Relever et gagner un défi

Le petit coin

 

Vous qui venez ici dans une humble posture
De vos flancs alourdis décharger le fardeau
Veuillez quand vous aurez soulagé la nature
Et déposé dans l’urne un modeste cadeau
Épancher dans l’amphore un courant d’onde pure
Et sur l’autel fumant placer pour chapiteau
Le couvercle arrondi dont l’austère pointure
Aux parfums indiscrets doit servir de tombeau.

(Alfred de Musset)

 

L’évacuation répétitive de selles liquides devenait jour après jour une véritable torture, car j’avais l’impression d’extirper de mon corps un puissant acide, qui me brûlait la muqueuse anale jusqu’à l’insupportable. J’ignorais encore si le Néxavar était actif dans le traitement de mon cancer, mais ce dont je ne doutais pas, c’était de sa capacité à faire maigrir rapidement les patients. Les spasmes intestinaux, les ballonnements, et les nausées ne favorisaient pas non plus l’appétit, et lorsque je m’avisais d’ingurgiter un quelconque aliment la réaction était quasi immédiate, il fallait me rendre au petit coin dans la demi-heure qui suivait.

L’irritation de ma peau continuait également d’évoluer dans le mauvais sens, et les rougeurs avaient l’aspect de brûlures au second degré. Je ne supportais plus les socquettes, et la partie intérieure de mes chaussures qui frottait sur le mal, me rendait la démarche hésitante. La position assise était également pour moi très inconfortable, et je ne trouvais pas beaucoup de soulagement même en appliquant la crème prescrite.

En fait aucun discours ne vaut l’expérience sur le terrain, et si j’avais pris à la légère les avertissements qui m’avaient été lancés, lors de l’entretien au préalable, c’est que j’étais incapable à ce moment là, de mesurer les conséquences de mon engagement.

A présent je n’avais pas de doute sur la dureté du combat, heureusement j’avais ma famille autour de moi pour m’encourager à poursuivre la lutte, j’espérais simplement que les efforts que je consentais, ne seraient pas vains.

En cas de crise aiguë, le docteur R m’avait demandé de le joindre, et comme j’étais arrivé à un niveau critique dans le degré de la douleur, nous avions contacté son service. Il m’avait répondu de suspendre immédiatement le traitement jusqu’au 1 septembre. Nous étions le 26 août, sa décision me permettait donc de souffler 4 jours.

Il me fallait tester mon niveau de résistance à l’effort physique et nous avions donc décidé avec Chantal d’effectuer une longue balade au départ de Torfou qui nous conduirait jusqu’à Tiffauges avant de revenir partiellement sur nos pas. La bataille qui avait été marquée par la victoire des troupes vendéennes contre l’armée de Kleber, durant les guerres de Vendée avait été commémorée par l’édification d’une colonne érigée au carrefour des trois anciennes provinces, l’Anjou, le Poitou, et la Bretagne (le Maine et Loire, la Vendée, la Loire Atlantique). C’est à hauteur de ce site historique que nous avions garé notre voiture, et débuté notre périple qui nous conduisait d’abord dans une grande allée arborée, puis à travers bois jusqu’à l’entrée d’un château encore habité, ensuite nous avions bifurqué dans un chemin étroit avant d’atteindre la voie romaine qui descendait en pente abrupte. Notre périple longeait la Sèvre Nantaise jusqu’à Tiffauges, à cet endroit nous contournions un étang au pied du château de Gilles de Rais (Barbe-Bleue), avant de reprendre enfin le chemin du retour. La voie romaine était largement déformée par le poids des siècles, les pavés à demi-déchaussés par l’érosion me servaient de marchepieds, car la pente s’était transformé en rude côte pentue, épreuve que je n’imaginais pas aussi redoutable, pour mon état de santé. J’avais eu tellement de mal à gravir les derniers mètres que je j’avais dû faire plusieurs pauses avant de terminer mon ascension presque à quatre pattes. Ce passage difficile de notre marche m’avait fait prendre conscience des dégâts occasionnés par la chimiothérapie, il fallait impérativement adapter mon rythme de vie à ces nouvelles donnes. Le reste du trajet étant plus tranquille, je pouvais maintenant récupérer des forces avant de rejoindre notre véhicule. La majorité de notre randonnée se situant en pleine nature, je n’avais pas été trop handicapé pour soulager mes problèmes intestinaux, nous pouvions maintenant rentrer avec la satisfaction d’avoir relevé et gagné notre défi.



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