La grande faucheuse, et sa liste de victimes

J’ai la rate qui s’dilate
J’ai le foie qu’est pas droit
J’ai le ventre qui se rentre
J’ai le pylore qui s’colore
J’ai le gosier anémié
L’estomac bien trop bas
Et les côtes bien trop hautes
J’ai les hanches qui s’démanchent
L’épigastre qui s’encastre
L’abdomen qui s’démène
Le thorax qui s’désaxe
La poitrine qui s’débine
Les épaules qui se frôlent
J’ai les reins bien trop fins
Les boyaux bien trop gros
Le sternum qui s’dégomme
Le sacrum c’est tout comme
Le nombril tout en vrille
Le coccyx qui se dévisse
Ah mon dieu qu’c'est embêtant d’être toujours patraque

 

(V Scotto – G Ouvrard / G Koger)

 

Je continuais la litanie de mes petites et grandes misères, et mon interlocuteur m’écoutait avec attention. Je n’étais pas le premier de ses malades qui témoignait de son expérience, et rien dans mes propos ne semblait le surprendre.

La vie est quelque chose d’infiniment précieux mais également d’extrêmement fragile, et pour éviter que la mienne ne se tarisse, j’avais accepté bien des sacrifices, le résultat était à la hauteur de mes ambitions, car en échange de ma collaboration, et jusqu’à mon prochain scanner, la science me faisait un cadeau-bonus d’espérance de vie.

Il était convenu de se revoir le 8 novembre, à l’instant précis où monsieur R s’était levé et qu’il m’avait serré la main, j’avais eu l’impression subite de saluer un ami de longue date, la barrière entre le médecin et son patient venait d’exploser en éclats. En fait j’étais réconcilié avec le monde entier, mon univers s’apparentait à celui d’un conte de fées.

V avait pris le relai, elle nous accompagnait pour la prise de sang et pour l’électrocardiogramme, après avoir fait échange de mon flacon presque vide, contre un nouveau flacon de mon précieux élixir de vie, elle avait pris congé de nous.

Si la pire des difficultés avaient été celle d’annoncer mon cancer et ses complications, à mes enfants, la nouvelle que venait de me communiquer l’oncologue était un présent à leur offrir avant Noël. Chantal était donc pressée de sortir du bâtiment pour se servir de son téléphone portable. Le combat mené contre la maladie était un combat d’équipe, et il fallait impérativement associer tout le monde à la victoire. Tout le monde voulait dire aussi parents et amis, et je ne privai point d’envoyer de multiples messages pour faire partager ma joie.  

Depuis le mois de décembre 2004 nous avions traversé un chemin jonché de ronces, les épines nous avaient laissé des traces d’écorchures sur le corps et dans le cœur, les dernières en date n’étant pas encore totalement cicatrisées, mais nous marchions à présent sur une plage de sable fin, et l’eau de mer achevait de guérir nos blessures.

Dès lors que nous étions rentrés à notre domicile, la vie avait repris son cours normal, mais nous étions libérés de nos chaînes, et nous pouvions nous autoriser à considérer l’avenir, avec un peu plus d’optimisme.

Le rythme régulier de mes visites à Nantes, l’intensité et la qualité de très haut niveau des examens que je subissais, témoignaient d’un service irréprochable auprès des patients retenus dans le cadre d’un protocole d’essais. Le fait d’être un malade un peu particuliers, je ne pouvais que me sentir rassuré de l’intérêt que je suscitais auprès de l’équipe médicale.

A l’approche des fêtes de fin d’année, j’avais eu l’occasion de fréquenter le CAC de l’espoir, le 8 novembre pour un renouvellement de médicaments, le 29 novembre pour un cinquième scanner qui avait confirmé l’efficacité du traitement, et le 2 décembre pour un bilan auprès de monsieur R, qui m’avait donné l’autorisation de reprendre ma posologie initiale, à savoir deux comprimés le matin, deux comprimés le soir, il était à l’instar de son malade pressé d’en découdre avec la tumeur récalcitrante du rein.

Nous étions arrivés au dimanche 25 décembre 2005, je fêtais en compagnie de ma famille mon deuxième Noël depuis l’annonce des ténèbres. Un an plus tôt je ne donnais pas cher de ma peau, et pourtant nul n’étant maître de son destin, la grande faucheuse n’avait pas voulu m’inscrire sur la liste de ses prochaines victimes. Ma belle fille arborait fièrement son ventre rond, j’avais toutes mes chances de connaître mon futur petit fils, ou ma future petite fille.



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