapport aux gens atteints de cancer, lorsqu’ils ne se définissent pas par leur maladie. Comme eux, je prends la vie au jour le jour. Je poursuis mes activités quotidiennes et j’essaie de vivre en évitant tout stress nocif, c’est-à-dire les choses qui minent le moral et rendent la vie pénible. C’est connu : le stress chronique affaiblit le système immunitaire. Alors, il est impérieux de s’en débarrasser. Aussi, la disponibilité à l’instant présent et au bonheur simple est une attitude commune à ceux et celles qui ne se laissent pas abattre par leur maladie. Si l’on y réfléchit un peu, c’est l’attitude la plus saine qui soit. On ne devrait surtout pas attendre d’être malade pour la mettre à l’essai.

 

Finalement je n’étais pas aussi résistant que j’avais pu l’imaginer. Le choc opératoire était encore bien présent, et ma faiblesse physique se traduisait par des étourdissements à chaque fois que mes gestes étaient un peu brutaux. Il fallait donc que je mesure mes efforts, et penser à ne pas trop m’éloigner d’un lieu où je pourrais m’asseoir.

Le réveillon de Noël se passait chez nous, en présence de mes trois enfants et de ma belle-fille. Ce rassemblement familial revêtait un caractère particulier, car en l’espace de 22 jours nous venions de vivre une expérience terrifiante, qui était très très loin d’être terminée, mais qui nous avait fait prendre conscience, en particuliers à moi qui l’avait un peu oublié, de la précarité de la vie, mais qui nous avait enseigné aussi combien le bonheur ne tient parfois qu’à un fil. Le sursis qui m’était accordé ressoudait les liens qui nous unissaient, vivre intensément le moment présent, c’était le seul luxe que nous pouvions nous offrir, face à l’adversité. 

La position assise prolongée, n’était pas faite pour arranger mes douleurs abdominales, je souffrais d’un gonflement du ventre probablement occasionné par des gaz postopératoire, et cette douleur se propageait jusqu’au bas de mon dos. Je n’avais qu’une hâte c’était de pouvoir exécuter quelques pas au milieu du couloir pour soulager un peu mon inconfort intestinal.

J’acceptais de bonne grâce cette souffrance, car ma récompense en valait la chandelle, j’avais  le bonheur de savoir mes êtres chers autour de moi

Ma nuit avait été fortement réparatrice, car les désagréments physiques de la veille s’étaient envolés en même temps que mes rêves. Nous étions conviés à déjeuner chez ma belle-mère, et pour l’occasion, outre les Toulousains qui remontaient dans la région tous les ans, les Albigeois avaient également fait le déplacement. De ce fait la plupart des membres de la famille à Chantal était là, pour m’apporter leur soutien.

La nuit de la Saint Sylvestre avait été des plus calmes, j’avais regardé avec ma fille Eliane, un film de la série des Harry Potter. Bien avant minuit, j’avais retrouvé avec satisfaction mon lit. Les vœux du jour de l’an étant bien mal venus compte tenu de mon état de santé, j’avais préféré passer outre cette coutume, en évitant tout contact avec l’extérieur.

Après plusieurs séances de soins, j’étais arrivé au jour J, le moment de retiré mes agrafes était venu, la cicatrisation étant parfaite l’infirmière avait pris définitivement congé de la maison.

Je m’étais imposé un défi, celui de retourner sur mon poste de travail avant ma seconde opération. La démarche n’était pas aisée, car remplie d’émotions. Mes collègues m’avaient accueilli en héros courageux, la plupart se disant incapable d’affronter la maladie comme j’étais en train de la faire. Il n’y avait pourtant aucune recette, je suivais mon chemin comme me l’indiquait mon instinct, et je n’étais pas un superman, car je connaissais que trop bien mes faiblesses. Néanmoins leurs réactions chaleureuses me donnaient du grain à moudre pour continuer à me surpasser.

Je m’étais assis à ma place, personne ne m’avait encore remplacé. Ma profession n’avait pas eu que des côtés faciles, mes rapports humains au travail  n’avaient pas été toujours idéaux, mais je ressentais cependant une nostalgie de cette époque révolue, où j’avais souvent empoisonné ma vie pour des futilités qui n’en valaient pas la peine. Mes yeux venaient de s’arrêter sur mon éphéméride bloquée à la page du 2 décembre 2010, effectivement le temps s’était arrêté ce jour là. 



Le voyage ne faisait que commencer

Il n’y a que deux façons de vaincre le cancer : aimer et continuer à sourire quoi qu’il advienne.

Les médecins veulent bien essayer de me soigner, j’ai beaucoup d’admiration  pour leur courage et leur détermination. Comme il doit être difficile de s’occuper d’un patient, de s’y attacher, tout en sachant pertinemment que les chances sont limitées, qu’il n’y a pas de remèdes miracles, juste un traitement qui rendra fatalement malade ce fameux patient que l’on voulait  soigner.

Étrange maladie que le cancer

 

Quelques jours s’étaient écoulées, j’étais débarrassé de mon drain et de mon pompe à morphine, pas de ma perfusion, ni de ma sonde urinaire. Techniquement parlant je pouvais à présent me lever. Une aide-soignante m’avait expliqué comment attacher ma poche à urine à ma taille, mon support à perfusion ayant la faculté de rouler, je pouvais à présent me déplacer d’un bout à l’autre de ma chambre. Cette évolution dans mon statut de convalescent, me permettait de retrouver un peu de mon autonomie perdue.

Faire ma toilette et changer de linge sans avoir recours à une aide extérieure, me ramenaient à un peu plus d’intimité. J’étais plus que motivé par une envie obsessionnelle de retrouver ma forme. Aussi j’arpentais les couloirs de la polyclinique autant de fois qu’il m’était possible de le faire, et ceux jusqu’à ce que la fatigue me dissuade de continuer.

Je passais presque totalement à côté des préparatifs de Noël, Chantal et Eliane s’occupaient de l’achat des derniers cadeaux et de l’élaboration du menu pour le repas du réveillon. Mon hospitalisation me privant de l’euphorie des derniers jours de l’Avant, je sentais au fond de moi comme une espèce de frustration et mon enfermement me rappelait au bon, ou plutôt au mauvais souvenir, de mon rang peu enviable de malade en sursis.   

Au rythme des jours, et même parfois au rythme des heures, mon état mental connaissait les sensations vertigineuses des montagnes russes. Je passais sans aucune transition par des hauts et des bas. Mon état esprit était comparable à un bateau, je traversais d’abord une forte tempête, manquant à tout moment de chavirer, puis lorsque la mer était à deux doigts de m’engloutir, le calme revenait. Le soleil pointait de nouveau sa lumière sur ma ligne d’horizon, jusqu’à l’arrivée d’un autre nuage noir, prémisses d’un autre épisode de tangage. Ces sautes d’humeur n’étaient pas de nature à me faciliter la vie, mais j’étais toujours dans ma phase d’acceptation de la maladie et je faisais confiance à ma faculté d’adaptation pour venir définitivement à bout de mes difficultés présentes et futures.

L’endroit étant terriblement sensible, l’introduction d’une sonde dans ma verge avait été une épreuve difficile à supporter, aussi lorsque l’on m’avait délivré de ce corps étranger, mon humeur s’en était retrouvée considérablement améliorée.   

L’objectif était maintenant de sortir au plus vite de ce milieu médical que je souhaitais oublier au moins pendant le temps des fêtes. La promesse du docteur C de me libérer avant Noël avait été tenue. Chantal était venue me chercher le lundi 20 décembre en milieu d’après-midi. Le trajet en voiture avait été délicat, les agrafes qui suturaient ma plaie étaient encore en place, et de ce fait mon côté gauche était sensible aux secousses provoquées par une chaussée par toujours en excellente état.     

J’avais eu l’impression de retrouver ma maison après des années d’éloignement, depuis une douzaine de jours que de nombreux médecins, infirmières, aides-soignantes avaient gravité autour de moi, je ressentais à présent la solitude d’un enfant délaissé par ses parents le jour de sa première rentrée scolaire. En l’absence du personnel soignant, j’avais peur de me poser d’innombrables questions auxquelles je n’aurais plus de réponses.

Cette période postopératoire n’était quand même pas aussi réjouissante que j’aurais pu l’imaginer, car des douleurs diffuses, d’origine musculaire et organique, de très différentes intensités, colonisaient tout mon corps. Il fallait que je m’y habitue, le voyage ne faisait que commencer.  



Drain, Pompe à morphine,sonde urinaire, perfusion et tout le reste

La recherche à besoin d’argent dans deux domaines : le cancer et les missiles antimissiles. Pour les missiles antimissiles, il y a les impôts, pour le cancer, on fait la quête.

