L’île de la guérison

Jeudi 17 juin 2010, notre rendez-vous au CAC de l’espoir était fixé à 14 heures. Tout le parcours que nous avions accompli depuis décembre 2004 était réduit à néant, il fallait remettre le compteur à zéro, et je ne savais vraiment pas si j’allais avoir le courage d’affronter de nouveau cette course épuisante contre la mort. L’adversaire était de taille, il avait battu des millions de malades avant moi, et petit à petit, le doute s’immisçait de nouveau  dans mon esprit, quant à mes capacités de remporter la victoire. 

Chantal avait tourné la clé de contact de la Citroën C4, afin de me conduire à Nantes pour la 55ème fois de ma carrière de cancéreux. La perception d’injustice était forte, et j’avais beaucoup de mal à chasser cette rage qui me faisait souhaiter des épreuves à quelques personnes de mon entourage que je trouvais autrement plus vernies que moi. Je luttais de toutes mes forces pour revenir à de meilleurs sentiments, car il était primordial d’éteindre la révolte qui couvait dans mon for intérieur. La maladie avait fait de moi une victime, je refusais qu’elle  me transforme en prime,  en une sorte de créature acariâtre et fortement détestable

Personne n’étant responsable de ce qui était en train de m’arriver, j’avais le devoir d’acceptation, sans pour autant celui de soumission, car poursuivre la lutte était toujours dans le domaine de ma volonté, mon avenir restant malgré tout propriété de mon destin.

J’avais l’habitude de ces arrivées au centre médical, pourtant le franchissement de la grille d’entrée restait toujours pour moi un moment d’émotions particulières. L’immensité du site, la concentration de milliers de véhicules garés sur les parkings, et les centaines de gens qui grouillaient aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur des bâtiments, formaient un univers particulier, qui m’oppressait en ce jour, un peu plus qu’à l’accoutumé, car l’annonce de cette rechute avait largement égratigné dans mon esprit, mon capital sérénité. La période où le Néxavar m’avait donné la possibilité de croire en la guérison,  était bel et bien derrière moi.   

La salle d’attente était vide, l’opératrice n’était pas encore arrivée de déjeuner et j’étais son premier patient. Nous avions Chantal et moi échangé quelques mots, mais à présent nous fermions les yeux pour tenter quelques peu de nous reposer.

« Monsieur Gautier ? »

La femme était relativement jeune et possédait un joli visage. Elle m’accueillit avec un sourire qui n’était pas superflu en ces circonstances peu engageantes.

Je connaissais assez bien la procédure, et je fus allongé assez rapidement sur la table d’examen. Elle me demanda de lui raconter brièvement mon parcours médical. Je la sentais très à l’écoute, et pas simplement par devoir professionnel, il dégageait de son être beaucoup d’humanité. Elle avait le don de me décontracter en prenant le temps avec sa voix douce et rassurante de m’expliquer jusque dans les moindres détails les gestes qu’elle allait accomplir pour mener à terme, et dans les meilleures conditions possibles, cette petite intervention chirurgicale.

Sans surprise l’échographie avait décelé la présence d’une tumeur intramusculaire. La praticienne avait pris soin d’en mesurer le volume. Elle prenait également des notes pour transmettre ensuite son rapport au docteur R avant de me rendre compte des suites de l’intervention.

Aidée de son assistante comme j’en avais été averti, elle m’avait administré un léger produit anesthésiant au niveau de l’épaule, et à présent elle pouvait sans la moindre crainte m’enfoncer l’aiguille pour pénétrer cette vilaine grosseur qui faisait l’objet de ma présence en ce lieu, sans craindre de me faire souffrir.

Mon interlocutrice m’avait expliqué qu’il fallait que l’opération soit précise et très rapide pour ne pas faire saigner la tumeur. C’est donc par un système de ressort qui se détendait d’un coup, que le piston de la seringue remonta, entraînant avec lui le précieux prélèvement.

« Voilà monsieur Gautier, nous avons fait du bon travail. Je vais envoyer l’échantillon au laboratoire d’analyse, et vous aurez le résultat par l’intermédiaire du docteur R. Je vous souhaite bon courage, je ne doute pas qu’avec un traitement adéquat vous viendrez à bout de cette épreuve. »

Nous avions quitté le service avec beaucoup d’avance par rapport à mon autre rendez-vous, aussi nous avions largement le temps de sortir prendre l’air avant de poursuivre l’aventure.

Assis sur un banc, nous essayions de garder la tête hors de l’eau en plaisantant gentiment sur la mine des nouveaux arrivants. Nos sourires étaient un peu forcés, mais il fallait se forcer. Construire dans nos têtes un radeau suffisamment solide qui nous conduirait peut-être vers l’île de la guérison, était dans ces moments précis, notre arme principale contre l’anéantissement



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