Une plaie débarrassée de son pue

Ma décision de rédiger deux courriers que j’avais ensuite postés en recommandé et accusé de réception, n’avait été qu’une pure perte de temps et d’argent, mais j’avais eu la satisfaction d’avoir pu vider mon sac, et je me sentais plus léger. En fait le responsable de mon agence avait été de bon conseil, il fallait s’adresser directement à un médiateur. J’étais fortement sceptique car ce médiateur semblait travailler au sein même du cabinet d’assurance, et j’imaginais mal que cette personne puisse être neutre et entièrement libre de ses décisions.

Par l’intermédiaire de mon comité d’entreprise nous avions été choisis pour résider une semaine dans un mobile-homme situé dans un camping de la Tranche sur mer. Le mercredi 14 juin 2006, Chantal devait me laisser seul pour retourner sur Cholet, car Eliane terminait son année scolaire et elle venait passer le reste du séjour avec nous. Je profitais donc de ma solitude et de la sérénité des lieux pour prendre de nouveau la plume. Je pensais ma colère complètement éteinte, mais elle se réattisait, au fur et à mesure que je couchais mes phrases sur le papier. Plus qu’une demande de justice, ma lettre faisait davantage l’objet d’un règlement de compte. Je savais ma cause perdue d’avance, mais je voulais manifester jusqu’au bout mon indignation.

 

Monsieur,

En arrêt de travail depuis le 2/12/04, tributaire d’un emprunt contracté à — et assuré par–, j’ai sollicité auprès de cette dernière, la mise en œuvre de la garantie d’incapacité totale de travail.

La constitution de mon dossier nécessitait la production d’un certain nombre de documents et comportait un important questionnaire auquel j’ai répondu en même temps que furent transmises les pièces justificatives exigées.

Ma demande acceptée, mon indemnisation intervint dans le courant du premier semestre de —-

Souffrant d’un cancer métastatique du rein gauche et bien que mon état de santé ne se soit pas amélioré, j’acceptai de subir un contrôle médical imposé par l’assureur en —-

Fragilisé par mon affection et en situation financière dépendante, je ne doutais cependant point d’une suite favorable à l’issu de mon entrevue au cabinet du docteur —– médecin conseil.

Le choc fut donc d’autant plus grand, lorsque quelques semaines plus tard, un lettre émanant de la —-, vint me confirmer l’annulation pur et simple du versement des prestations pour fausse déclaration. Le signataire du document précisait cependant le maintien de mes droits en cas de décès. Merci pour ce geste délicat, mais je ne suis pas pressé de mourir.

Que la personne responsable de cette décision, prenne conscience du sentiment d’injustice et d’immoralité que la lecture d’un tel document peut faire naître dans l’esprit du client auquel il est adressé.

J’ignore la gravité de l’infraction pour laquelle je suis sanctionné, mais s’il y a eu irrégularité de ma part, elle ne peut être que du fait, d’une omission ou d’une erreur involontaire dans les réponses à fournir et d’une méconnaissance totale au regard de l’importance et des conséquences, que les éléments apportés peuvent avoir dans l’élaboration du dossier.

Je n’ai ni la qualité, ni la force morale, ni l’influence suffisante pour me défendre contre cette aberration. Je constate qu’avec un maximum de compétences et qu’avec la production de textes précis, soutenue par des connaissances juridiques solides, on profite du moindre faux pas de l’assuré, cherchant ainsi à préserver les intérêts de l’établissement dans lequel on est salarié, dans l’optique de la sacro-sainte recherche du profit, au détriment de toute compassion ou dignité humaine. Trouver la faille dans la constitution d’un dossier n’est d’ailleurs pas bien difficile, car en face de soi, on est confronté la plupart de temps, à des individus très peu expert en matière de réglementation.

J’ai le sentiment que l’on cherche à exploiter ma faiblesse et ma naïveté pour me spolier de mes droits et dans l’esprit d’équité et de moralité, je vous demande par cette requête de bien vouloir faire le nécessaire pour défendre ma position afin de réviser mon dossier.

Vous êtes mon ultime recours et je suis à votre disposition pour vous transmettre toutes les pièces médicales que vous jugeriez utiles de consulter dans le cadre de votre enquête.

Dans cette affaire, j’ai toujours été intègre et honnête et n’est à aucun moment voulu tromper mon assurance.

Dans l’espoir de vous lire au plus vite, je vous prie d’agréer monsieur —-

 

Il ne m’avait pas fallu bien longtemps pour rédiger ce courrier, et comme une plaie débarrassée de son pue, je me sentais soudain soulagé et heureux de profiter pleinement d’un soleil généreux, dans un cadre qui me changeait de mon environnement de malade, m’écartant ainsi de l’esprit les mauvaises pensées habituelles. Ma petit famille allait bientôt arriver, je pouvais fermer les yeux et sourire un peu à la vie.



Cracher dans un violon

Le pire c’est que je ne savais pas contre qui diriger ma colère, et mon agressivité s’amplifiait au fil du temps jusqu’à me pourrir la vie. Il fallait que je réagisse. J’étais en bon terme avec le responsable de l’agence dans laquelle j’avais contracté mon prêt, j’avais donc pris un rendez-vous. Il m’avait expliqué que sa banque travaillait en partenariat avec la société d’assurance objet de tous mes maux, mais que son droit de réserve l’obligeait à ne pas prendre position dans cette affaire. Néanmoins il était disposé de me donner l’adresse de la direction qualité de son entreprise, et l’adresse d’un médiateur qui était en mesure de recevoir mes doléances avant de prendre une décision finale pour clore le dossier.

J’avais d’abord décidé d’informer le service qualité de la banque, en espérant pouvoir compter sur son appui pour régler mon litige. Ce que j’ignorais à l’époque c’était que les deux sociétés étaient étroitement imbriquées, chacune d’entre elle possédant des actions dans l’autre société. J’étais naïf de penser qu’un petit emprunteur de mon espèce allait pouvoir obtenir réparation, car la banque n’avait pas intérêt à me défendre, les bénéfices de l’assureur lui rapportant  à l’heure du bilan, de précieux dividendes.

En attendant d’apprendre que mon courrier était classé sans suite, j’avais pris ma plus belle plume, en espérant faire pleurer dans les chaumières.

 

Monsieur,

En arrêt de travail depuis le 2/12/04, et suite à diverses interventions chirurgicales concernant le traitement d’un cancer métastatique du rein gauche, j’ai sollicité la mise en œuvre de la garantie d’incapacité totale de travail auprès de —–

La constitution de mon dossier nécessitait la production de nombreux documents qui furent produits en temps et en heure.

Ma demande acceptée, mon indemnisation intervint dans le courant du semestre—-

Bien que mon état de santé ne se soit pas amélioré, car je souffre actuellement d’une généralisation de l’affection, soignée dans le cadre d’un protocole, par le CAC de l’espoir, un nouveau contrôle médical me fut imposé, auprès de monsieur —-, médecin conseil de l’assurance.

Fragilisé par ma maladie, mais dans une situation financière dépendante, j’acceptai de me plier à ces contraintes administratives.

En réponse à cette enquête, je reçois ce jour confirmation d’annulation de versements de prestations, pour fausse déclaration.

Si une irrégularité a été commise, elle ne peut être que du fait d’une omission involontaire, d’une erreur d’écriture, ou d’une ignorance totale, par rapport à l’importance que certains éléments peuvent avoir dans l’élaboration d’un dossier.

Que la personne responsable de cette résiliation, prenne conscience du sentiment d’injustice et d’immoralité que la lecture d’une telle missive, peut faire naître dans l’esprit de la personne, à laquelle elle est adressée.

Nous savons tous, que dans notre société, la recherche du profit, prime au détriment de toutes compassions, esprit d’équité, ou moralités.

Je n’ai ni compétence, ni force morale, ni l’influence suffisante, pour me défendre contre un établissement aussi puissant que celui qui est à l’origine de ces doléances.

Je suis fidèle client de votre banque depuis presque quatre décennies, aussi je sollicite votre appui dans cette affaire, pour porter réclamation et demander révision de ce dossier.

J’ai toujours été satisfait des services rendus par votre banque et toujours été sensible à la gentillesse de votre personnel, mais si je devais pâtir d’une décision non équitable, je me verrais dans l’obligation de réviser ma position.

Je ne veux pas être la seule victime d’un verdict injustement défavorable en ce qui me concerne.

Je vous prie d’agréer monsieur—–

 

Mon courrier n’avait pas suscité d’émotions, la petite goutte d’eau dans la mer que mon argent représentait dans le chiffre d’affaire de cet important groupe financier ne pesait pas grand-chose dans la balance, je n’étais pas un client influant.

 

Monsieur

Par votre courrier du —, vous exprimez votre déception suite au refus de votre assureur, de prendre en charge les échéances de prêt pour fausse déclaration. Vous demandez mon intervention auprès de l’assurance afin de modifier sa position.

Je comprends votre réaction et regrette la situation que vous évoquez.

