La mise au ban de la société

Les locaux de la caisse primaire d’assurance maladie étaient quasi déserts en ce mercredi 8 août. La secrétaire de l’accueil m’avait indiqué la direction du bureau du médecin conseil, je connaissais le chemin, mais j’avais poliment écouté ses explications. Nous étions trois personnes dans la salle d’attente, chacun porteur de sa propre histoire, cependant nous avions quelques choses en commun, notre destin dépendait d’un homme qui se situait dans une pièce voisine, à quelques pas de nous. Le personnage était toujours aussi froid, et toujours aussi peu sympathique. Il possédait entre ses mains mon dossier, je n’avais pas grand-chose à rajouter à ce que j’avais pu lui dire, lors de notre première rencontre. Il prit la parole et ne la quitta presque plus jusqu’à la fin de l’entretien. Une commission avait déjà statué sur mon cas, ma première entrevue ayant été l’élément déclencheur. Mon sort était donc scellé, et il ne fallait pas compter sur la reprise d’une quelconque activité même à temps partiel, sinon qu’à mes risques et péril. Je ne pouvais évidement pas envisager,  de prendre le risque de ne plus être pécuniairement couvert par la branche invalidité. Ma façon de voir l’avenir venait d’éclater comme une bulle de savon en plein vol. Je ressentais cette décision  de me proclamer invalide comme une mise au ban de la société, la nouvelle était aussi brutale que celle de l’annonce de ma maladie. La résolution prenait effet à compter du 1 octobre de la même année, en attendant je ne savais pas combien j’allais recevoir d’indemnités, et j’étais effrayé à l’idée de m’appauvrir, (une partie de ma vie, financièrement difficile,  resurgissait à la surface).

J’avais pris un rendez-vous auprès du directeur international de ma société. J’avais été reçu dans son bureau et nous étions entourés du directeur des ressources humaines et du responsable service paie. L’entreprise ainsi que ses salariés cotisaient pour une assurance garantissant une compensation budgétaire en cas de perte partielle de revenus, j’étais rassuré de savoir que cette assurance continuait à me couvrir au-delà de mes trois ans d’arrêt de travail, et ceux jusqu’à ma retraite. D’autre part ma mise en invalidité par décision de la caisse primaire d’assurance maladie, ne signifiait pas que je ne faisais plus partie de l’entreprise, je pouvais donc conserver ma mutuelle de santé et profiter des avantages du comité d’entreprise. Globalement le responsable paie avait calculé que je perdrais mon treizième mois et mes primes pour l’intéressement, ce qui n’était pas négligeable, mais le préjudice était partiellement compensé par les économies de transport que j’étais en mesure de réaliser.

Dans ma vie il m’était souvent arrivé de tourner des pages, la mort annoncée de mon activité professionnelle marquait l’achèvement d’un pan entier de mon histoire. L’espoir de retrouvé un jour ou l’autre ce que la maladie m’avait confisqué était anéanti, c’était désormais une certitude, plus jamais ma vie ne serait comme avant.   

J’en étais à deux ans de traitement au Néxavar, mes problèmes de diarrhées étaient récurrents. Je ne m’empêchais pas de sortir, je privilégiais les balades en campagne, cependant à force de dérèglements, les intestins accusaient le coup, et il fallait soigner les troubles symptomatiques, c’est-à-dire les douleurs, les ballonnements, et autres inconforts digestifs qui m’empoisonnaient l’existence.

Le vendredi 7 septembre à l’occasion d’une visite intermédiaire, j’avais été reçu à Nantes par le docteur B, remplaçante du docteur R en vacances. Elle m’avait prescrit du Duspatalin, pour remplacer le Dicetel qui était chez moi, sans effet. Elle me proposait également de suspendre un certain temps mon traitement chimiothérapique, car elle estimait que mon corps avait bien besoin de vacances. Sa suggestion m’avait fait sursauté, je ne m’attendais pas à cela. Je n’avais pas répondu à mon interlocutrice, le Néxavar était mon filet de protection, j’avais l’impression qu’avec ce médicament il ne pouvait rien m’arriver. En pesant le pour et le contre, je préférais supporter les douleurs intestinales que de m’angoisser à l’idée d’un possible réveil du cancer. A l’évidence je n’étais pas prêt psychologiquement de me passer d’un protocole qui jusqu’à ce jour, tenait correctement son rôle de rempart contre la maladie, je ne respectai donc pas les conseils de la praticienne



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