Peut-être un Dieu, qui sait?

La décision du docteur R prenait effet à partir du 4 décembre au soir, mais j’avais pourtant la possibilité de prolonger le traitement à son insu, car je possédais dans ma pharmacie une boîte de Néxavar à peine commencée. Cette chimiothérapie s’arrêtait soit un peu trop tôt, soit un peu trop tard, car j’étais là le témoin d’un dysfonctionnement manifeste, en matière de dépenses de santé. Un traitement comme le mien coûtait mensuellement aux alentours de 5000 euros, autrement dit les 70% de mes comprimés restants, allaient finir leur existence à la poubelle, ce qui représentait un gaspillage plus que scandaleux de l’argent public. Si le praticien avait le réflexe de chercher la solution la meilleure pour son malade, il n’avait pas celui de faire des économies. La maîtrise des dépenses de santé n’était pas sa préoccupation majeure, et c’est bien à ce niveau qu’une évolution des mentalités pourrait peut-être éviter ce genre d’aberrations.

Bref il était inutile pour moi de vouloir refaire le monde, j’en avais ni la compétence, ni le pouvoir, il fallait fermer les yeux sur un système qui marchait sur la tête. Dans l’immédiat l’important était de penser à moi, et faire confiance au bon sens de l’humanité, un jour des mesures seraient prises pour remettre les pendules à l’heure.

Entre le dimanche 14 août 2005 et ce mercredi 5 décembre 2007, beaucoup d’eau était passé sous les ponts. Peut-être étions nous en train de vivre la fin heureuse, d’une expérience enrichissante, mais pleine de peur et d’incertitudes, peut-être étions nous enfin sortis d’un tunnel noir et angoissant, peut-être le soleil allait-il enfin de nouveau briller de mille feux sur nos vies. J’en n’étais pas pleinement convaincu, et ce n’était pas sans appréhension que je prenais pour la première fois depuis bien longtemps mon petit déjeuner sans avaler les fameux cachets couleur vieux rose.

Nous n’avions pas parlé clairement avec ma famille de cette décision médicale que j’étais bien obligé d’accepter, mais j’étais persuadé que leurs craintes étaient identiques à la mienne quant à l’évolution future de mon état de santé. Je connaissais mon état d’esprit de malade qui n’était pas tous les jours facile à vivre, mais j’imaginais qu’en tant que témoin d’évènements qui les dépassaient totalement, l’état d’esprit de mes proches ne devait pas être meilleur, voir même pire que le mien. Aussi chacun s’efforçait de ne rien laisser paraître, et nous tentions de mener notre vie aussi normal qu’il était possible de la mener.

Pour l’heure mon 18ème scanner était prévu le 28 décembre, j’avais donc un peu moins d’un mois à marcher sur des œufs, avant de pouvoir me rassurer un peu, et évidement à condition d’avoir de bons résultats d’examens.

Les effets indésirables de la chimiothérapie ne disparaissaient pas aussi vite que j’aurais pu l’imaginer. Il me semblait pourtant que ma fatigue était moindre, ma résistance à l’effort physique augmentait de jour en jour. Pourtant j’avais toujours cette sensation de tournis lorsque je faisais des mouvements trop brusques, et mes intestins n’avaient toujours pas signé le traité de paix. 

On dit que la vie n’a pas de prix, oui mais la santé à un coût, et depuis le 2 décembre 2004, j’avais calculé qu’en frais d’hospitalisations, de médecins, d’examens en tous genres, et de thérapies diverses, la somme à débourser pour soigner mon cancer, s’était élevé à environ 350000 euros (135000 euros uniquement pour ma chimiothérapie). Je ne pouvais que me féliciter d’être français, n’en déplaise aux grincheux qui descendent très souvent dans la rue pour des broutilles. Je pouvais remercier également les laboratoires B qui m’avaient permis de bénéficier des traitements de dernières générations.

En ce mois de décembre je fêtais mon 4ème Noël après le cataclysme qui avait balayé ma vie et celle de ma famille, je mesurais amplement la chance que j’avais d’être encore en vie, et je priais pour que ma bonne étoile scintille encore pour longtemps. Peut-être y avait-il un Dieu pour écouter mes prières, qui sait ?



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