Il ne m’est pas possible d’intervenir auprès de la —– ni de juger les décisions prises. Je n’ai pas délégation pour intervenir sur les dossiers de nos clients qui restent gérés de façon autonome par la —–

Je vous invite à adresser votre contestation au médiateur de la —-, qui après votre accord écrit, consultera les pièces notamment médicales de votre dossier et émettra la position définitive de la —- L’adresse de médiateur est celle habituelle de la —-

Je souhaite que votre demande puisse aboutir et transmets copie de ma lettre à votre agence.

Je vous prie d’agréer monsieur ——

 

Si ma colère avait partiellement été exorcisée par ma lettre de réclamation, la réponse que je venais de recevoir du service qualité de ma banque, ravivait le feu qui menaçait d’embraser la forêt voisine. Je ne pouvais pas en resté là, il fallait que j’exprime ma révolte.

 

Monsieur

Suite à votre courrier du —-, j’aimerais vous faire part de mon amertume, au regard des explications que vous avez bien voulues me fournir.

Vous êtes en effet bien loin de comprendre ma colère et le sentiment d’injustice qu’une décision aussi aberrante a pu naître dans mon esprit. Regrette cette situation n’est pour vous qu’une simple formule de politesse administrative. Vous avez l’art et la manière de vous débarrasser d’un dossier qui pour vous ne représente aucun intérêt.

Il ne vous est peut-être pas possible d’intervenir, ni de juger les décisions, mais il vous est certainement possible de faire connaître votre désapprobation. Encore faut-il le vouloir. Un client de moindre importance ne mérite pas qu’on lui consacre du temps. Le temps c’est de l’argent et le profit prime au détriment de toutes compassions.

Bon nombre de leurs clients ayant contracté une assurance par votre intermédiaire, je pense à l’inverse de vos propos, que votre influence et votre jugement, sont auprès de la — deux facteurs importants, en matière de décisions.

J’ai adressé comme vous me l’avez suggéré, mais sans trop de convictions, une lettre de protestation, auprès du médiateur de la — et j’attends une réponse de sa part.

Certaines personnes défilent dans les rues, d’autres font la grève de la faim ou du travail, c’est souvent leur unique moyen de défense. Moi j’envisage de changer d’établissement bancaire.

Je sais que vous en fichez comme de votre première chemise, mais j’aimerais par ce geste faire comprendre qu’un individu n’a pas à être sacrifié au nom de la sacro-sainte rentabilité économique, et qu’il mérite un peu d’égard et d’attention.

Je vous prie d’agréer monsieur —-

 

Écrire cette lettre ou cracher dans un violon avait le même effet, mais je voulais à tout prix manifester mon dégout.



Pot de terre, contre pot de fer

L’injustice étant pour moi une source inépuisable de colère, le courrier à l’entête du   cabinet d’assurance que je tenais entre mes mains, me faisait monter l’adrénaline au fur et à mesure que je le lisais. Mes paiements étaient suspendus pour une raison minable, l’employé avait bien fait son travail, faute de trouver la faille il avait déniché la micro-fissure. A force d’observation il avait en effet détecté une petite anomalie qu’il jugeait suffisamment grave pour me sanctionner. L’objet du délit était une hypertension  non mentionnée sur mon questionnaire médical lors de mon adhésion à l’assurance, à l’inverse de celle inscrite sur le rapport rédigé par mon médecin traitant, lors de ma demande d’indemnités. Une broutille qui ne méritait pas que l’on s’y attarde, car elle n’avait rien à voir avec le cancer qui m’interdisait de reprendre mon poste au sein de mon entreprise. Pourtant, l’employé zélé avait osé s’engouffrer dans la brèche, en espérant économiser de l’argent à son employeur, dans un but évident de se faire bien voir, future promotion oblige. 

J’étais écœuré de constater qu’un établissement aussi réputé puisse se fourvoyer dans des actes aussi malhonnêtes, malheureusement ce courrier reflétait que trop bien l’esprit de la société de profits dans laquelle nous vivons, profits qui prévalaient au détriment de toute forme d’humanité. 

Je connaissais l’expression ‘’le pot de terre contre le pot de fer’’ et ce n’était pas sans rancœur, qu’il ne me restait plus qu’à me soumettre.

Sans cesse je lisais et relisais mot pour mot  l’avis qui venait de m’anéantir. 

 

Monsieur,

Vous avez adhéré au contrat d’assurance en couverture de prêt accordé par votre établissement financier.

No contrat : …. No prêt : … Date d’entrée : …. Modalité d’entrée : ….

Vous avez sollicité la mise en œuvre de la garantie incapacité totale de travail pour un sinistre survenu le 2 décembre 2004.

