Le pavillon des cancéreux

La tension nerveuse était retombée lorsque l’ambulancière était apparue dans l’encadrement de la porte. Elle était peu loquace, et ne me proposa pas de transporter mon sac. Il fallait également parcourir le trajet à pied jusqu’à son véhicule, elle ne me demanda pas davantage si j’étais dans la capacité physique de le faire. Je me fichais complètement de ce manque d’attention, l’essentiel étant pour moi de quitter les lieux. Je n’avais pas mis le nez dehors depuis une semaine, aussi avais-je ressenti comme un éclair dans les yeux,  en me confrontant brutalement à la luminosité du soleil. Le véhicule était climatisé, j’étais parcouru de frissons car mon corps s’était habitué à la chaleur étouffante du moment. Ma conductrice s’était décidée à parler, mais je n’avais ni l’envie ni la force d’alimenter la conversation, nous avions donc terminé notre périple dans le silence.

J’étais rentré par l’entrée principale, la salle à manger était baignée dans la pénombre des volets à demi-fermés. Chantal était là, ainsi que Julien et Sophie qui recevaient une amie à défaut de pouvoir l’inviter sur Angers. Tout ce petit monde s’était rapidement éclipsé, je ne réalisais pas vraiment que mon séjour à l’hôpital n’était plus qu’un souvenir,  j’étais comme un homme sortant de prison, complètement paumé dans cet environnement que je n’avais pourtant pas quitté depuis très longtemps.

Très vite j’avais cependant retrouvé mes repères en espérant pouvoir enfin prendre un peu de recul, avec la semaine que je venais de vivre. Il ne fallait pourtant point songer à se dérober car la guerre n’était pas encore officiellement terminée.

Lundi 4 juillet 2005, le tour de France cycliste en était à sa troisième étape. Le peloton était parti de la Chataigneraie en Vendée et passait par Cholet avant d’arriver à Tours. Si je me souviens parfaitement de cette journée, c’est que mon destin me conduisait une fois de plus dans le cabinet du docteur C. J’étais dans une salle d’attente archibondée à patienter que mon nom soit énoncé, et je regardais à la télévision l’évènement sportif du jour, la traversée de notre ville par les coureurs de ce célèbre tour de France qui n’était pas une compétition comme les autres car elle faisait partie de notre patrimoine, aussi la plupart des patients écoutaient les commentaires avec assiduité. Chantal m’avait donné un petit coup de coude, je n’avais pas entendu mon nom.

Le docteur C me recevait car il avait été à l’initiative de mon second scanner. De ce fait il  avait reçu les rapports des différents médecins que j’avais consultés, depuis notre dernière rencontre. Il m’expliquait donc qu’une biopsie avait été effectuée sur les ganglions que l’on m’avait retirés, et que la maladie avait pris une tournure qui dépassait le seuil de ses compétences. Il me confiait à présent au professeur Z, qui allait me proposer probablement un traitement de consolidation, le rendez-vous étant fixé en même temps que le scanner, le 19 juillet prochain.

Nous étions sortis guère inspirés de cet entretien, en fait mon sort était une fois de plus lié au résultat d’un examen au scanner, qui promettait encore bien du stress, et je ne me réjouissais pas non plus d’être orienté vers le service oncologie, car j’avais le fâcheux sentiment que mon parcours du combattant devenait de plus en plus long, et de plus en plus difficile.

Je me souvenais tout à coup d’avoir lu ‘’ le pavillon des cancéreux ‘’ de Soljenitsyne, et l’angoisse qui avait été la mienne de devoir un jour affronter cette maladie. Les choses n’arrivant pas qu’aux autres, j’étais sur le point de porter à mon tour l’étiquette (malade atteint d’un cancer), et cette étiquette risquait de rester coller à ma peau pendant le reste de ma vie. Le klaxon d’une voiture qui m’invitait à monter sur le trottoir, me sortit de mes sordides pensées. Il fallait très vite rentrer chez nous, et s’employer à une activité divertissante, avant de sombrer dans la folie.



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