Une confiance aveugle

Enfant j’avais appris à faire une confiance aveugle en l’autorité des adultes, cette autorité était d’autant plus respectée qu’elle émanait d’une force morale telle que celle de l’église, ou de la puissance du savoir, telle que celle des médecins. J’avais bien sûr grandi, et j’étais en mesure désormais de faire la part des choses, cependant il me restait des traces indélébiles de mon éducation, et mon admiration sans borne pour les génies de toutes sortes me faisait totalement oublier que ces génies étaient avant tout des hommes, et qu’ils n’étaient pas à l’abri des erreurs d’exécutions, ou d’appréciations.

Le cancer m’avait complètement anéanti, et ne me donnait aucune chance sans l’aide précieuse de la connaissance scientifique, aussi avais-je confié sans sourciller mon avenir aux mains des médecins. J’étais d’autant plus convaincu de la compétence du milieu médical que grâce au talent des chirurgiens, et des chercheurs, j’avais pour l’instant contenu la maladie. Presque quatre ans de vie gagnée sur la mort, ce n’était pas rien.

Je buvais donc les paroles des blouses blanches, obéissais presque toujours à leurs directives, et ne mettais jamais en doute leur crédibilité. Il n’était pas étonnant dans ces conditions que mes gros ennuis cardiaques ne soient pas chez moi une source d’inquiétude majeure, car ni le généraliste, ni le cancérologue ne m’avaient donné une raison quelconque de m’alarmer. Pourtant ma gêne était certaine, elle m’handicapait dans ma vie de tous les jours, et souvent au moment où je m’y attendais le moins. Je ressentais des troubles qui n’étaient pas tous de la même intensité. Il m’arrivait de percevoir de très légers battements désordonnés de mon cœur, dans ces moments là je n’étais que simplement importuné par le phénomène. D’autres fois les irrégularités des palpitations étaient beaucoup plus intenses et m’incommodaient fortement. Pendant ces phases un peu plus délicates, j’étais le plus souvent essoufflé, supportais une intense douleur au niveau thoracique, et évitais de trop bouger pour ne pas m’évanouir.

Le 13 octobre le docteur R n’avait pas jugé bon de me faire passer des examens pour découvrir les raisons de ces crises, il restait fixé sur l’excellent résultat de mon 21ème scanner et écoutait mes explications avec détachement. Je n’avais donc pas insisté, et j’avais décidé désormais de passer sous silence ces colères de mon cœur, qui seraient très vite un mauvais souvenir.   

Le vendredi 31 octobre, Chantal quittait la maison aux alentours de quatorze heures pour aller chercher Éliane à Angers. Elles avaient décidé de faire un peu de shopping avant de rentrer. Je n’étais pas très tranquille de me retrouver seul, car mon muscle cardiaque me donnait des signes avant-coureurs du déclenchement imminent d’une nouvelle crise. Une soudaine extrême fatigue, submergeait mon corps tout entier, je ne me sentais pas bien du tout, et commençais à ressentir des troubles de la vision. 

Au prix d’un effort surhumain, je m’étais extirpé de mon fauteuil de salon, pour m’installer devant mon ordinateur. J’essayais toujours dans la mesure du possible de ne pas trop m’écouter. Cette attitude était largement nécessaire car s’il avait fallu m’apitoyer sur mon sort avec les nombreux effets secondaires et indispositions en tous genres que j’avais subis depuis la découverte de mon cancer, ma vie serait devenue depuis belle lurette, inexistante.  

Cette fois ma volonté ne suffisait plus, il m’était impossible de mener une quelconque activité, il me fallait d’urgence  regagner mon fauteuil,  pour ne pas m’écrouler à même le sol.



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