 (J’aimais bien le terme de sinistre pour définir la maladie, en l’occurrence le cancer).

Nous vous informons qu’à la suite des différents contrôles médicaux et administratifs, votre assureur ne peut poursuivre la prise en charge au-delà du……..

En effet, lorsqu’il adhère au contrat d’assurance, le candidat doit indiquer, sur le questionnaire de santé, ses antécédents médicaux (maladies, traitements, interventions

chirurgicales, ..) même si ceux-ci n’entraînent pas dans l’immédiat une incapacité de travail. (Le rédacteur de la lettre voulait dire que je n’avais pas fait mention de l’hypertension dont j’étais affecté sur mon questionnaire de demande d’assurance, à l’inverse de celui de ma demande d’indemnisation, corroborer par les écrits de mon médecin traitant. L’oubli était de bonne foi et il était facile d’admettre que mon intention n’avait pas été d’arnaquer mon assureur)

Si votre assureur en avait eu connaissance, les conditions d’assurance auraient été modifiées.)

D’après l’article L 113-8 du code des assurances, lorsqu’un assuré a fait un fausse déclaration, le contrat d’assurance est nul et le sinistre ne peut donner lieu à prise en charge alors même que le risque omis ou dénaturé a été sans influence sur le sinistre.

(Autrement dit, vu que mon questionnaire comportait un oubli, mon contrat était  nul et non avenu, je n’étais donc pas assuré malgré mes paiements. Dans ce cas pourquoi n’étais-je pas rembourser de vingt neuf mois de cotisations inutiles, pourquoi ne devais-je pas reverser un somme d’argent indûment perçue ?)

Voici la réponse.

L’assureur, bien que vous ayez fait une déclaration inexacte, accepte de maintenir la garantie décès, et d’annuler seulement les garanties incapacité totale de travail et invalidité permanente et absolue.

(Outre l’extrême délicatesse de l’assureur qui ne me donnait pas l’obligation de rendre le  trop perçu, je devais me réjouir qu’il acceptât de me couvrir en cas de décès (sympathique non ?). Il ne me restait plus qu’à me taire et continuer à payer mes échéances mensuelles.

 Cette annulation fait obstacle à toute indemnisation actuelle ou future au titre de l’incapacité totale de travail et de l’invalidité permanente et absolue.

Nous vous prions d’agréer, monsieur………… 

 

La claque était violente, mais si j’étais mis sur la touche, je n’avais pas l’intention de poser les armes sans exprimer ma profonde amertume. J’étais bien décidé de répondre à mes juges, il fallait juste que je penne mon temps pour trouver les mots justes.

 



Le bras de fer

 Une petite paire de pantoufles d’enfant était venue grossir le lot habituel de chaussures disposées en arc de cercle, autour du sapin de Noël. En ce lundi 25 décembre chacun s’affairait à ouvrir ses cadeaux, Mateo assistait pour la première fois de sa vie à ce moment de partage et  de fête. L’année s’achevait pour moi sur un bilan mitigé, le dentiste avait tenu sa promesse, car je n’avais effectivement pas souffert ni pendant, ni après l’intervention. J’espérais fortement que les soins spécifiques dont j’avais été bénéficiaire, mettraient un terme définitif à mes problèmes dentaires. Mon dos était également un mauvais souvenir, et je n’avais revu le généraliste que pour mon suivi thyroïdien. Mon onzième scanner n’avait rien donné de nouveau et je continuais tant bien que mal à supporter les effets nocifs et inconfortables de la chimiothérapie.

Mon cas commençait à attirer l’attention de la sécurité sociale, deux ans qu’elle me réglait des indemnités journalières sans rechigner, il était normal de me convoquer pour constater mon incapacité à reprendre le travail, et pour faire également un bilan de santé.

J’avais été convoqué le vendredi 29 décembre par le médecin conseil qui s’avérait peu loquace. En fait il écoutait avec attention mes explications, et comparait mes dires avec l’ensemble des documents que j’avais pu mettre à sa disposition. Il était facile pour lui de constater mes trois cicatrices qui témoignaient de mes opérations successives. Il n’avait rien à contester de la véracité des rapports médicaux qu’il tenait entre ses mains, je pouvais donc partir rassuré, mes indemnités continueraient à être versées. 

C’était la seconde fois que j’étais incité à me rendre dans les locaux de la sécurité sociale. J’avais eu en effet l’occasion de suivre une réunion organisée par une assistante sociale qui avait la charge d’informer les participants de leurs différents droits et aides accordées notamment dans le domaine de la réinsertion professionnelle, en fonction de leur taux d’incapacité. Je n’étais pas encore bénéficiaire d’une pension mais j’avais écouté assidûment ses précieux conseils. En revanche titulaire d’un prêt auprès de ma banque, j’avais appris que je pouvais faire la demande de prise en charge par l’assurance au titre de la garantie d’incapacité totale de travail, du remboursement des échéances mensuelles jusqu’à ma reprise d’activité professionnelle.

