Un autre lieu de villégiature

Traverser une maladie grave, c’est tout d’abord la ressentir de l’intérieur. C’est éprouver des sentiments de pertes, de solitude, de rupture, de violence. Ces résonances émotionnelles viennent désorganiser les fondements de l’identité du patient. Le caractère agressif des différents traitements va solliciter de manière intense ses capacités d’adaptation physiques et psychologiques.

 

La semaine qui suivit me confirma que les hostilités avaient bel et bien commencées. La fatigue tout d’abord diffuse, s’intensifiait au fur et à mesure que s’égrainaient les jours du calendrier, elle prenait petit à petit possession de mon organisme, et je sentais qu’il ne fallait pas lui laisser gagner davantage de terrain.      

Le ciel avait entendu mes prières, car la rage de vaincre s’était emparée de moi, je n’écoutais donc plus les signes de détresses de mon corps, je focalisais au contraire mon esprit sur le but que je m’étais fixé, ne pas saborder notre séjour.

Je ne comprenais pas très bien ce phénomène qui me permettait d’outrepasser mes capacités physiques, mais le fait était bien réel, je vivais l’instant sans que personne autour de moi ne se rende compte de l’effort qu’il me fallait accomplir pour ne rien laisser paraître. 

Je savais que je ne gagnerais pas la partie, mais je ne voulais pas sombrer sans avoir combattu et surtout, il était impératif de venir à bout du challenge que je m’étais fixé. Je ne mettais aucun frein au programme que nous avions établi, et je rajoutais aux efforts physiques, d’autres efforts physiques, notamment en effectuant de longues marches sur la plage, à l’heure où ma famille consacrait du temps à la lecture et au repos.  

Je n’étais pas rentré de ce trop bref séjour sans amertume car j’avais une facture à régler, et il me faudrait l’acquitter, que je le veuille ou non. J’avais perdu beaucoup de ma combativité, les vacances étaient derrière moi et je n’avais dans l’immédiat aucune source de motivation capable de me donner l’énergie nécessaire pour poursuivre la lutte. Je replongeais donc dans mon quotidien, avec néanmoins la satisfaction d’avoir rempli mon contrat.

Mon escapade n’avait durée qu’un temps, j’étais désormais rattrapé par mon destin, une brèche monumentale s’était ouverte dans mon esprit, je n’avais pas d’autres solutions que de déposer les armes.

Le Sutent produisait ses effets, il fallait l’accepter. Pour l’heure j’avais présumé de mes forces, et je n’étais pas en état de poursuivre dans la résistance.

L’été ne faisait que commencer, le soleil brillait de mille feux mais j’étais incapable d’en profiter. La fatigue avait tout d’abord remplacé la lassitude, et la fatigue laissait à présent sa place à l’anéantissement. Je n’avais pas d’autres issues que de rester vissé dans mon fauteuil en attendant des jours meilleurs.

J’avais lu dans la brochure donnée par le cancérologue, un article concernant les conséquences négatives que pouvaient avoir la prise du Sutent sur le corps. Dans de rares cas en effet, la fatigue pouvait conduire à l’alitement du patient. Avec la chance qui était la mienne, et au regard des symptômes que je constatais, il ne faisait aucun doute que j’allais rapidement faire partie de ces heureux élus. 

Chantal avait acheté des bains de soleil, et à défaut de pouvoir marcher, cette acquisition me permettait de prendre l’air à l’ombre d’un parasol.

A ce stade de l’expérience vécue, je n’étais pas inquiet outre mesure, j’espérais simplement que ma mise sur la touche ne serait que provisoire. J’avais confiance rien ne me faisait penser que mon état de santé défaillante pouvait avoir une autre cause que celle engendrée par les effets secondaires de ma chimiothérapie. Je m’apprêtais à vivre pourtant l’épisode le plus difficile de ma carrière de malade. Mes vacances au bord de la mer étaient terminées, mais un autre lieu de villégiature m’attendait, beaucoup moins enthousiasmant celui-là.



WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie