La vérité au malade

Je ne peux aujourd’hui éprouver d’autre sentiment qu’une vraie tristesse et une profonde impression d’injustice face à des relations bâties sur le non-dit et sur ce qu’il faut bien appeler le mensonge, voire l’hypocrisie, ces situations menant irrémédiablement à l’impasse.

 

J’ignorais combien de jours j’aurais à attendre avant d’entendre de la bouche de mon cancérologue les résultats de mes examens. En attendant il était difficile de ne pas se faire un film sur l’avenir qui m’était promis. Comme je l’ai déjà souligné maintes et maintes fois au cours de mon récit, l’incertitude est la pire des tortures à supporter. Jusqu’à présent j’avais la conviction que les médecins ne m’avaient rien caché de mon état de santé, et qu’ils s’étaient comportés comme de véritables coachs, dans la lutte qui était la mienne. Désormais j’avais peur que les relations de vérité ne s’estompent, pour enfin ne plus exister. Mon expérience me conduisait à affirmer que je supporterais difficilement le mensonge au moment où j’en aurais plus le besoin. Ma souffrance morale serait alors exacerbée par l’impression de ne plus être respecté. Mon souhait n’était pas qu’on me jette à la figure une réalité qui blesse (Docteur H avait en son temps, excellé en ce domaine), je désirais plutôt que l’on bâtisse une chartre d’honnêteté et de moralité entre les principaux protagonistes (médecins, familles, et malade) grâce à laquelle nous avancerions prudemment avec une ferme volonté, sur le chemin de ma destinée.

Le mercredi 23 juin, il y avait quasiment 1 semaine que nous avions effectué notre petite escapade en Nantes, et devant le silence obstiné du téléphone, nous nous résolûmes à contacter mon médecin généraliste qui maintenait une relation permanente avec le CAC de l’espoir. Peut-être avait-il reçu un rapport, susceptible d’apaiser un peu l’angoisse qui commençait à gagner du terrain aussi bien dans mon esprit, que dans ceux de mes proches.

Docteur C n’avait aucune information à nous fournir, mais comme il n’était pas de ceux qui ne culpabilisent pas en laissant les patients dans une inconfortable position d’ignorance, il nous promit de contacter monsieur R, et de nous tenir ensuite au fait de la conversation. 

Il avait fallu attendre encore 24 heures avant d’obtenir une réponse partielle à nos questionnements. J’étais absent lorsque Chantal avait décroché le combiné du téléphone.

« Madame Gautier ? »

« Oui. »

« J’ai eu le CAC de l’espoir en ligne, la scintigraphie des os n’a rien révélé d’anormal, par contre votre oncologue n’a pas encore les résultats de la biopsie. »

La réponse mi-figue mi-raisin du généraliste avait quelque-peu déçu Chantal. Elle aurait dû se réjouir que mes os ne soient pas atteints par la maladie, mais c’est plutôt le doute sur le rapport que le médecin venait de lui transmettre, qui assombrissait son état d’esprit. Le médecin était-il en train de lui cacher une vérité qui n’était pas intéressante à entendre.

« Êtes-vous en train de vouloir protéger une soi-disant fragilité de votre interlocutrice, en taisant une partie de l’évidence ? »

« Je vous assure madame Gautier je vous transmets les dires de l’oncologue telles que je l’ai entendus. »

« Et d’abord est-ce bien vrai que le cancer n’a pas touché encore le squelette ? »

« Je vous promets madame Gautier, que je vous dirais toujours la vérité, comme je l’ai toujours fait jusqu’à présent. »

Chantal m’avait relaté la conversation qu’elle venait d’avoir avec le praticien. Une déjà trop longue histoire avec la malade, lui avait appris elle aussi à être méfiante. Le milieu médical s’appliquait à dire les choses, mais quelques fois en employant des mots ambigus, ou en omettant de donner d’importantes précisions. Il ne fallait pourtant pas que nous nous laissions gagner par le doute, le mieux étant de provoquer sans cesse nos interlocuteurs pour les pousser à ne pas tricher.



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