L’image de soi

La secrétaire du docteur R, nous avait téléphoné, pour me signaler la date de ma convocation fixée au 29 juin, nous allions recevoir une confirmation de cet appel par la poste.  

Ce 29 juin coïncidait avec le 40ème anniversaire de la mort de mon père, la journée s’annonçait donc doublement triste.

Une fois de plus je retenais mon souffle, le temps donnait l’impression de s’être arrêté, le verdict serait sans appel, mais rien ne me semblait pire que l’attente.  

« Monsieur Gautier ? »

Mon cœur battait la chamade, le sang fouettait mes tempes, une sueur froide perlait sur mon front, la fuite était cependant impossible, nul n’échappe à son destin.

Une mince frontière séparait le courage qu’il fallait avoir avant de pénétrer dans l’antre du loup, de cette peur incommensurable que m’inspirait la perspective d’une mort prochaine, et qui n’était pas bien loin d’attiser mon plongeon dans la  folie.

L’heure n’était ni au sourire, ni à la plaisanterie, pourtant le médecin se voulait rassurant, il  s’efforçait de désamorcer tant bien que mal,  l’ambiance tendue de ce début d’entretien.

« Les examens de la biopsie ont confirmé la reprise du cancer initial, nous allons donc débuter sans plus attendre une nouvelle chimiothérapie. »

Il n’était point question de participer à un nouveau protocole. Le moteur de ma motivation qu’avait été ma contribution volontaire à des essais thérapeutiques pour faire avancer la science n’étant donc pas à l’ordre du jour, il faudrait puiser mon énergie ailleurs. J’avais beaucoup travaillé ma personnalité pour donner à mon entourage une image de moi positive, et ceux malgré la maladie qui rongeait mon corps et mon esprit, c’est en continuant dans cette voix là, que je trouverais la vigueur indispensable au guerrier avant qu’il ne mène le combat. Je mettrais un point d’honneur à y parvenir.

« Je vais vous prescrire du Sutent. La médication s’effectuera par cycle de 6 semaines, à raison d’une gélule de 50 mg par jour pendant 4 semaines, suivies de 2 semaines de repos. Nous effectuerons un contrôle au scanner tous les deux cycles, avec un bilan sanguin à chaque fin de traitement. Le principe est le même qu’avec le Néxavar, il agit en diminuant l’activité d’un groupe de protéines responsables dans la croissance et la dissémination des cellules cancéreuses. »

Je ne comprenais pas la raison pour laquelle le cancérologue ne se contentait pas d’ordonner du Néxavar, le médicament ayant eu sur moi une efficacité non des moindres car il m’avait fait connaître une rémission de 2ans 1/2, je préférai m’abstenir de lui faire la remarque. Sans doute avait-il ses raisons.

A présent il m’énumérait la liste des effets secondaires que j’étais susceptible de rencontrer, et eu égard à la liste des médicaments annexes qu’il était en train de me prescrire, je sentais que je ne m’apprêtais pas vivre une partie de plaisir.

« Bon j’ai également sous les yeux le résultat de votre scintigraphie, tout va bien de ce côté-là. »

Le généraliste n’avait pas menti, Chantal n’avait pas été roulée dans la farine. L’ambiance s’était un peu détendue, je trouvais la force de plaisanter et de sourire à mon interlocuteur. Je n’étais pas mort, mon état physique n’était pas au plus bas, j’avais des armes pour me battre, nous avions déjà gagné un combat, j’étais en mesure de remporter également celui-là.



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