La course et son issue

Il est évident pour tous les cliniciens que certains cas de cancers ne relèvent d’aucune ressource thérapeutique, tant la maladie est disséminée, invasive et évolutive, tant l’équilibre physiologique est précaire. Alors vient le choix entre la paix thérapeutique (la mort à plus ou moins brève échéance) et une survie prolongée, acceptable et acceptée par le malade, grâce à des traitements et à des stratégies qui contrôlent la prolifération tumorale. Ainsi certains cancers deviennent des maladies chroniques. Beaucoup de malades, dans cette situation, savent que survivre aujourd’hui, c’est peut-être survivre jusqu’à la prochaine découverte importante. Ils gouttent aussi la joie d’être avec leurs proches, de voir grandir leurs enfants. Cependant, le statut du cancer en tant que maladie chronique, le mystère qui l’entoure sur le plan scientifique et les bouleversements qu’il entraîne chez les individus qui le contractent sont tous des facteurs qui contribuent à placer les victimes dans une catégorie sociale marginalisée, comme pour les handicapés physiques. A la différence que les cancéreux doivent faire face à une limite particulière : la conscience de l’échéance écourtée de leur vie. Cette position singularise l’expérience de cette forme de chronicité et, à elle seule, entraîne une foule de conséquences dans la vie quotidienne, notamment au plan de la communication et du sens à donner à l’existence.

 

La découverte par inadvertance de ma tumeur au bras avait entrainé dans ma tête un mécanisme de défense m’interdisant d’admettre la gravité des faits. Plonger dans le déni ne provoquait pas l’oubli total de la réalité, mais il en amoindrissait considérablement l’impact sur mon mental.     

Très vite après mes premières prises de Sutent, j’avais eu envie de sortir la tête du sable et reprendre les rênes du combat. Connaître l’efficacité du produit obsédait mes pensées, il fallait simplement dominer sa peur (celle de l’échec), et s’armer de courage pour ne plus demeurer dans cette inconfortable ignorance.

Le jour J était enfin arrivé, et en passant ma main sur mon épaule,  j’avais voulu croire au miracle,  car la grosseur qui déformait le galbe de cette épaule avait quasiment disparu. Cette constatation avait considérablement modifié mon humeur, et un très beau coin de ciel bleu était apparu dans mon esprit.

J’avais en mémoire ma première expérience au Néxavar, le produit avait été fortement actif, nul doute que ce nouvel épisode allait ressembler au précédent.

Ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, tout le monde connaît cette expression, j’avais en effet adopté un comportement beaucoup trop optimiste, et j’étais convaincu d’être sur le point de gagner la partie.

Je communiquais la nouvelle à qui voulait bien l’entendre, et qui voulait bien l’entendre prenait mes paroles pour argent comptant.

C’était sans compter sur la réalité du terrain, et mon séjour à l’hôpital venait de me faire connaître une météo autrement plus maussade que celle qui avait peuplé pour un temps mon esprit. 

L’infirmière sceptique,  avait bien voulu croire à la responsabilité de la perfusion dans cet incident qui avait occasionné l’œdème de mon bras gauche, je m’étais bien gardé de lui dire (déni de la réalité), que ma tumeur avait également fait sa réapparition à l’endroit même où je l’avais crue disparue. Après avoir placé une compresse imbibée d’alcool sur l’objet de mes tourments, ma soignante avait pris congé de moi. Ce nouveau et fâcheux retournement de situation m’avait foutu un coup de massue, la nuit avait été quasiment blanche, et peuplée d’angoisses. Puis les jours suivant, noyé dans mes soucis du moment, j’avais retrouvé petit à petit le chemin de la sagesse et de la résignation. Une nouvelle fois mes espoirs étaient déçus, et alors ! J’étais toujours dans l’état de combattre, il fallait donc poursuivre, et poursuivre, inlassablement.

Pour l’heure je débutais une période de convalescence loin du milieu médical, j’avais retrouvé mon environnement, ma famille, et mes repères. J’attendais avec impatience la reprise de mon traitement de chimiothérapie, car j’avais la nette impression de marcher sur un fil, sans son indispensable filet de protection.

En fonction de l’évolution de mon état de santé, le docteur R avait fixé de se revoir éventuellement avant la fin du mois, et comme ma guérison était effective, en ce jeudi 19 août, l’ambulance me conduisait à son cabinet. Je menais une course dont ma survie dépendait de son issue,  et à cause de cette septicémie, je venais de concéder pas mal d’avance à mon adversaire, il fallait faire vite. Je me promettais aussi de montrer au cancérologue mon bras qui s’était nettement dégonflé depuis mon retour à la maison, mais qui présentait encore des signes apparents d’un œdème en voie de résorption.    



WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie