D’autres chats à fouetter

« Monsieur Gautier, il me sera inutile d’effectuer d’autres visites, car tout va pour le mieux »

Le kinésithérapeute était venu me faire des mouvements respiratoires et des massages de la cage thoracique. Une seule séance avait suffi pour remettre mon reste de poumon gauche en place.

« Bonjour monsieur Gautier, on me dit que votre drain vous fait quelques petites misères. Je suis venu pour vous le retirer car vous pouvez désormais vous en passer. Tournez vous sur le côté droit, vous allez sans doute sentir quelque chose de bizarre, c’est l’extraction du tube de drainage qui vous fera cet effet. » 

Le docteur M avec l’aide d’une infirmière m’avait donc extirpé du flan gauche cet élément étranger qui m’avait tellement rendu la vie impossible. L’opération n’avait pas été très longue, mais la sensation ressentie largement désagréable. Son assistante avait ensuite terminé le travail en suturant la plaie avant de poser un pansement.   

Libéré de toutes contraintes, je pouvais enfin gambader dans ma chambre et dans les couloirs, car j’avais expressément besoin de me dérouiller les muscles et de voir autres choses que le plafond de ma chambre.

Chaque jour apportant son lot de bonnes nouvelles, j’avais réellement l’impression que le vent tournait en ma faveur. Une fois de plus la chirurgie m’avait débarrassé de la bête féroce, et je me sentais l’esprit sain, dans un corps sain.

Dimanche 19 juin 2005, ma fille Éliane accompagnait sa mère pour une dernière visite avant mon retour qui était prévu le jour suivant. Je tenais suffisamment sur mes jambes pour que nous puissions  nous permettre de descendre à la cafétéria. Cette petite escapade loin de mon lit de malade me donnait le sentiment de bénéficier d’un régime de semi-liberté, ce qui excitait d’autant plus mon envie de retrouver définitivement  le monde des vivants.

Nous étions remontés avec regrets dans le service de pneumologie et l’heure du dîner avait marqué la fin des visites. J’étais situé du côté de l’entrée principale, aussi j’apercevais à travers la fenêtre les silhouettes de Chantal et d’Éliane qui se dirigeaient vers le parking. Un petit signe de la main à mon attention puis elles étaient montées dans la voiture. Manifestement il se passait quelques choses, Chantal était ressortie de l’habitacle pour ouvrir  le capot moteur. J’étais frustré de ne pas savoir ce qui était en train de se passer, mais l’idée d’une panne de véhicule en plein centre de Nantes ne me réjouissait guère. Mon téléphone avait fini par sonner, Chantal et Éliane m’avertissaient de l’incident. L’eau manquait dans le radiateur et un automobiliste avait bien voulu leur en fournir. Elles partaient en espérant pouvoir se rendre sans encombre à domicile, car le problème n’était pas réglé.

La sérénité était le mot de vocabulaire qui avait défini mon état d’esprit de ce dimanche, mais à présent l’inquiétude détruisait peu à peu les bienfaits de cette paix intérieure que j’avais décidément, tellement de mal à préserver. 

Il fallait maintenant attendre un nouvel appel téléphonique, et je songeais à l’accident de mon fils Romain, qui avait marqué le début de mon combat contre la maladie. La Peugeot 106 avait été déclarée en tant qu’épave par l’expert en assurance, mais notre garagiste avait pu récupérer la voiture pour la réparer, mettant ainsi en doute l’honnêteté de l’expert que je soupçonnais de connivence avec le concessionnaire de la marque. J’avais été content de pouvoir restituer la Citroën C1 que l’on m’avait prêté (dans l’espoir de nous la vendre), la solution de réparation ayant été évidement bien moins coûteuse pour nous. Maintenant c’était au tour de la Saxo de nous jouer des tours, j’espérais que la panne ne serait pas trop importante. Même à deux doigts de perdre la vie, j’en étais encore à me soucier de problèmes matériels, et je n’y pouvais rien changer. Mon adolescence touchée par la précarité financière ressurgissait même dans les pires moments, l’obsession de manquer d’argent était chez moi compulsive. L’heure m’avait paru une éternité, le combiné à l’oreille j’entendais une voix rassurante, ma famille n’était pas restée en rade, par contre il fallait se rendre à l’évidence, le garagiste serait appelé à la rescousse le lendemain.

La nuit avait été calme mais j’avais difficilement trouvé le sommeil d’une part à cause de la chaleur, et d’autre part à cause de l’excitation du départ. Entre le petit déjeuner du matin et le repas du midi, je n’avais pas eu de visites. Mon cas était réglé, les infirmières avaient d’autres chats à fouetter. Nous avions opté pour un retour en ambulance, aussi j’espérais que mon accompagnateur ne tarderait pas trop à venir, l’attente était insupportable.

 



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