J’ignorais à cette étape de mon parcours médical que mon premier courrier de sollicitation, commencerait un bras fer entre moi et une compagnie d’assurance beaucoup plus attachée à faire des bénéfices, qu’à honorer ses prestations, (percevoir de plus en plus de cotisations et rembourser de moins en moins les clients, telle devait être le challenge imposé aux employés.) 

Le but du jeu était donc de faire trainer mon dossier en multipliant des demandes de documents, autrement dit, faire en sorte que la lourdeur et la complexité des démarches administratives me décourage afin de pouvoir classer mon dossier sans suite.  A force de patience et de ténacité j’avais obtenu gain de cause et mes premiers remboursements étaient intervenus en novembre de l’année 2005. Une première attestation médicale d’incapacité – d’invalidité  avait été remplie par mon médecin généraliste le 28 mai de cette même année 2005 et envoyé à la compagnie d’assurance, c’était sans compter sur la détermination de cette même compagnie qui cherchait à détecter une faille pour suspendre mes paiements. Après huit mois de répit, elle m’avait donc envoyé un nouveau dossier à faire remplir, toujours par mon médecin traitant, pour faire le point sur mon état de santé. Le praticien n’avait pas grand-chose à rajouter car le cancer était toujours là, et l’heure n’était pas aux pronostics de la guérison. Je m’étais donc appliqué à faire le nécessaire pour satisfaire la demande de mon prestataire de service, et je considérais l’affaire classée, en effet je n’imaginais pas un seul instant que l’on mette en cause ma bonne foi, mon dossier étant d’ailleurs suffisamment étayé par des professionnels qui n’avaient rien à gagner dans cette histoire.

Quelques semaines plus tard, une surprise de taille m’attendait dans la boîte à lettres, l’enveloppe que le facteur venait de déposer étant porteuse de très mauvaises nouvelles.  



Le ciel sur la tête

Mes craintes s’étaient avérées infondées, les anti-inflammatoires n’avaient pas aggravé des maux d’estomac déjà largement présents, et mes douleurs lombaires n’avaient pas résisté à l’efficacité du traitement. Ma visite du 6 octobre au CAC de l’espoir ne m’avait apporté ni de bonnes, ni de mauvaises nouvelles, nous nous acheminions lentement mais sûrement vers mon troisième Noël de rescapé.

Lorsque l’on est englué dans une mélasse poisseuse, il n’est pas facile d’en sortir, et d’ailleurs je ne m’en sortais pas. Ma lombalgie à peine classée dans l’album des mauvais souvenirs, c’était au tour de mes dents de me donner du fil à retordre. Les fréquents détartrages, dont j’avais bénéficié jusqu’alors, ne m’avaient pas évité des gingivites à répétition, et le déchaussement progressif de mes dents, particulièrement de mes molaires. Le dentiste m’avait déjà sacrifié trois molaires, il s’apprêtait à m’en arracher un quatrième. Le manque d’hygiène étant à écarter, car je respectais les consignes du praticien par des brossages réguliers, ainsi que par l’utilisation de brossettes qu’il m’avait prescrites, il fallait plutôt se tourner vers la chimiothérapie qui n’était sans doute pas étrangère dans l’aggravation de ma santé bucco-dentaire du fait de l’affaiblissement de mes défenses immunitaires.

Cette fois il fallait passer à la vitesse supérieure et procéder sous anesthésie locale,  à un détartrage sous gingival.

« Il s’agit de gratter le tartre sous la gencive pour éliminer toutes sources d’infections et d’inflammations. L’opération est assez simple à réaliser, elle ne prendra qu’une petite demi-heure et vous pourrez ensuite rentrer chez vous. Il est possible que je sois obligé d’inciser la gencive et que je sois également obligé de vous faire quelques points, mais vous ne devriez pas souffrir »

J’écoutais avec attention mon interlocuteur, et malgré ses explications je ne me sentais guère rassurer de me faire triturer dans la bouche. Sans doute le dentiste avait-il remarqué l’expression de mon visage, mais il lui restait encore à ajouter la cerise sur le gâteau.

