Minimiser le problème

« Je ne peux pas vous laisser tout le week-end comme ça, il faut impérativement que vous consultiez un cardiologue. Je vais vous faire un courrier à l’intention du docteur L, et vous allez vous rendre à son cabinet, le plus vite possible. »

La phrase que je redoutais depuis que j’avais vu mon médecin passé d’un visage souriant, à un visage ennuyé, venait d’être prononcée. Je n’avais absolument pas envie de me retrouver de nouveau dans un lit d’hôpital, et pourtant le sort qui s’acharnait sur moi me mettait une fois de plus devant le fait accompli.

« Je vais téléphoner directement à mon confrère, il vous prendra entre deux consultations. »

Comme un insecte prisonnier dans une toile d’araignée, je n’avais pas d’autres choix que de subir encore et encore, un destin que j’aurais préféré plus clément.

Je quittais le centre médical avec entre les mains la lettre qui me conduisait directement à la polyclinique. Le médecin m’avait demandé si j’étais accompagné, je lui avais répondu par la négative.

« Soyez très prudent », m’avait-il rétorqué.

Je possédais un téléphone portable, il fallait que je prévienne mes proches de mon absence, lorsqu’ils rentreraient à la maison. Ma voix était tremblotante à cause de l’émotion suscitée par ces circonstances peu engageantes. La coupe était pleine, j’en avais ras le bol de ces conditions de vie qui ne laissaient plus aucune place au plaisir. Il fallait puiser au plus profond de soi pour trouver la motivation nécessaire au combat, mais j’étais bien fatigué de poursuivre sans cesse une lutte à l’issue fortement incertaine.   

J’avais rallié le service cardiologie de la polyclinique en très peu de temps. La secrétaire m’avait dirigé vers la salle d’attente. Nous n’étions que deux à patienter, j’espérais ne pas avoir à me morfondre trop longtemps avant de connaître la vérité sur mon état.

« Vous êtes monsieur Gautier ? ».

J’avais répondu d’un hochement de la tête.

« Passez dans mon bureau, j’arrive de suite ».

A ce moment précis je n’avais plus aucune appréhension, j’étais entre les mains de la médecine, et je ne pouvais plus rien d’autre que de me soumettre.

« Bonjour monsieur Gautier, à voir votre visage vos troubles ne sont pas évocateurs d’un début d’infarctus ».

Peut-être avait-il dit cela pour me rassurer, mais je n’avais pris conscience de cette éventualité qu’à l’instant où il me l’avait dit. Dans mon esprit j’en étais toujours à des problèmes liés à mes longs mois de chimiothérapie.

« Expliquez-moi tout ».

Il avait donc fallu que je lui énumère la série des malaises que je ressentais au moment des crises. Il m’avait demandé depuis combien de temps était apparue la première attaque cardiaque, je lui avais répété ce que mon généraliste et mon oncologue avaient écouté quelques temps auparavant. Il m’avait ensuite questionné sur la raison pour laquelle j’en n’avais pas parlé plus tôt. Je lui avais répondu que les docteurs R et C avaient été avertis en temps et en heure, en passant sous silence le fait que les praticiens n’avaient pas pris au sérieux  mes déclarations. L avait achevé là son interrogatoire.

« Vous allez vous mettre le torse nu et vous allonger sur la table, nous allons procéder à une échographie du cœur ».   

Je connaissais l’appareil et il me rappelait de très mauvais souvenirs. Maintenant que le cardiologue m’avait éclairé sur une gravité possible de mon état, je n’étais absolument pas rassuré par cet examen qui s’ajoutait à mon palmarès.

« Effectivement ça s’agite pas mal dans votre cage thoracique, votre fréquence cardiaque est anormalement élevée ».

« Et pourtant j’ai l’impression d’aller beaucoup mieux qu’en début d’après-midi ».

Par cette phrase, j’essayais naïvement  d’influencer le diagnostic du médecin, en espérant qu’il minimise le problème, j’avais toujours en tête la crainte d’être hospitalisé. 



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