Mon bouclier de protection

Depuis le 1 octobre de cette année 2007, j’étais donc officiellement bénéficiaire d’une pension d’invalidité versée par la branche compétente de l’assurance sociale. J’avais rapidement fait le deuil d’une quelconque reprise d’activité professionnelle. Mon emploi du temps s’organisait désormais autour des tâches ménagères que j’étais en mesure d’effectuer pour alléger la charge de travail de Chantal. Grâce à l’amélioration sensible de ma résistance physique, cet emploi du temps incluait également l’entretien de mon jardin lorsque la météo le permettait. Je n’abandonnais pas non plus mes longues balades en campagne, et j’avais rajouté à mes loisirs l’écriture. L’idée de consigner sur papier mes mémoires d’une enfance et d’une adolescence un peu difficiles, avait fait son chemin, et je mettais à présent mon projet à exécution.

En fait les jours, les mois, les années passaient très rapidement et je n’accordais de place ni à l’ennui, ni aux mauvaises pensées.

Notre politique d’ouverture aux autres portait plus que largement ses fruits. Fidèle à notre position de départ, nous avions Chantal et moi largement tenu informé parents et amis du malheur qui nous arrivait, et nous nous étions toujours efforcés de dédramatiser la chose, tout en montrant un visage souriant. Tous ces moments de grisaille, de tristesse, de découragement parfois, qui nous pourrissaient la vie, nous les traversions en famille, et nous faisions en sorte de les cacher pour ne pas effrayer nos relations, car le cancer reste une maladie qui fait peur. Un cancéreux souriant, qui dans la mesure du possible cultive son état d’esprit, tout en soignant son aspect physique, à plus de chance de maintenir des relations solides et durables avec son entourage.

Donnez et vous recevrez au centuple. Nous avions porté sans rechigner témoignage sur la maladie, le plus honnêtement possible, le plus régulièrement possible et nous étions bien récompensés de notre ténacité.

Tous les jours nous pouvions constater des manifestations de sympathie à notre égard, il n’était pas rare que nous soyons invités à droite ou à gauche. La maladie m’interdisait de faire de grands projets de vacances, nous nous éloignons guère de chez nous, et pourtant nos week-ends étaient largement occupés. Ces ambiances conviviales qui semblaient vouloir perdurer, nous aidaient considérablement à nous ressourcer entre deux périodes de différents examens médicaux et de stress.  

Lorsque ma pendule s’était arrêtée le 2 décembre de l’année 2004, je m’étais juré de ne pas couper les ponts avec mes collègues de travail. Au prix d’un effort surhumain j’avais été leur rendre visite entre deux opérations, à une époque ou je ne donnais pas cher de ma peau. A présent que mon sort était scellé, je continuais toujours à leur rendre visite, et la plupart, y compris ceux des services voisins, étaient devenus des amis.

Ce vendredi 30 novembre le docteur R s’apprêtait à prendre une décision qui allait mettre un point final à une importante étape de mon parcours médical, étape qui durait depuis deux ans et demi.

« Votre dernier scanner témoignait sans conteste d’une stabilisation durable de la maladie, je ne parle pas encore de rémission, mais peut-être que lors de votre prochain examen nous pourrons prononcer le mot. Vous supportez les effets secondaires depuis déjà bien trop longtemps. Il serait dommage de continuer à martyriser votre corps, car j’ai la conviction que la nécessité ne s’en fait plus sentir. »

« Ah bon ? »

J’avais prononcé ce ah bon, alors que je connaissais parfaitement la raison de sa décision, simplement je voulais qu’il me répète son interprétation des précédents examens, pour me rassurer.

«  Oui, je suis quasiment persuadé que cette petite opacité à votre rein droit n’est pas d’origine tumorale. Je pense que nous allons cesser le traitement, votre organisme un besoin vital de prendre du repos. »

Cette fois il ne s’agissait pas de se dérober, le grand chef avait parlé, il fallait lui faire confiance. Je n’étais pas spécialement angoissé, mais je n’étais pas non plus totalement serein. Vaille que vaille les dés étaient jetés, demain serait un autre jour, l’essentiel était de quitter le centre anticancéreux, le week-end allait m’aider à me faire à l’idée de me séparer de mon bouclier de protection.



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