« Vous n’êtes pas obligé d’accepter car les honoraires de soins ne sont pas pris en charge par la sécurité sociale, et la facture s’élèvera aux alentours de 100 à 120 euros. Néanmoins je ne vois pas d’autres solutions pour stopper la perte de vos dents »

Dans le domaine de l’aberration on ne pouvait pas faire mieux. La sécurité sociale préférait guérir que prévenir. Elle était d’accord pour prendre en charge un détartrage superficiel, une extraction dentaire, les traitements pour guérir les gingivites, ou la pose d’un appareil, mais elle refusait de s’attaquer au fond du problème, car elle s’exonérait des frais d’une opération relativement peu coûteuse par rapport aux bénéfices qu’elle aurait pu en tirer par la suite, en évitant de multiples interventions de soins.

Le dentiste m’avait posé un dilemme, mais il ne m’avait pas fallu bien longtemps pour faire le tour de la question, certes l’opération chirurgicale ne m’emballait pas, et la note était difficile à avaler, mais je n’avais pas non plus envie de me retrouver édenté au seuil de mes cinquante trois ans.

« Je suis d’accord pour que vous fassiez le travail »

« Très bien je vous fixe le rendez-vous pour le 25 octobre, en début de matinée. Je vous garantie que vous n’aurez plus d’ennuis dans l’avenir. »

Le dentiste s’était levé de sa chaise et m’avait serré la main. J’étais sorti de son cabinet en pensant que le ciel me tombait de nouveau sur la tête.

Huit jours plus tard, j’étais donc retourné légèrement crispé sur mon lieu de torture, où le praticien m’attendait de pied ferme, secondé par son assistante. Je ne savais par réellement ce qui m’attendait, mais une chose était sûr c’était que j’avais hâte d’en finir avec cette expérience inédite. J’avais les mains moites et mon cœur battait par saccades, il fallait que je me plonge dans le bain. Le dentiste m’avait invité à m’allonger sur le fauteuil, les dés étaient jetés, demain serait un autre jour.



De nouveaux assauts

Il faut aimer la vie, même si le temps est assassin et emporte avec lui les rires des enfants.

 (Renaud Séchan)

 

Mon hypothyroïdie d’Hashimoto était suivie au pied de la lettre par mon médecin généraliste. Outre les prises de sang régulières pour surveiller le dosage de la thyroxine, et qui s’ajoutaient à celles pratiquées à Nantes, il était nécessaire de faire aussi un électrocardiogramme car la maladie pouvait provoquer des bradycardies fortement préjudiciables pour ma santé.

Au point où j’en étais rendu, un risque de plus ou un risque de moins, cette explication de mon médecin qui m’avait longtemps inquiété, me laissait à présent de glace.

Je ne comprenais pas l’utilité de cet examen dans la mesure où mon cœur était étroitement surveillé par l’équipe médicale qui collaborait à l’essai thérapeutique financé par B. Dans la mesure où ma vie n’était pas en danger, peut-être n’y avait-il pas obligation pour le CAC de l’espoir de communiquer des résultats d’examens réalisés à titre privé. Je me gardais bien de faire des commentaires auprès de mon généraliste.

Plus utile à mon avis, car sans rapport avec la surveillance liée à ma chimiothérapie, il était également important de procéder au moins une fois par an à une échographie de ma glande thyroïde, colonisée par un nodule qui ne devait en aucun cas, changer d’aspect au risque de contraindre un chirurgien à l’opération.

Entre mon cancer, mon hypertension, mon hypothyroïdie, sans compter tous les effets indésirables liés à ma prise excessive de médicaments, je naviguais d’un cabinet médical à un autre cabinet médical, d’un laboratoire à un autre laboratoire, d’un radiologue à un autre radiologue, d’un cardiologue à un oncologue, et d’un oncologue à un généraliste. Ce programme remplissait largement mon agenda et du 15 février 2006 au 4 septembre 2006, j’avais assisté à pas moins de seize rendez-vous.  Le résultat de mon dixième scanner m’avait été communiqué par madame B collaboratrice du docteur R, la maladie n’avait ni progressé, ni régressé, la tumeur au niveau du rein droit restait solidement implantée, comme une verrue au milieu du nez

Entre temps j’avais pris connaissance des rouages de l’administration, un domaine dans lequel il fallait apprendre la patiente, mâcher le travail, anticiper les oublis, ou les erreurs d’un personnel qui ne vous identifiait que par un numéro et qui n’avait que faire de votre situation personnelle, en clair présenter un dossier irréprochable.

J’étais donc en possession d’une carte d’invalidité qui m’accordait un taux d’incapacité de 80% et dont la date de validité courait jusqu’au 1 septembre 2007, ainsi que d’une carte de stationnement qui allait me rendre de grands services. J’ignorais si à terme ma condition allait évoluer positivement, mais je savais par contre que ces deux cartes m’étaient précieuses socialement et fiscalement parlant.

