La force excessive du cancer

Lundi 6 juin 2011, mon 9ème cycle de chimiothérapie débute ce jour après une période de repos bien agréable à vivre. Il y a une semaine jour pour jour, je passais le 29ème scanner de mes 6ans ½ de carrière de malade. L’épreuve avait bien mal débuté, car l’opérateur ne pouvait pas m’injecter le produit de contraste.

« Votre taux de créatinine est bien trop élevé, 15 micro-grammes par litre de sang au lieu des 12 micro-grammes à ne pas dépasser. Je ne veux pas aggraver votre insuffisance rénale avec ce produit très nocif, il n’est pas question de vous conduire par une imprudence à la dialyse. Le résultat ne sera pas aussi fiable, mais votre dernier scanner n’étant pas si mauvais, il sera facile de constater une aggravation éventuelle. »

L’examen étant pour moi de la routine, je redoutais davantage l’étape suivante, l’entretien avec le cancérologue. Le docteur R avait changé de bureau, il était désormais dans la partie nouvelle de l’établissement, nous étions Chantal et moi, un peu déroutés de nous retrouver dans ce nouvel environnement. L’attente était d’autant plus longue que les paroles du manipulateur scanner m’avaient plus que contrarié. Le stress était comme à chaque fois, à la limite du supportable.

« Monsieur Gautier ? »

Même les moments les plus difficiles finissent par passer, pour ne devenir qu’un mauvais souvenir. L’entretien cordial avec l’oncologue ne laissa cependant pas de place à l’espoir, quant à une élimination définitive du cancer.

« Votre scanner n’est ni meilleur, ni pire que la dernière fois, le Sutent remplit correctement son rôle de stabilisateur de la maladie. »

Nous étions déçus, très déçus, car la dernière semaine de traitement de mon 8ème cycle avait été particulièrement difficile. Le docteur R avait bien compris notre attitude.

« La profession n’a pas constaté autre chose qu’un blocage dans le développement des métastases et ceux depuis 6 ans que cette nouvelle molécule est sur le marché. »

Je n’étais pas d’accord avec lui car le Néxavar, avait bien débarrassé mon corps de la vilaine bête féroce entre 2005 et 2007.

« Vous étiez un cas exceptionnel, car je n’avais ni rencontré avant, et je n’ai ni rencontré après, de patient réagissant comme vous l’aviez fait à l’époque. D’ailleurs vous n’étiez pas totalement débarrassé du cancer, car il a repris lentement mais sûrement sa progression après l’arrêt du traitement. Simplement les tumeurs avaient tellement diminué, qu’il n’était plus possible de les voir à l’œil nu. »

« Pourquoi avoir stoppé dans ce cas la chimiothérapie. »

« Nous voulions croire au miracle, et il était inutile de prolonger vote calvaire des effets secondaires, avec des résultats comme nous les avions obtenus. »

Après avoir pris congé de note interlocuteur nous étions repartis néanmoins rassurés du CAC de l’espoir, je venais de vivre une des ces nombreuses renaissances que le progrès de la médecine était en mesure de m’offrir. Il fallait ôter de nos idées l’utopie de la guérison, l’essentiel étant pour moi de continuer mon petit bonhomme de chemin.

 

Le lundi 7 juin 2010, c’est-à-dire il y aura un an demain, je m’apprêtais à entendre de la bouche de mon médecin la sentence. Depuis février le cancérologue avait largement préparé le terrain, je ne me faisais aucune illusion, cependant il y avait quand même une petite partie de moi, qui voulait croire encore au miracle. Nous en étions au 25ème scanner, et l’examen passé, j’attendais nerveusement dans la salle d’attente des consultations, que le docteur R m’annonce un retour à la case départ. La vérité n’est pas agréable à entendre, mais l’incertitude est le pire de tous les maux, je vivais l’enfer et finalement l’oncologue allait me sortir des flammes.

« Monsieur Gautier ? »

La minute fatidique n’avait jamais été aussi proche, nous allions une nouvelle fois sauter dans le vide, plus dur serait la chute.

Le docteur R était embarrassé, il cherchait ces mots. Il percevait l’échec de la thérapie comme son propre échec, il était comme beaucoup de ses collègues placés dans le même contexte, frustré par l’impuissance de la médecine, face à cette force excessive que le cancer déployait pour maintenir le monde médical, le plus souvent possible en échec.  

 



WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie