Un groupe effiloché

Mon assureur avait donc dû se plier aux exigences d’un médiateur qui avait peut-être été sensible aux  arguments de ma lettre. J’avais reçu la nouvelle comme un effet de surprise et je n’étais pas fâché de constater que pour une fois la justice penchait du côté du plus faible. Cette victoire n’était cependant qu’un répit, car la société d’assurance ne s’avouait pas vaincu, elle comptait bien me harceler jusqu’au bout, en espérant pouvoir parvenir un jour à ses fins.

La maladie qui vous met plus bas que terre, ne vous exonère pas d’affronter les autres difficultés de ce monde. Nous vivons dans une jungle où la loi du plus fort prime sur le reste, il existe des prédateurs qui s’octroient des proies d’autant plus facilement qu’elles sont considérablement affaiblies. Je venais de l’apprendre à mes dépends, j’avais eu le courage de prendre ma plume, j’avais eu la chance d’être entendu. Je plains les gens qui n’ont pas la capacité de faire front particulièrement lorsqu’ils n’ont personne autour d’eux pour les aider. Que mon expérience leur donne le courage de ne jamais se laisser dépecer par les charognards.

L’année 2007 s’affichait aux calendriers, mes péripéties administratives étaient une affaire classée, j’entamais ma troisième année de lutte contre mes carcinomes du rein droit et du rein gauche et de leur cortège de métastases associées.

En ce jour du 4 janvier, j’avais rallié le CAC de l’espoir, pour passer mon douzième scanner, j’attendais patiemment dans la salle d’attente avant de passer l’indispensable examen. Comme les fois précédentes, mon rendez-vous avec le docteur R, n’était pas fixé le jour même, il me faudrait revenir le lendemain et m’apprêter à supporter de nouveau cette désagréable période d’attente. 

L’étude maintenait toujours sa vitesse de croisière, et j’étais parfaitement rodé au rituel des visites. J’avais appris à connaître quelques membres du groupe auquel j’étais affecté, mais manifestement la volonté de B était que nous ne soyons pas en relation étroite, nos rencontres étaient donc le plus souvent brèves et très superficielles. En fait je ne savais pas grand-chose sur l’identité des autres patients et absolument rien de leur état de santé, ni de leur réaction aux traitements.

En attendant que mon oncologue vienne me chercher, j’étais étonné de constater que certains visages familiers n’étaient plus au rendez-vous, et ce n’était pas la première fois que je constatais cet état de fait. V étant venue me porter mon formulaire habituel à remplir, je n’avais pas résisté à l’envie de lui poser la question. Je savais bien que sa réponse serait évasive, car elle était tenue au secret médical, mais j’avais à présent une petite idée sur le mystère qui entourait cette progressive désertion des membres de mon groupe.

Au fil du temps notre petite équipe s’était effilochée, conformément aux termes du contrat les uns étaient sortis de l’étude parce qu’ils ne supportaient pas les effets secondaires, les autres parce que le Néxavar n’avait pas d’influences positives sur leur état de santé. Je ne savais pas combien de membres étaient encore en lice, mais d’après les explications de l’assistante, j’imaginais que nous n’étions pas nombreux. Il fallait me réjouir que l’expérience me sois bénéfique m’avait-elle dit, et elle m’encourageait à continuer mon chemin accompagné des chercheurs, des médecins et de ma famille. J’étais en effet fier et heureux de faire partie de cette aventure.

Le diagnostic du scanner était le même que les précédents, à telle point que le docteur R se posait la question de savoir si cette tâche qui persistait au rein droit était bien réellement une métastase du cancer. Il souhaitait en parler à ses collègues, il espérait pouvoir me donner une réponse pour ma prochaine visite. En attendant il n’était pas d’actualité de stopper le traitement, d’une part à cause de l’incertitude des conclusions du médecin, et d’autre part à cause du contrat qui me liait  avec B.

Comme à chaque fois que l’ambulance quittait le centre et que j’étais porteur d’une bonne nouvelle, mon corps et mon esprit renaissaient à la vie, le praticien venait de repousser de nouveau l’échéance fatale, et me donnait une raison supplémentaire d’espérer.



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