 

Un spectacle de Pierre Desproges, c’était la première émission que je regardais à la télévision depuis que j’avais réintégré ma chambre. Lui-même était décédé d’un cancer en avril de l’année 1988, je pensais donc qu’il savait de quoi il parlait, quand il avait écrit cette citation sur la recherche et les besoins d’argent. Malgré l’extrême gravité du propos, ces petites phrases m’avaient beaucoup plu, car mes longs moments de réflexions durant mon séjour en soins intensifs, m’avaient amenés à résonner dans le sens de l’humoriste Certes il s’agissait bien là d’humour on peut plus noir, mais il valait mieux déminer une situation explosive par le rire, plutôt que de s’enfoncer dans une tristesse qui n’aurait rien changé à mon état de santé, sinon qu’à l’aggraver.  

Chantal et Julien avaient eu un entretien avec l’urologue. L’intervention chirurgicale s’était bien passée, outre mon rein gauche, une tumeur du poids d’une boule pétanque m’avait été retirée du ventre. Il avait fallu condamner les deux côtes flottantes pour pouvoir mener l’opération à son terme. Une tumeur d’une telle grosseur avait probablement eu le temps de diffuser dans le corps, mais ce n’était pas une certitude, il fallait attendre de pouvoir effectuer un scanner pour en avoir la confirmation. L’urgence de l’opération s’était avérée exacte, car le risque d’hémorragie avait dépassé sa cote d’alerte.

Notre tactique d’ouverture portait ses fruits, nous avions eu raison d’agir ainsi car en ne nous enfermant pas dans notre malheur, nous nous étions délestés d’une partie de notre charge émotionnelle sur nos parents et amis. Mettre des mots sur les maux tout en se confiant à notre entourage, voilà qui nous aidait à avancer. Personne n’était mis à l’écart des informations dont nous disposions, Chantal avait convaincu la plupart de venir me rendre visite. Elle était consciente que la démarche n’était pas facile, mais c’était maintenant ou jamais.

Ma chambre était donc souvent fréquentée par des visiteurs, certains parmi mes plus proches versaient leur larme, d’autres bégayaient, ne trouvant pas les mots appropriés à la situation, d’autres enfin baissaient la tête, ne voulant pas trahir la gêne que leur inspirait les circonstances de leur présence à mes côtés. Ma mission était de les rassurer, d’enfouir au plus profond de moi la partie sombre de mon état d’esprit, et de leur apporter un autre regard sur cette maladie si effrayante qui portait le nom de cancer.

La majorité de nos intimes était venue, la partie était gagnée, nous pouvions compter désormais sur leur soutien inconditionnel.

Nous pouvions d’autant plus compter sur le soutien inconditionnel de nos intimes, que l’épreuve physique et morale que je venais de traverser, n’avait affecté que très peu mon aspect corporel. En dehors d’un léger amaigrissement, mon visage ne reflétait en aucune façon l’image du mal qui me frappait, il était donc facile de mettre mes convives dans une position de confiance, dès lors nos rapports ne s’en trouvaient en rien ébréchés.

Je disposais d’une pompe à morphine, mais je l’actionnais rarement, la douleur n’étant pas forcément insupportable. Ce qui m’incommodait davantage, c’était  mon drain, mais aussi ma sonde urinaire. Drain, sonde urinaire, pompe à morphine, et perfusion me gardaient prisonnier dans mon lit, j’attendais avec hâte l’instant où je pourrais me libérer de ce fardeau.

Avec une seconde opération programmée en janvier, et un scanner qui risquait de réserver de vilaines surprises, mes préoccupations auraient pu être un frein à ma sérénité du moment. Je ne sais quelle force intérieure m’interdisait de polluer mon esprit d’éléments négatifs, en privilégiant toutes les bonnes choses que mon avenir proche me destinait à vivre, mais en tous les cas cette énergie positive rayonnait sur mon comportement, j’apprenais à apprivoiser mes conditions de malade en danger, en profitant pleinement de l’instant présent.

Je rentrais dans une période de lecture très intense, car finalement je bénéficiais de très peu de soins et qu’il fallait meubler de grands moments de solitude, mais rien de ce que je vivais me paraissait rébarbatif, je me soumettais de bonne grâce à l’autorité des blouses blanches, et je faisais systématiquement honneur aux repas qui m’étaient servis.



Une lutte sans répit

Apprendre que l’on souffre d’un cancer du rein est généralement synonyme de choc. Cette expérience est difficile. Ressentir de l’incrédulité, de la solitude, de la confusion, de la peur, de la frustration, de la colère, et de la douleur, est normal, face à toute maladie potentiellement mortelle. Je me sentais le droit d’éprouver ces sentiments, de pleurer, d’être bouleversé.

Après mon diagnostic, il était temps de prendre le chemin de la guérison. Ne pas laisser mes émotions et mon cancer affecter davantage mon foyer, ou les personnes qui m’étaient chères.

J’en étais convaincu, mes proches étaient aussi très affligés, ils s’inquiétaient pour moi et pour eux-mêmes. Le cancer avait frappé en touchant toute la famille, et pourtant cette famille n’avait pas d’autres missions que de jouer un rôle très important tout au long de mon combat contre la maladie.

 

Le diable cherche à détruire votre force spirituel, le cancer lui est comme un lion il s’attaque à votre chair, pour n’en laisser que des débris.

L’antre du lion n’était donc pas l’antre du diable, la maladie pouvait bien anéantir mon corps, elle ne pourrait en aucun cas anéantir mon âme.

Durs ou douces, à aucun moment de ma vie je n’avais touché aux drogues, on m’avait dit que les utilisateurs de tels produits naviguaient sur un petit nuage après en avoir consommés. 

J’ignorais l’origine des traitements que l’on m’administrait, après cette néphrectomie totale de mon rein, mais le mot souffrance était totalement absent de mon dictionnaire, en fait je planais au dessus de mes conditions de malade, perdant toute logique et tout sens de la réalité.

Cloîtré derrière mon rideau, je ne vivais qu’avec la lumière artificielle de ma rampe d’éclairage. Etait-on la nuit, était-on le matin ou l’après-midi, je ne savais pas pourquoi j’étais là, ni depuis combien de jour. J’avais l’impression d’être en bonne santé, et j’ignorais pourquoi les femmes en blanc s’acharnaient si souvent autour de moi. L’idée ne me passait même pas par l’esprit de leur poser la question.

Comme je n’avais rien d’autre à faire que de dormir, ou de regarder le plafond et les murs, mon regard se focalisait sur la caméra qui était braquée sur moi. L’idée burlesque de faire coucou de ma main m’était passée par la tête, mais d’instinct je m’abstins de passer à l’acte, car l’ambiance ne semblait pas être à la fête.

Progressivement cependant je sortais de mon délire, pièce par pièce le puzzle des moments difficiles que je venais passer, se remettaient en place.

« Monsieur Gautier, votre volonté vous aide à remonter très vite de l’intervention. Peu importe la nature de la tumeur que l’on vient de vous retirer, l’essentiel c’est qu’il ne reste plus rien. Si vous continuez à récupérer aussi bien, vous pourrez regagner votre chambre rapidement. »

Le docteur C avait prononcé les mots justes, ceux qu’un malade attend de son entourage pour reprendre l’espoir en la

« Monsieur Gautier, je suis l’angiologue, je viens vous faire un doppler »

« Monsieur Gautier je suis l’infirmière mandatée par le service d’urologie, pour vous faire un prélèvement sanguin. Je vais piquer dans votre gros orteil, car les veines de vos bras sont déjà amplement sollicitées »

Ma grimace au moment ou l’aiguille s’était enfoncée dans la chair, avait était davantage un réflexe d’appréhension qu’une réaction à la douleur.

«  Monsieur Gautier, je suis le kiné»

Je ne voyais pas l’utilité de me mettre complètement nu pour me masser. Il fallait avant tout éviter les escarres, et les manipulations corporelles avaient sur moi un effet bénéfique. Je n’avais pas réalisé à tel point la position couchée, immobile m’avait physiquement meurtri. Les fesses, les épaules,  le dos, le bas du dos, toutes les parties de mon corps, étaient complètement endolories, et les mouvements précis du kinésithérapeute ravivaient la circulation du sang, tout en décontractant progressivement mes muscles.   

Infirmières, médecins, spécialistes en tous genres se succédaient au pied de mon lit. J’étais totalement débarrassé des effets de l’anesthésie, et je mesurais le degré des difficultés que je venais d’endurer. Face à la férocité de mon ennemi, je tentais d’apprivoiser mes peurs, et le personnel médical répondait présent pour m’aider dans une lutte sans répit.

   

 



L’antre du lion

Cette petite intervention n’avait pas été un test très concluant, mes nerfs étaient fragiles. J’avais été brutalement propulsé dans l’arène sans avoir eu un seul moment pour m’y préparer, il me restait beaucoup de progrès à faire pour conforter mon aptitude, à mener cette lutte contre la maladie, aussi fallait-il me donner suffisamment de temps pour m’adapter.

J’étais lucide, je ne vivais pas un mauvais rêve, mais bel et bien la réalité, il fallait donc tout faire pour détruire l’ennemi, avant qu’il ne me détruise lui-même.  

Maintenant que j’étais dans ma chambre, les tensions s’étaient apaisées, et Chantal était là pour me détourner de mes plus sombres pensées.

Le soir était tombé sur ma seconde journée d’hospitalisation, le coup de blues de l’après-midi n’était plus qu’un attristant souvenir. J’avais retrouvé le chemin de la confiance et de  l’acceptation, sans trop savoir comment. Je fermais les yeux en pensant à cette tumeur qui demain serait extraite de mes entrailles et qui n’aurait pas le temps d’accomplir son œuvre.

Vendredi 10 décembre 2004, j’étais sous la douche en train de badigeonner mon corps tout entier de Bétadine. La veille j’avais subi l’expérience du rasoir. Je n’étais pas totalement borné, je savais qu’il s’agissait d’une question d’hygiène, et que ma sécurité était en jeux, mais cependant je n’avais pas aimé me soumettre à ce que je considérais comme une atteinte à ma dignité. Cette préparation préopératoire faisait partie de ces petites choses qui me donnaient l’impression d’être un pantin entre les mains de la médecine.

Quelqu’un avait frappé à la porte, l’instant crucial était arrivé. La salle d’opération m’attendait à bras le corps, toute l’équipe formait un cercle autour de moi. Coiffés de leur bonnet et cachés derrière leur masque, je n’arrivais pas à distinguer le docteur C des autres personnes. Au dessus de ma tête, un puissant projecteur m’éblouissait les yeux. L’anesthésiste m’avait demandé de me relever et de m’asseoir pieds ballants, je devais subir une péridurale pour la pose d’un second cathéter. Ce cathéter serait relié au moment opportun, à une pompe à morphine, élément indispensable pour combattre la douleur. J’avais précédemment absorbé un sédatif pour aborder l’ablation de mon rein malade, dans les meilleures conditions, aussi comme j’étais relativement détendu, la manœuvre s’était bien passée.

L’anesthésiste piquait maintenant son aiguille dans ma perfusion, il me demandait de compter jusqu’à dix. Avais-je pu énumérer les chiffres jusqu’au bout ! J’en doute fortement.

J’étais passé de l’inconscient au conscient sans avoir eu aucune notion du temps. J’étais en salle de réveil, comme la plupart des opérés de la journée. Je n’éprouvais aucun sentiment, le ciel pouvait me tomber sur la tête, toutes mes émotions de ces derniers jours étaient effacées du tableau noir.

« Monsieur Gautier, monsieur Gautier, il faut ouvrir les yeux. »

J’entendais ces mots sans pouvoir distinguer l’infirmière qui les avait prononcés.

« L’opération s’est bien déroulée monsieur, tout va bien, avez-vous mal quelque-part ? »

« Monsieur, monsieur, répondez-moi »

J’avais fini par lui susurrer à l’oreille deux ou trois phrases dont elle s’était accommodée, car elle s’éloigna ensuite de mon chevet.

Après cet épisode, j’avais dû replonger dans l’inconscience, car ce fut les secousses du chariot brancard qui me ramenèrent à la réalité. J’avais eu le temps de regarder la pendule accroché dans l’entrée de service, la soirée était bien avancée.   

J’étais assez lucide pour constater que ma destination finale n’était pas ma chambre, je pénétrais dans une pièce blindée de machines en tous genres, mon lit était calé entre le mur de la porte d’entrée, et un grand rideau qui me séparait d’un autre malade couché lui, du côté fenêtre.

« Vous êtes en salle de soins intensifs, l’intervention s’est bien passée, vous vous êtes bien battus »

Le docteur C avait prononcé ces mots réconfortants avant de prendre congé. Une équipe d’infirmière s’affairait autour de moi, je me sentais comme un bébé dans les bras de sa mère, en parfaite sécurité. On m’avait signalé que j’étais provisoirement porteur d’une sonde urinaire, dans le but de soulager le rein qui me restait. Un drain m’avait également été posé, pour éliminer les impuretés liées à l’opération chirurgicale. J’avais soif, mais on ne m’avait pas autorisé à boire.  

Comme un cadeau venant du ciel, deux têtes familières étaient apparues dans l’encadrement de la porte, Chantal et Eliane avaient reçu l’autorisation de pénétrer dans l’antre du lion. 



Une nature sourde et inexorable

Le cancer reste une maladie emblématique. Par sa puissance, par le risque qu’elle fait encourir, par sa nature sourde et inexorable, par le bouleversement de vie qu’elle implique. Quand ce n’est pas la mort, c’est quand-même la mort de quelque chose.

 

Mon sac était chargé dans le coffre, la tension était palpable dans l’habitacle de la voiture, je quittais un monde qui appartenait désormais au passé, mon avenir était incertain, je savais simplement que rien ne serait plus jamais comme avant. 

Nous avions effectué les démarches administratives obligatoires, et je fus ensuite admis dans le service d’urologie du docteur C. Je disposais d’une chambre à un lit et j’étais plutôt heureux de cette initiative, car partager son intimité avec un inconnu n’aurait pas été une chose facile à vivre pour moi. Mon expérience vis-à-vis du cancer en était qu’à ses balbutiements, mais en l’espace d’une semaine, j’avais déjà  connu des sensations extrêmes, en dépassant d’abord les limites du découragement, avant d’atteindre un pic d’optimisme jamais égalé, pour sombrer ensuite dans la plus profonde des mélancolies. 

Pour l’heure la tempête était calmée, entre les mains des blouses blanches je me sentais apaisé de toutes tensions. Mes doutes s’étaient dissipés, j’étais sûr que le médecin m’avait dit l’entière vérité, et je lui accordais ma totale confiance. J’avais juste à me laisser guider, sans penser sur quel chemin on me conduisait et vers quelle destination.

Mon opération était prévue pour le vendredi 10 décembre, en fait j’étais rentré ce mercredi pour être à l’entière disposition du personnel médical le jour suivant. Il était prévu d’effectuer divers prélèvements sanguin, un électrocardiogramme, et la pose d’un cathéter au niveau de l’omoplate. Je n’avais donc rien d’autre à faire que me préparer psychologiquement à plonger dans le grand bain.

Ce soir là j’avais diné normalement, Chantal s’était occupée de mes abonnements de téléphone, et de télévision, et j’avais à ma disposition pas mal de lecture pour déjouer ma prochaine solitude.

J’avais été réveillé à 7h30 par l’équipe du matin, pouls, tension, température, les constantes étaient normales. Petit déjeuner avalé, je savais que l’examen cardiaque était programmé ensuite.

Ma chambre était située du côté de l’entrée principale et de mon étage j’apercevais le va et vient des visiteurs et des malades qui se présentaient pour une consultation. La direction de la clinique avait décidé de réaménager le parking, et l’espace paysagé, je regardais les ouvriers s’affairer à la tâche, je n’avais pas une minute pour m’ennuyer.

Le début d’après-midi marquait la fin de mon isolement, Chantal était là pour m’aider un supporter ma croix.

Un brancardier avait ouvert la porte, je partais en salle d’intervention, pour la pose de mon cathéter. Allongé sur la table d’opération je mesurais à quel point je rentrais concrètement dans la première phase de traitement de la maladie. J’étais contracté car l’infirmière me faisait mal, elle semblait d’ailleurs énervé de ne pouvoir parvenir à ses fins.

Soudain tout s’effondrait autour de moi, ma détermination au combat, la confiance en la médecine, ma sérénité de la veille, mon optimisme, il ne restait plus rien que ma peur et mes doutes. Je repensais à ma mère, à mon père, à toutes ces vilaines épines qui m’avaient égratigné le cœur. Ses êtres chers que la mort m’avait volés, était-il possible que mon heure était venue de les retrouver. Tel était mon destin, il fallait une fois du plus être la victime de cette fatale injustice, contre laquelle j’étais totalement impuissant. Des images de mon passé défilaient en boucle dans mon esprit, je constatais amèrement que ma vie n’était faite que de vicissitudes. J’avais surmonté bien des révolutions, mais je refusais catégoriquement l’idée de m’éloigner à tout jamais de ma femme et de mes enfants.

