Ma salle de torture

Dimanche 10 juillet 2011, une fois de plus, le sentiment d’injustice a failli reprendre l’avantage. Mon 9èm cycle ce chimiothérapie s’est terminé il y a tout juste une semaine, et le bilan de cette nouvelle phase de traitement, aussi bien moralement que physiquement, était plutôt positif, jusqu’à ce message téléphonique du mercredi soir suivant, qui me ramena brutalement à mes plus mauvais souvenirs. Il fallait que je rappelle mon généraliste l’après-midi du lendemain, car les résultats de ma 156ème prise de sang signalaient entre autres une perte significative de potassium, et il était souhaitable de stopper au plus vite cette diminution, liée probablement aux effets pervers de mon traitement.

Sans doute trop occupé à accueillir nos convives à l’apéritif, et peut-être également à cause de ma longue expérience de vie de malade, j’avais accueilli la nouvelle, en apparence avec détachement. C’était sans compter sur mon subconscient qui avait bien tenu son rôle, en rajoutant cette anicroche à la longue liste de mon dossier, afin de me la reverser à la première occasion venue. Existe-t-il un moment plus favorable que le réveil nocturne pour se laisser polluer complètement l’esprit de pensées négatives, interdisant ainsi toute tentative de recouvrer le sommeil ?

Mon fils était rentré du travail avec cette épée de Damoclès qui menaçait son emploi, mon médecin en avait rajouté une couche en me rappelant que le combat contre la maladie était sans fin et qu’il était illusoire d’espérer retrouver un jour le cours d’une vie normale. Nos invités nous avaient rapportés de bonnes nouvelles concernant certaines personnes de notre entourage qui cumulaient les réussites, alors que de mon côté je cumulais les désillusions. La colère, la jalousie, l’inquiétude, l’angoisse tous ces sentiments s’associaient entre eux pour malmener mes nerfs. J’avais les mains moites, la sueur coulait sur mon front, et pour couronner le tout j’avais donné du grain à moudre à mon cœur qui semblait plus que motiver pour reprendre son mouvement anarchique. Le réveil indiquait 4 heures du matin, j’étais bon pour me lever car Morphée était en grève et je n’étais pas sûr qu’il veuille reprendre du service.

La nuit avait été effectivement blanche, j’avais été voir le docteur C qui m’avait prescrit du Diffu-K, trois nouvelles prises de sang et  s’était enquis de la date de mon prochain rendez-vous à Nantes, justement fixé au lendemain. J’avais effectué mon pèlerinage au  CAC de l’espoir pour récupérer l’ordonnance de mon 10ème cycle de chimio, et les jours passants, la surexcitation de la nuit du mercredi au jeudi s’était calmée, pour disparaître totalement. Ainsi va ma vie, et je ne peux rien y faire de plus, sinon que de cueillir ses roses en évitant de trop me piquer à ses épines. La rose que j’ai cueilli aujourd’hui me donne assez de motivation pour poursuivre mon récit   

 

Jeudi 17 juin 2010, j’avais bien entendu la consigne, mais ma surprise était tellement grande, que j’avais demandé à l’opératrice de me répéter la phrase qu’elle venait de prononcer, pour être sûr de ne pas rêver.

« Il faut enlever le slip aussi ? »

« Oui entièrement nu. »

Cette femme qui ne voyait pas ses patients comme des humains pourvus de sentiments, mais  comme la matière première de son travail, n’avait absolument rien remarqué de l’embarras dans lequel elle venait de me mettre. Il ne fallait donc pas espérer de sa part une petite phrase de mise en confiance, encore moins de la compassion.  J’avais lu dans la presse que le respect de l’intimité était le socle d’un accompagnement humain, manifestement mon accompagnatrice n’avait pas suivi de stage en ce domaine. Elle m’avait invité à me déshabiller à l’intérieur d’une cabine d’un mètre carré.  Dans cet espace restreint, assis sur banc beaucoup trop étroit pour mes fesses qui n’étaient pourtant pas plus larges que la moyenne, j’attendais complètement recroquevillé sur moi-même, que l’opératrice veuille bien se souvenir de mon existence.

Le stress avait engendré une transpiration excessive, et mon corps dégoulinant de sueur se  refroidissait peu à peu. Je grelotais de tous mes membres, et appréhendais cette minute où j’allais devoir me présenter complètement à poil devant cette femme qui n’avait pas plus d’émotions qu’un robot.

« Monsieur Gautier ? »

J’étais sorti de la cabine les mains sur le sexe, dans la position d’un déporté devant son bourreau. Elle m’avait tendu une serviette éponge qu’il fallait poser sur mes hanches lorsque je serais allongé. J’avais attrapé le linge d’une main, tout en gardant l’autre à l’endroit que je voulais préserver des regards, les genoux à moitié pliés comme en signe de soumission. Mon attitude était sans doute ridicule, car j’avais gravi bien des montagnes depuis le début de mon combat, et cette épreuve à laquelle j’avais tant de mal à faire face, semblerait bien dérisoire  à affronter pour d’autres, mais mon extrême pudeur faisait partie de ma personnalité, et cette particularité de ma personnalité avait été bien malmenée depuis que le milieu médical partageait ma vie de tous les jours, je n’avais qu’un objectif en tête, quitter le plus vite possible ma salle de torture.



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