Une coupe pleine

L’année 2007 j’achevais lentement mais sûrement. Nous étions le 28 décembre et il fallait redoubler de courage pour affronter l’épreuve test qui me guettait. Les jours d’examens, mais surtout l’attente interminable des résultats, étaient les moments les plus difficiles que j’avais à supporter dans l’histoire déjà bien remplie de ma maladie.

Nantes était presque devenu ma résidence secondaire, sauf que l’itinéraire pour nous y rendre n’était pas vraiment celui de nos vacances. Mon 18ème scanner m’attendait au bout de mon voyage. J’avais très peur du verdict, aussi sans relâche je chassais de ma tête un éventuel scénario catastrophe, que psychologiquement, je ne me sentais pas capable d’entendre.   

En fait le temps pour moi s’était arrêté, je marchais complètement à côté de mes pompes, je ne voyais pas le paysage défiler devant moi, j’étais complètement tétanisé. Je crois qu’il n’existe pas de mot assez fort pour décrire mon état d’esprit du moment.

Je n’étais pas réellement rationnel, car depuis ma dernière entrevue avec le professeur R, mon état de santé s’était plutôt amélioré, je ne ressentais aucun signe intérieur qui aurait pu prouver le contraire. De plus en moins d’un mois le cancer n’avait pas eu la possibilité de prendre réellement du poil de la bête, et je n’étais pas sensé ignorer la compétence du cancérologue, qui prendrait sans hésiter les mesures nécessaires en cas de doute.

L’expérience allait petit à petit m’initier à trouver les moyens pour ne pas me laisser déstabiliser par mes angoisses. Il faut apprendre à raisonner, à peser le pour et le contre, bref à être fort dans sa tête, pour ne pas ouvrir une brèche qui serait propice à l’affaiblissement de ses défenses contre un adversaire qui n’est pas près de lâcher prise. J’en n’étais pas encore à ce stade de maturité.

Complètement noyé dans mes pensées, je n’avais pas remarqué que nous étions en train de passer devant l’entrée de l’hôpital N, dans quelques minutes nous serions sur le point de nous garer devant celle du CAC de l’espoir. Mon stress montait d’un degré, j’étais comme une cocotte-minute sans soupape, sur le point d’exploser.

La salle d’attente du service imagerie médicale était bien remplie, je soupçonnais un retard dans la prise en charge des malades. Ce délai d’attente supplémentaire n’allait sûrement pas arranger mes nerfs. En effet l’équipe médicale avait eu quelques difficultés avec l’un de ses patients.

« Monsieur Gautier »

J’avais entre mes mains le flacon d’injection, mes résultats de prise de sang, et ma plaquette d’étiquettes à mon nom, administration oblige.

L’infirmière m’avait ensuite posé les questions habituelles, concernant mes éventuelles allergies, puis après avoir placé ma perfusion, elle m’avait conduit jusqu’à la salle d’examen.

« Respirez, arrêtez de respirer »

Je connaissais les consignes sur le bout des doigts. Le produit d’injection venait de m’être inoculé dans le sang, je sentais la chaleur envahir mes veines. A ce stade je savais que l’examen était quasiment terminé. 

Nous en étions à la mi-temps d’un combat que je menais contre moi-même, le plus dur restait à faire, affronter le diagnostic. Ce moment de récréation m’avait provisoirement sorti de mon mutisme.

J’étais à jeun, Chantal avait prévu les croissants, nous avions une heure à tuer avant de rallier le service des consultations. La pendule s’était de nouveau arrêtée, mon angoisse m’empêchait de vivre, je pense que pour ma compagne il en était de même, mais nous nous refusions de laisser transparaitre une quelconque émotion. 

Il fallait bien se rendre à l’évidence nous vivions un nouveau cauchemar qui allait ou qui n’allait pas prendre fin dans les prochaines minutes.

La secrétaire de monsieur R avait pris note de notre arrivée, il ne restait plus qu’à patienter, mais patienter, nous ne faisions que cela depuis le début de ma maladie, la coupe était pleine, il fallait empêcher qu’elle ne déborde.

 



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