Quatre jours après avoir rencontré madame B, j’entamais une nouvelle épreuve de force. Il y avait bien des lustres que je n’avais pas été atteint de l’une des ces lombalgies qui avaient quelque peu entaché ma carrière professionnel. Les mois qui avaient précédés la découverte du cancer, j’avais eu maille à partir avec mon dos, mais les douleurs n’apparaissaient que lorsque j’avais effectué une demi-heure d’effort physique sur notre vélo d’appartement, et j’avais imputé la faute à la piètre selle qui me servait d’assise. En fait avec Chantal, nous avions conclu par la suite que nous étions dans l’erreur, mes douleurs dorsales étant probablement des symptômes de ce cancer qui grossissait en moi. Cette fois le mal était tout autre, car cette souffrance était diffuse et entravait mes mouvements,  elle s’apparentait davantage à ce que j’avais connu autrefois. Je n’avais pas vraiment le choix, il fallait une nouvelle fois consulter, et le pronostic fût sans surprise, une lombalgie venait se greffer à l’ensemble de mes problèmes, il fallait traiter avec des anti-inflammatoires, je n’étais pas convaincu  que mon estomac puisse supporter les assauts de ce nouveau médicament, en plus de tous les autres.   

 

 



La machine administrative

J’avais donc une nouvelle période épineuse de vingt quatre heures à endurer, avant de savoir si le Néxavar, continuait à agir efficacement contre la maladie. Mes deux derniers examens s’étant avérés concluants, et ne sentant pas des signes d’aggravations dans mon état de santé, hormis les effets secondaire de la chimiothérapie dont j’avais appris à  identifier clairement les particularités, je pouvais en conséquence me montrer raisonnablement optimiste. Comme on ne peut être sûr de rien, à la veille du verdict je me sentais quand même assez mal à l’aise, mais mon stress n’était pas comparable à mes anciennes expériences, j’apprenais petit à petit à canaliser ma peur.

Grâce aux raisons mentionnées ci-dessus, j’avais passé une nuit relativement bonne, et au réveil mon cerveau n’était pas trop pollué de vilaines pensées.

Ce mardi 24 janvier 2006, l’ambulance me prenait en charge pour mon quatorzième voyage à Nantes. L’atmosphère à l’intérieur de l’habitacle était plus légère qu’à l’habitude, et nos discussions dépassaient largement le cadre de la maladie. Notre chauffeur n’avait plus besoin de nous accompagner dans le dédale de couloirs et d’ascenseurs. Nous connaissions désormais parfaitement la procédure à suivre pour signaler notre arrivée, se diriger vers le bureau d’accueil, et ensuite vers le service des consultations, était devenu une simple formalité.   

La salle d’attente rassemblait et concentrait tout ce qui se faisait de mieux en matière de stress. La plupart des malades attendaient le verdict en essayant de contenir leurs angoisses par la lecture de magasines, ou en fixant le plafond tout en s’ingéniant à ne penser à rien. V qui avait eu la bonne idée de venir me voir avant mon passage devant l’oncologue, avait tué dans l’œuf, la source de mon inquiétude. En me rassurant sur mon état de santé, le scanner étant sans mauvaises surprises, elle épargnait à mon organisme une fatigue nerveuse qui généralement m’anéantissait pour le reste de la journée.

La trace suspecte qui restait visible au niveau de mon rein droit, ne semblait pas vouloir diminuer, elle ne présentait pas non plus des signes de croissance. Je n’étais pas totalement débarrassé de la bête féroce, elle offrait manifestement des signes de vie, il fallait continuer le combat, l’armistice n’était pas encore signé.

Mon organisme s’habituait petit à petit aux effets corrosifs de la chimiothérapie. Mes brûlures sur la peau avaient totalement disparu, j’arborais sans complexes des jambes de cyclistes, et j’organisais mon emploi du temps en fonction de ma condition physique. En aucun cas je ne me passais de ma balade quotidienne, et je l’effectuais en pleine nature, loin de toute concentration humaine, pour ne pas me sentir entravé par des problèmes intestinaux malheureusement bien réels.  

Mes diarrhées persistantes ne me gênaient pas outre mesure lorsque j’étais en campagne, et encore moins, lorsque j’étais chez moi ou chez des proches. A l’inverse lorsque mes obligations me conduisaient en ville, mes difficultés étaient toutes autres. Je songeais donc fortement à faire la demande d’une carte de stationnement pour personne invalide, afin de garer ma voiture au plus près de mes lieux de rendez-vous. L’établissement auquel je devais envoyer mon courrier, se situait à Angers, et notre voisine qui nous avait prodigué de précieux conseils, m’en avait donné l’adresse. 