Au bout de la seconde tentative, l’infirmière avait réussi à terminer son travail. Il lui fallait maintenant prendre du temps pour me parler et me réconforter, car des larmes qui n’avaient pas coulé depuis très très longtemps roulaient à présent sur mes joues. Ma consolatrice ne savait pas à quel point de pleurer me faisait du bien.

 

 

 



La foi, un soutien spirituel fortement précieux

J’ignore combien de temps nous avions attendu d’être reçus, j’avais perdu toutes notions des choses, mais maintenant le docteur C s’entretenait avec nous, le personnage contrastait avec la brutalité et la froideur du radiologue que nous avions précédemment rencontré. Il avait examiné avec soins les clichés de mon scanner, et lisait attentivement le courrier qui accompagnait le dossier.

Ses explications étaient claires et précises, il ne me prenait pas pour un petit garçon car il savait que j’avais compris la gravité de ma situation, en revanche il s’appliquait à me faire comprendre qu’il y avait matière à se battre. L’urgent était d’opérer le rein gauche, la tumeur étant très étendue, il ne fallait pas risquer l’hémorragie. La petite saleté localisée sur le rein droit, suivant ses propres termes,  était de la gnognotte, une deuxième opération était inévitable mais elle pouvait attendre le mois de janvier.

Il me proposait de rentrer déjeuner et me reposer, puis revenir dans l’après-midi pour contacter un anesthésiste. Il faisait le nécessaire pour obtenir le rendez-vous, et prévoyait mon hospitalisation pour le lendemain. Il me promettait de me faire passer les fêtes de fin d’année, en famille.

Cette perspective rallumait la flamme qui s’était éteinte en moi, certes cette flamme était bien fluette, mais elle avait le mérite d’exister et de me donner une petite lueur d’espoir. Ma renaissance étant amorcée, la responsabilité m’incombait désormais de me montrer courageux au combat.

Toute la famille était présente autour de la table, Julien et Sophie étaient remontés d’Angers, Eliane et Romain étaient rentrés de leurs activités respectives. Les nouvelles étaient évidement mauvaises, il fallait donc pleurer, évacuer ce trop plein de stress que cette situation dramatique avait pu engendrer. L’urologue avait dit qu’il y avait matière à se battre, maintenant que nous avions atteint les flammes de l’enfer, nous n’avions pas d’autres choix que de remonter la pente. Conformément à ce que nous avions décidé, Chantal avait pris le téléphone pour avertir parents et amis de la situation, plus que jamais nous aurions besoin de leur soutien.

J’avais retrouvé mon fauteuil avec délice, je n’étais pas suffisamment détendu pour m’endormir mais j’avais quand même réussi à calmer ma tête qui semblait vouloir éclater.  

Une partie de l’après midi avait été consacrée aux démarches administratives, ma consultation auprès de l’anesthésiste n’avait été qu’une simple formalité, j’étais soulagé au soir de cette longue journée de cauchemar, de retrouver la quiétude de notre maison.

Patrice était venu me rendre visite, il avait reçu les informations me concernant,  par sa femme Odile, qui nous avait appelés pour annuler son invitation à diner du samedi à venir, à cause de l’état de santé de sa mère. Patrice était nerveux, il avait sans doute fait énormément d’efforts pour se trouver en face de moi. Pour lutter contre son agitation, il parlait sans cesse en évitant de me regarder dans les yeux. Pour lui, le pas le plus difficile avait été franchi, je savais que désormais je pouvais compter sur lui.

Mon lit était mon refuge, dans l’obscurité et le silence de la nuit, la douce chaleur de mes couvertures me procurait un peu de bien-être, et la relaxation nécessaire à des muscles bien malmenés par un puissant stress engendré par cette journée émotionnellement très éprouvante.   

Mercredi 8 décembre, mon entrée à la clinique était fixée à 17 heures, j’avais donc un certain laps de temps pour me préparer psychologiquement à affronter une épreuve, dont l’aboutissement était incertain. La confiance en la médecine avait ces limites, et j’espérais au fond de moi que le docteur C ne m’avait rien caché de la vérité. Finalement cette nouvelle période d’attente n’avait rien de bénéfique, car au fil des heures je sentais l’anxiété gagner de nouveau du terrain.

Comme à l’habitude, Chantal était ma tête pensante, car il faut bien le dire mon esprit était terriblement troublé, et j’avais beaucoup de mal à organiser matériellement et administrativement parlant, mon départ. 

Le plus terrible c’était d’être là assis à ne rien faire, sinon qu’à regarder la pendule avancer, je sentais le désespoir m’envahir. Depuis trop longtemps je ne savais plus prier, et je regrettais amèrement d’avoir perdu la foi, mais la croyance ne s’acquiert pas comme on achète une botte de radis, il fallait donc que je me passe de ce soutien spirituel pourtant fortement précieux.



Votre carte vitale monsieur

D’un côté,  j’avais envie de prendre mes jambes à mon coup afin de m’enfuir le plus loin possible de cet enfer, et de l’autre côté j’étais soulagé d’arriver au terme de cette période d’incertitude. Je me rassurais en pensant que finalement ce scanner n’allait rien me révéler de bien nouveau, il fallait simplement se résigner à suivre la procédure que m’avait indiquée mon médecin traitant, et espérer une opération au plus vite.

Nous avions rendez-vous relativement de bonne heure, j’étais à jeun, mais il me fallait avaler une quantité non négligeable d’un liquide blanc et épais, pour que l’examen soit réalisable. Nous étions plusieurs à nous exécuter dans la salle d’attente et personne ne buvait le contenu de son flacon avec grand plaisir.

Mon nom avait été prononcé, je franchisais la porte de la pièce où était situé l’appareil, j’étais largement impressionné par la taille de la machine, mais j’étais de nouveau dénué de toute émotion, et obéissais machinalement aux ordres sans la moindre réticence.

Un produit de contraste m’avait été injecté dans le bras, de nouvelle indications m’avaient été données, et l’examen s’était terminé sans le moindre incident.

J’avais ensuite rejoint Chantal, et nous étions maintenant à l’affût des résultats, mon sort était désormais scellé. Nous entamions ce jour là, le début d’une longue série d’attentes toutes aussi insupportables les unes que les autres pour le malade et sa famille. A l’heure où j’écris ce texte je n’en connais pas encore la fin.

La porte de la salle d’attente était grande ouverte, docteur H était apparu au comptoir derrière sa secrétaire, il avait articulé mon nom suffisamment fort pour que je sorte le rejoindre.

Lui me tendant mon dossier : «  Je vous confirme ce que nous avions repéré l’autre jour, votre rein gauche est bien colonisé par une masse tumorale. J’ai remarqué aussi dans une moindre mesure, la présence sur votre rein droit d’une autre tumeur »  

Moi : «  Vous êtes en train de me dire que je suis foutu en sorte ? »

Le patricien qui se rendait compte un peu trop tard qu’il venait de faire une énorme bourde avait blanchi et prononçait à présent des mots que je n’entendais plus.

J’étais complètement tétanisé par la brutalité de l’information, aussi j’avais juste eu le temps de m’appuyer sur le mur pour ne pas tomber. Remis de cet étourdissement j’entendais de nouveau.

Lui : « Voyez avec ma secrétaire »

Sans le moindre brin d’humanité, il s’était ensuite enfui tout tremblotant, laissant à cette pauvre secrétaire le soin de réparer les dommages qu’il venait de m’occasionner.

Chantal était effondrée en larme, le pire pour nous  c’était que les gens qui patientaient dans la pièce d’à côté avaient assisté au déroulement entier de la scène, et que le respect de la confidentialité n’avait pas été préservé.

La secrétaire rouge écarlate et terriblement gênée : « Votre carte Vitale monsieur »

Moi : « Ce n’est pas ma carte Vitale que vous me demandez, c’est ma carte de mort »

Chantal et moi étions complètement figés,  pareils à des petits enfants perdus au milieu de la foule. Il fallait nous guider, la secrétaire avait compris que c’était à elle d’assumer, les conséquences de la maladresse de son patron.

Elle nous conduisait à présent dans un dédale de couloirs, jusqu’au cabinet des urologues. Elle susurra quelques mots à l’oreille de sa collègue, puis pris congé de nous. J’étais plus bas que terre, j’avais cessé psychologiquement de vivre. J’attendais assis au milieu de nulle part, Chantal était partie téléphoner aux enfants, nous étions totalement détruit.



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