Mon encombrante carcasse

A chaque seconde, à chaque instant, tout est exactement comme cela doit être. Et lorsque l’instant ne correspond plus aux attentes, il faut l’accepter ou se condamner à vivre constamment dans la révolte et le malheur.

 

Vouloir exister dans la revendication constante du bonheur, revient à être victime de ses attentes. Accueillir toute situation comme occasion de se transformer, c’est grandir véritablement

 

 

 

Depuis quelques jours la classe est fortement indisciplinée, mon cœur qui porte déjà le bonnet d’âne c’est de nouveau distingué. Ce sera lui ou moi, je ne peux pas envisager son exclusion, mais il va falloir sévir, ma qualité de vie en dépend.  

 

La fatigue s’est installée dans les lieux alors que je ne lui avais pas dit d’entrer. Du coup je suis débordé, et je n’arrive plus à faire régner l’ordre.  

 

Comme je n’ai pas les yeux partout, les reflux gastriques en ont profité pour en rajouter une couche et ont entraîné dans leur insubordination mes intestins qui s’étaient endormis au début du cours. Les autres élèves ont bien voulu se tenir à carreau pour l’instant. Je sens que tôt ou tard ma patience aura des limites,  je rendrai alors mon tablier.  

 

J’en suis donc en ce samedi 17 septembre 2011 à la 3ème semaine de mon 11ème cycle de chimio et les effets secondaires restreignent fortement mon emploi du temps. Je n’ai pas fait grand-chose depuis mercredi dernier, et je n’irai pas ce jour au mariage de ma petite cousine. Trop d’énergie dépensée, finit par user un moteur qui à de plus en plus de mal à fonctionner. Il me reste une semaine de difficile, et je serai ensuite en vacances avant de reprendre en octobre mon traitement. Pour l’heure la nuit n’a pas été trop mauvaise, je m’arme donc de courage pour faire quelque chose de mon encombrante carcasse. Tapoter sur le clavier de mon ordinateur reste un de ces moments privilégiés que la maladie ne m’a pas encore supprimé.

 

 

 

Vendredi 17 décembre 2010, la salle d’attente du docteur R était pleine comme à l’accoutumé. Je tenais entre les mains une revue spécialisée sur laquelle je pouvais lire un article qui disait à peu près ceci.

 

Le milieu médical est l’un des rares secteurs d’activités qui ne manque pas de travail, mais la crise économique et la rigueur financière amputent gravement la qualité des soins. Des tensions apparaissent de plus en plus entre le personnel des hôpitaux et les usagers, ceci est particulièrement vrai lorsque le malade doit passer par les urgences. Il faut incriminer le gouvernement qui restreint à chaque budget un peu plus la quantité de personnel…..

 

J’avais en effet constaté en août de cette même année lors de mon passage à l’hôpital une prise en charge plutôt lente compte-tenu de ma pathologie. Nous avions pénétré dans le sas des  entrées aux alentours de 17 heures, une femme avait pris le courrier de mon médecin, puis m’avait installé à proximité des box d’admission. Chantal m’avait quitté vers 9 heures, et je n’avais été installé dans ma chambre qu’aux alentours de 1 heure du matin. L’épreuve m’avait paru extrêmement pénible, et j’avais bien senti à cet instant, la dégradation de la qualité du service,  mais dans mon esprit  ceci n’était plus qu’un mauvais souvenir, et de toute façon  je ne souhaitais d’aucune manière renouveler l’expérience.  

 

Depuis que je fréquentais le CAC de l’espoir si manque de personnel il y avait, je n’avais jamais constaté une quelconque nervosité parmi l’équipe soignante, et il ne fallait pas avoir inventé l’eau chaude pour comprendre qu’aucun membre de cette équipe ne comptait ses heures. Les malades étaient toujours bien accueillis et personnellement je me sentais fortement rassuré par la qualité de l’attention qui m’était portée.   

 

Pour l’instant, j’étais tendu, cette confidence n’est d’ailleurs pas un scoop. J’avais reposé mon magazine sur la table, et je commençais à trembloter de tous mes membres. Le lecteur doit avoir l’impression de lire et de relire toujours la même chose, lorsque je parle de visite chez l’oncologue, mais je souhaite de tout mon cœur à ce lecteur, de ne jamais connaître ces moments d’attente cauchemardesque qui précèdent un entretien diagnostic avec le médecin. Il s’agit bien là d’un réel traumatisme.  

 

Je devais remplacer dan le cabinet de l’oncologue, le malade qui était actuellement en consultation. Si je trouvais habituellement que ma patience était mise à rude épreuve, cette fois il n’y avait pas de mots dans le dictionnaire, pour expliquer ce que je ressentais. Une demi-heure que la porte s’était refermée sur l’oncologue et son patient, et je ne voyais toujours pas le bout du tunnel.

 

Le diagnostic devait être préoccupant pour que le docteur R prenne autant de temps avec son interlocuteur. Je luttais contre cette pensée qui me faisait  redouter fortement de devoir partager le même sort que mon prédécesseur, le temps me paraissait bien long avant de connaître la vérité.  



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