Drames de la souffrance humaine

Ma vie était en arrêt sur image, mon avenir dépendait de l’avis d’un médecin, j’étais comme un prisonnier qui attendait le verdict du jury, il n’y avait rien de pire que l’incertitude et l’attente. Le déjeuner n’avait donc pas été des plus animés, quant à ma sieste habituelle, elle n’avait été tout bonnement pas possible.

La salle d’attente commençait à se remplir, je ne savais pas si tous ces patients étaient ceux du docteur Z. Le médecin avait dû être mis au courant de ma prise en charge désastreuse du matin et de la manière dont les choses s’étaient déroulées ensuite, car à peine avait-il enfilé sa blouse qu’il nous demandait de passer dans son bureau.

La lecture du courrier qui accompagnait les clichés du scanner, me paraissait interminable. Plus le praticien tardait à ouvrir la bouche, et plus le doute s’immisçait en nous. Sa gêne était perceptible, il avait pris un crayon et faisait semblant de prendre des notes, mais il était évident que cette acte n’était pas naturel. Je retenais mon souffle et Chantal en faisant autant de son côté. Je sentais des sueurs froides perler sur mes tempes, et des tremblements nerveux agitaient mes mains.

« Monsieur Gautier vous êtes dans une situation délicate. L’image du scanner laisse deviner la présence de deux ganglions au niveau du sternum. Il est évident que l’on ne peut pas continuer à l’infini à vous opérer, il faut trouver une autre solution. Je pourrais vous prescrire une chimiothérapie classique, mais je doute de son efficacité. J’ai une autre alternative à vous proposer, j’ai reçu un fax du CAC de l’espoir à Nantes qui recherche des malades atteints d’un cancer du rein métastasé, pour leur offrir de participer à l’essai d’un nouveau traitement financé par les laboratoires B. Quand dites-vous ? »

Il ne m’avait même pas laissé le temps de me remettre de mes émotions, il n’avait cherché aucun mot pour me réconforter, directement il était entré dans le vif du sujet. Je n’avais guère d’autres choix que d’accepter ce protocole d’un type un peu particulier. Chantal m’avait regardé elle était largement aussi dépitée que moi.

« Oui je veux bien tenter l’aventure sur Nantes, s’il ne me reste que cette solution. »

« Dans ce cas je vais poser votre candidature, en envoyant votre dossier avec une lettre d’explication. Je vais faire le nécessaire pour que passiez dans les plus brefs délais une scintigraphie des os et une prise de sang complète. Vous serez tenu informé de vos différents rendez-vous par ma secrétaire. »

A l’issu de la conversation nous nous étions mis debout, et le médecin nous avait raccompagné jusqu’à la porte, sans même nous saluer.

Une fois de plus le monde s’écroulait autour de nous, le maigre espoir que j’avais pu restaurer au fond de moi était anéanti par la sentence qui venait de tomber. Chantal pleurait des larmes de colère et d’injustice, et moi j’étais robotisé complètement dépouillé de toutes émotions.

Mon cousin Alain et sa femme Liliane étaient dans la salle d’attente, rencontre de hasard des plus angoissantes, ils assistaient à la scène, totalement impuissants. Le médecin était passé devant nous sans broncher, sans doute n’était-ce pas la première fois, durant sa longue carrière, qu’il était témoin de ces drames de la souffrance humaine, mais il n’était pas un buvard qui s’imprègne de l’encre fraîche, il devait impérativement se préserver de toutes émotions jaillissant de raisons externes. 



WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie