L’avis de mon interlocuteur

Comme je l’ai répété maintes et maintes fois, mon parcours de combattant ne se limitait pas à une course incessante contre la maladie, il fallait aussi que je compose avec toutes les tracasseries administratives. Grâce à Dieu qui me donnait encore suffisamment de lucidité et de pugnacité, mais aussi grâce à une solide base d’instruction acquise durant mes années scolaires, je disposais de trois précieux atouts pour ne pas me laisser bouffer par le rouleau compresseur bureaucratique des organismes de tout acabit.

La volonté de ne jamais vouloir lâcher le morceau, mais aussi celle de faire reconnaître mes droits, était une raison pour laquelle je me pliais à toutes les exigences.

J’avais eu la faiblesse d’abdiquer devant le harcèlement sans faille de mon assureur, mais j’avais bien l’intention de ne plus céder un pouce de terrain à qui voudrait encore venir piétiner mes platebandes. 

C’est dans ce contexte que nous nous rendions Chantal et moi à Angers, car j’avais rendez-vous avec le médecin conseil de la MDPH, pour faire le bilan sur mon état de santé. L’enjeu était financièrement important car de la décision finale dépendait ou non de mon maintien à un taux de 80% d’incapacité, condition nécessaire pour conserver ma demi-part supplémentaire pour le calcul de l’impôt sur les revenus.

Suite à ma demande, j’avais reçu quelques mois plus tôt mon dossier de renouvellement de carte d’invalidité et de stationnement, auquel j’avais répondu après avoir fait remplir le questionnaire médical par mon médecin. C’est dans le cadre de la procédure administrative que j’étais donc convoqué en ce vendredi 13 novembre. Nous disposions d’une adresse précise, mais d’un plan succinct pour nous rendre sur notre lieu d’entretien. Nous avions pas mal galéré pour identifier l’endroit, mais à présent la voiture était garée sur le parking de l’établissement et j’étais dans la salle d’attente à patiemment  poiroter comme j’avais appris à le faire depuis que ma vie avait pris un virage à 90 degrés.

« Monsieur Gautier ? »

« Oui »

« Veuillez me suivre. »

L’homme ne me paraissait pas tout jeune, était-il ici pour se faire un petit complément à sa retraite ? Il ne m’avait pas laissé le temps de poursuivre mes pensées.

« Nous avons pris la liberté de vous convoquer, car nous voulions mettre à jour votre dossier »

Je ne savais pas ce qu’il voulait mettre à jour, car tout avait été dit dans nos différents échanges courriers. Il m’avait demandé ensuite de lui raconté une histoire que j’aurai dû enregistrer sur une cassette audio tellement il fallait que je me répète à chaque fois que je rencontrais une nouvelle blouse blanche.

« Lorsque je lis le rapport de votre généraliste, et que je vous regarde, je constate que vous êtes plutôt en bonne forme. »

Il  me fixait dans les yeux en prononçant cette phrase, il lut sur mon visage une expression qui en disait long sur mon état d’esprit.

« Bonne est un mot un peu excessif par rapport à ce que vous avez vécu, je dirais autrement, je vous trouve relativement en forme. »

Je ne pouvais pas nier que depuis l’arrêt du traitement chimiothérapique, j’étais capable de reprendre une certaine forme d’activité qui ne donnait pas de moi l’image d’une personne fortement handicapée.

« Je peux peut-être appuyer pour que vous obteniez une carte de priorité dans les magasins et services publics, mais pour ce qui est de l’incapacité à 80%, vous comprendrez aisément que j’aurai du mal à défendre votre cause. »

Mon front qui se plissait, la moue qui déformait le coin de mes lèvres, mon hochement de tête, toutes les expressions qui étaient les miennes, à l’annonce de la proposition qui venait de m’être faite,  ne laissait aucune place au doute. J’étais complètement anéanti par l’avis rendu par mon interlocuteur.



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