Eclipse totale

Plus mon locuteur tentait de se justifier, plus il s’enlisait dans des commentaires qui me rappelaient que trop bien mon entrevu avec le médecin conseil de mon assureur, et cette analyse de mon dossier ne faisait pas mon affaire. Je tentais de  contenir ma colère face à cette nouvelle injustice, mais mon visage crispé trahissait mes sentiments, ce qui accentuait d’autant plus la gêne du médecin.

« Je n’aime pas du tout cette situation, vous avez suffisamment souffert comme ça et je trouve totalement immoral cette manière dont je dois vous dire les choses, mais je ne peux quand même pas inventer des complications qui n’existent pas.»

Il cherchait ses mots pour me consoler.

« Il faut prendre les choses du bon côté, et vous réjouir d’aller mieux. »

Il n’avait pas employé le mot de guérison. Son attitude était pleine de compassions, et je savais aussi qu’il n’était pas guidé par des motifs financiers, son statut n’étant pas le même que celui du docteur B dont le but était de s’acharner à défendre les intérêts de l’assureur au détriment de celui des malades.

« Ma situation n’est pas stabilisé, le cancérologue a parlé de rémission, mais du jour au lendemain je peu basculer de nouveau dans la maladie. »

Je ne lui apprenais rien.

« Ce qui est aujourd’hui, ne sera peut-être pas demain. Je suis un peu désarmé je l’avoue, devant des critères techniques qui ne reflètent en rien la réalité, mais qui sont déterminants dans la décision finale de la commission. Vous savez il y a les sages qui sont loin du terrain et qui prennent des résolutions au vue des réponses qui leur ont été fournies, et puis il y a moi qui suis témoin oculaire et auditif, de la souffrance humaine. Malheureusement ce questionnaire beaucoup trop rigide ne souffre aucune alternative, en fonction des réponses, soit on va mieux, soit on va toujours mal. Ne permettant pas de discerner des exceptions à la règle, il n’amène pas toujours à un jugement équitable. Dans votre cas j’ai bien peur qu’il conduise à une solution qui ne vous satisfasse pas. Mon boulot va donc consister à nuancer oralement mon rapport d’expertise pour faire balancer la position de la commission en votre faveur. La tâche ne sera pas facile, mais je ferai de mon mieux. »

J’étais convaincu que l’homme était sincère, mais je sortais de son bureau avec la ferme conviction que la bataille était perdue d’avance. En deux temps trois mouvements nous avions perdu l’indemnité de mon assurance, les bourses scolaires pour ma fille, et nous étions sur le point de perdre aussi l’avantage fiscal que mes conditions de malade m’avait permis d’acquérir jusqu’alors. Ce nouveau contretemps dans mes prévisions budgétaires ravivait en moi de vieux démons. L’argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue, et je le savais que trop bien ayant vécu dans un lointain passé la précarité financière.

Pour l’heure je me réjouissais de passer le reste de l’après-midi avec Eliane qui n’avait pas cours et qui nous attendait dans son appartement du centre ville. En cette mi-novembre les esprits commençaient à se préparer à fêter Noël, et nous allions profiter de notre passage à Angers pour y dénicher des idées de cadeaux.

Depuis deux années que la bête féroce ne s’était plus manifestée, ma ligne d’horizon s’était considérablement élargie, je pensais effectivement beaucoup moins à la mort, tout en évaluant la considérable chance qui m’avait été donnée de pouvoir encore diriger mes yeux vers le soleil levant. 

Je ne savais pas encore que mon 24ème scanner serait l’annonciateur d’une éclipse totale, et que ma vie sombrerait de nouveau dans les ténèbres.



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