Mon capitale de sable

Aujourd’hui, alors que mon capital de sable a dangereusement baissé dans le haut du sablier, il m’arrive de sentir avec une acuité poignante cette incessante hémorragie de temps vivant qui s’écoule de moi, alors que je n’ai jamais eu autant envie d’exister.

Je déteste perdre mon temps, comme je déteste voir un blessé perdre ce sang tellement précieux pour sa vie.

 

Dompter les effets secondaires du traitement, c’était un peu comme dompter un cheval sauvage. Il fallait apprendre à connaître les réactions du produit, savoir les appréhender, et respecter en conséquence, une hygiène de vie susceptible d’atténuer les souffrances infligées à l’organisme, puis habituer progressivement le médicament et le corps à vivre le mieux possible en harmonie.

La partie n’était pas gagnée, car cette résolution impliquait pas mal de sacrifices En matière culinaire par exemple, il fallait suivre une alimentation adéquate, et abandonner l’idée du plaisir. Autre exemple, en matière d’alcool, même si je n’étais pas un grand consommateur de spiritueux ou de vins, leur consommation modérée faisait partie d’un certain art de vivre, et se priver totalement de ce moment de convivialité, c’était de se sentir plus tout à fait comme les autres. Le buveur d’eau est souvent oublié lorsqu’il s’agit de remplir les verres, et j’en faisais assez souvent la constatation. 

Grâce à cette balade, qui n’avait pas été une promenade de santé, je savais dans un premier temps que présumer de mes forces, ne m’aiderait pas à résister aux répercussions physiques, engendrées par le médicament. Il fallait donc continuer à exercer une activité sportive mais de manière mesurée. En fait je n’avais pas reçu de règles à suivre de la part des médecins, chaque malade ayant des symptômes différents, mon expérience me permettait au fur et à mesure de m’adapter à la situation.

Comme il avait été convenu auparavant, le 1er septembre nous avions contacté par téléphone l’oncologue. Mes irritations cutanées n’avaient pas progressé davantage, et la gêne occasionnée était de nouveau supportable. En conséquence, monsieur R m’avait donné comme instruction de reprendre le Néxavar à raison de deux cachets le matin, mais en supprimant toujours les deux du soir.

J’avais un rendez-vous fixé la semaine suivante le 9 septembre, jour d’anniversaire de notre mariage. Victime de malaises de plus en plus fréquents j’avais opté pour  un transport par véhicule sanitaire. Cette formule rassurait Chantal car nous serions beaucoup moins stressés au moment de notre arrivée au centre. L’ambulancier en mission, nous guidait comme il avait coutume de le faire avec ses clients, mais l’établissement nous devenait familier, et nous prenions de plus en plus nos repères. La salle d’attente n’était pas pleine, cependant le docteur R étant en vacances, c’était sa collègue, madame B qui avait la responsabilité de la prise en charge de tous les malades.

Madame B était à l’image de son confrère, extrêmement aimable et très communicative. Sa mission étant de nous prescrire un nouveau cycle de chimiothérapie, nous avions pris rapidement congé d’elle, avant de rejoindre V. Il avait fallu rendre le premier flacon qui n’avait pas été entièrement consommé, pour comptage des comprimés restant, toujours dans le but d’éviter le détournement abusif de la précieuse molécule, remplir le questionnaire conformément au contrat signé, puis V nous avait conduits dans l’aile du centre anticancéreux , qui accueillaient exclusivement les malades participant à différents protocoles d’essai. Notre accompagnatrice nous avait présenté brièvement l’équipe médicale, puis une infirmière avait commencé à me prélever une bonne dizaine de flacons de sang. A ce stade de la journée, V nous avait confié le deuxième flacon du précieux sésame, avant de prendre congé de nous, il ne me restait plus qu’à passer un électrocardiogramme et prendre congé à notre tour du personnel soignant.

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