Le fait que je sois encore en arrêt de travail pour longue maladie et non en invalidité, ne m’interdisait pas de constituer un dossier, j’en avais eu la confirmation. Il ne me restait plus qu’à mettre en route la machine administrative.



Présence utile

Au début des années deux mille, mon poids atteignait les quatre vingt dix sept kilos alors que mon régime alimentaire était normal. Les conséquences de ce surpoids m’avaient conduit une nuit à l’hôpital, pour enregistrer mes apnées du sommeil, et à cette occasion un dérèglement thyroïdien avait été décelé par le corps médical. Depuis que je prenais régulièrement du Lévothyrox, une hormone synthétique capable de combler les déficiences de ma glande thyroïde, j’avais raisonnablement maigri. Malheureusement les effets secondaires de ma chimiothérapie accéléraient le phénomène d’amaigrissement et ma balance affichait désormais le chiffre soixante dix sept sur son cadran. Vingt kilos perdus en cinq ans, n’avaient certes pas que des désavantages, car au niveau vestimentaire je pouvais de nouveau m’habiller dans un style un peu plus jeune, mais s’il est important de ne pas verser dans l’obésité, il est tout aussi important de ne pas être trop maigre, car ma réserve en graisse ayant beaucoup trop diminué, ma résistance physique en subissait de plein fouet les conséquences.

Le Questran sans avoir totalement jugulé la diarrhée, avait néanmoins contribué à une diminution significative de mes passages aux toilettes et mon poids heureusement se stabilisait. La chimiothérapie continuait cependant d’affaiblir mon organisme, et j’avais besoin considérablement de repos.

Le mardi 10 janvier 2006 était une journée qui ne différait pas des autres journées. J’étais comme à l’accoutumé confortablement installé dans mon fauteuil de salon, tentant de récupérer un peu de mon sommeil manquant. Le téléphone qui venait de sonner, mit un terme à ma sieste. Chantal avait décroché le combiné, et en constatant sa réaction, j’avais bien compris qu’il se passait quelque chose de joyeux, Mateo mon petit fils venait de voir le jour.

Bien qu’attendue, la nouvelle avait fait l’effet d’une bombe, et les deux ou trois petites larmes qui avaient coulé sur mes joues, exprimaient autant mon allégresse, que ma colère, car malgré l’amélioration de mon état de santé, j’étais pessimiste quant à mes possibilités de voir grandir cet enfant.

Comme dit la chanson, quand un vicomte rencontre un autre vicomte, qu’est-ce qu’ils se racontent, des histoires de vicomte. J’avais donc croisé une voisine, atteinte d’un cancer des deux seins dont elle avait subi l’ablation quelques années plus tôt. La discussion avait été longue et pleine de précieux conseils, la solidarité entre malade prenait ici tout son sens.

Plus tard au hasard d’une autre conversation, elle avait fait part, à Chantal de mes différents droits,  dans l’hypothèse où mon incapacité au travail serait reconnue. Nous n’en étions pas encore là, car ma position officielle envers la sécurité sociale, était celle d’un salarié en arrêt de travail longue maladie, et je voulais malgré tout m’accrocher à l’idée de pouvoir un jour reprendre mon travail.

Mes pieds et mes fesses avaient cessé de me faire souffrir, cependant ma peau était tellement sèche que des callosités étaient apparues à mes deux talons et sur chacun de mes deux gros orteils. Sur mes pieds, cette sécheresse de l’épiderme, me causait des démangeaisons, une sensation de rugosité et finissait par se gercer, craquer ou se fissurer. Je ne lésinais pas sur l’apport de crème, mais le mal était fortement résistant, et je passais beaucoup de temps avec notre appareil à pédicure pour éliminer peaux mortes et impuretés. Pour chaque effet indésirable j’avais l’impression de disputer un match, où il fallait être vigilant pour ne pas se laisser déborder par l’adversaire, ce match là s’avérait aussi difficile à disputer que ceux d’avant.  

La naissance de Mateo précédait d’une quinzaine de jour mon sixième examen au scanner. Le secrétariat du docteur R n’avait toujours pas eu la possibilité de placer examen et entretien diagnostic le même jour. L’exploration de mon corps au scanner devenant pour moi presque de la routine, je pouvais me permettre d’alléger l’emploi du temps de Chantal, en lui évitant de m’accompagner, car je savais que le lendemain serait une toute autre épreuve et que sa présence à mes côtés serait largement plus utile.



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