La potion magique

Comme je l’avais prédit, psychologiquement je n’étais pas bien solide pour subir cette terrifiante attente à l’issue de laquelle mon destin risquait de prendre une tournure peu propice à l’établissement de projets.

Je ressentais un sentiment pénible et vague d’attente d’un danger imminent. Mon anxiété grandissait au fur et à mesure que la journée s’avançait, et j’exprimais mon angoisse par des signes somatiques que je connaissais malheureusement trop bien.

La nuit n’avait pas été réparatrice, car mon cœur avait battu à se rompre, et je m’étais levé mainte et mainte fois pour soulager ma vessie.

Finalement j’étais presque apaisé de monter dans l’ambulance, mon calvaire allait prendre fin, quelque soit le verdict, connaître la vérité me paraissait moins pénible que de rester dans l’ignorance des choses.

J’avais demandé au chauffeur de monter un peu le chauffage, car je frissonnais probablement à  cause de mon extrême nervosité. L’ambulancier alimentait la conversation, et j’essayais de faire des efforts pour répondre à ses questions, car les moments de silence étaient terriblement pesants.

Même cause, même effet, le parking du CAC de l’espoir était très encombré, la secrétaire de l’accueil nous avait signalé un déménagement provisoire du service des consultations, et avait dirigé nos pas en conséquence. 

La salle d’attente était encombrée et le praticien avait un peu de retard, ce qui ravivait mon angoisse. J’étais bien incapable de lire ou de m’occuper à faire des mots fléchés, la peur inhibait mon esprit. Je tentais de me calmer, car ce tourment allait d’une minute à l’autre prendre fin, mais cette minute me paraissait des heures, et je luttais de nouveau contre moi-même, afin de ne pas sombrer dans la folie.

V était venue nous saluer, elle m’apportait le fameux questionnaire, auquel j’étais tenu de répondre à chaque visite. Cet exercice d’écriture m’avait fait un peu sortir de mes pensées, et je me surprenais enfin à  réfléchir de manière positive.

Mon nom avait été prononcé, j’évitais de regarder Chantal, elle gérait son angoisse, je gérais la mienne. Le docteur R nous accueillait avec un large sourire, j’espérais simplement que ce comportement ne fût pas une attitude de façade.   

« Comment allez-vous monsieur Gautier ? »

« Le traitement est difficile à supporter, mais je m’accroche un maximum, grâce à l’aide de mon entourage. »

« Quels sont les effets secondaires dont vous avez à faire face ? »

 Je voulais qu’il en vienne rapidement au fait, mais il semblait se complaire dans le suspense. Je n’osais pas me dérober, et continuais à répondre à mon interlocuteur.

« Toujours les mêmes depuis notre entretien téléphonique »

« C’est-à-dire ? »

« J’ai presque toujours des maux de ventre, et les diarrhées sont omniprésentes. J’ai également des brûlures importantes sur les dessus des pieds, et sur les fesses. » 

« Avant toute chose, il faut que je vous annonce une bonne nouvelle, votre tumeur au rein droit a fortement régressé. »

La réponse était incomplète je n’étais pas encore totalement rassuré.

« Quand est-il de celles localisées au poumon ? »

Le cancérologue ne semblait pas encore totalement maîtriser mon dossier. Je lui pardonnais bien volontiers cette faiblesse, car je n’étais qu’un nouveau venu parmi tant d’autres, et ce n’était pas un surhomme, il fallait lui donner du temps.

Il tapota donc sur son ordinateur pour consulter minutieusement les différents rapports médicaux me concernant, puis repris le diagnostic de mon scanner.

« Le bilan du radiologue ne fait pas mention des ganglions qui avaient effectivement été signalés précédemment, ce qui veut dire que le Néxavar nous en a débarrassés. »

Je n’en croyais pas mes oreilles, pour la première fois depuis presque un an, la  chance venait de basculer dans mon camp. Le poids de l’angoisse s’était brutalement détaché de mon corps, en quelques phrases, le médecin venait de me faire renaître à la vie.

En raison d’une gorge nouée par le stress, mes phrases avaient été jusqu’alors prononcées avec difficultés. A présent je tenais un long discours, et je n’hésitais pas à rajouter à mes propos, une petite touche d’humour.

« Pouvez-vous me montrer vos pieds ?

Il avait constaté les ravages que la chimiothérapie avait provoqués sur ma peau. Il lisait le rapport d’entretien téléphonique que nous avions eu quelques temps auparavant.

« Continuez de ne prendre que les deux cachets du matin, et appliquer régulièrement la crème pour bien nourrir votre épiderme. »

« Et les démangeaisons qui me mettent les nerfs à dure épreuve ? »

« Appliquer régulièrement un gant d’eau fraîche, mais la solution n’est pas miracle. »

En fait le docteur R  ne s’était pas absenté pour partir en vacances, mais pour assister à un congrès international de lutte contre le cancer, organisé pour l’année en cours, par les Américains.  

« J’arrive des États-Unis, certains de mes collègues m’ont refilé un tuyau pour améliorer vos problèmes diarrhéiques. Je vais vous prescrire du Questran, c’est un médicament qui soigne habituellement le cholestérol, mais parmi ses effets secondaires les malades souffrent de constipation. Si la technique fonctionne, on aura gagné au moins une manche. »  



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