Panne de courant

Ce qui est passé a fui ; ce que tu espères est absent ; mais le présent est à toi. 

En nous établissant dans l’instant présent, nous pouvons voir toutes les beautés et les merveilles qui nous entourent. Nous pouvons être heureux simplement en étant conscients de ce qui est sous nos yeux.

 

Connaître enfin la vérité pour se débarrasser du fardeau de l’incertitude, je savais que j’approchais du but, mais la conversation entre mon oncologue et son patient, se prolongeait sans fin. Signe manifeste de nervosité, un homme à côté de moi, faisait sans cesse trembler sa jambe gauche, tandis qu’en face de lui un autre homme fixait le plafond en grattant du bout des ongles l’une de ses jambes de pantalon. L’ambiance était électrique et pourtant on aurait entendu une mouche voler.

Pour essayer de me décontracter, j’avais appuyé ma tête contre le mur et je fermais les yeux. J’entendis une porte s’ouvrir qui me fit sursauter. C’était bien le docteur R qui sortait de consultation. J’avais la confirmation qu’il se passait quelque chose de préoccupant, le médecin donnait des instructions à sa collaboratrice  tandis qu’il était lui-même au téléphone. Le malade attendait assis devant le bureau de la secrétaire, j’imaginais aisément son état d’esprit, malheureusement son histoire n’était pas unique Chaque jours bon nombre de drames silencieux se jouaient  à l’intérieur des murs du CAC de l’espoir, pendant qu’à l’extérieur le monde continuait à courir après le temps.

Ma tension était montée subitement d’un cran, il fallait se morfondre encore le laps de temps nécessaire au praticien pour qu’il puisse étudier et lire le bilan de mon scanner.

 « Monsieur Gautier ? »

L’homme n’arborait pas la face que je lui connaissais habituellement. Même s’il lui était arrivé, mauvaises nouvelles obliges, de m’accueillir d’un sourire gêné, l’oncologue ne m’avait jusqu’alors jamais abordé autrement qu’avec un visage radieux. Cette fois je ne remarquais rien d’autre que des traits tirés, et un regard distant.

Il nous avait invités à nous asseoir et commença à me poser les questions de routine. Mes effets secondaires étaient déjà connus par le praticien, et comme je n’avais rien de nouveau à lui annoncer, j’énonçais mes petits et mes grands bobos de la même manière que je débitais autrefois mes péchés, devant mon confesseur. Le dialogue était quasi nul. Mon interlocuteur souffrait-il d’une indisposition quelconque ?… après tout c’était un homme comme les autres, il avait le droit parfois d’être un peu moins en forme.

« Bon votre scanner est stable, avez-vous besoin de quelque chose qui vous manquerait dans votre pharmacie ? »

Non je n’avais besoin de rien. Il faut dire que j’essayais dans la mesure du possible de supporter les effets secondaires, en évitant d’avoir systématiquement recours aux médicaments de soulagement qui étaient eux-mêmes vecteur d’effets indésirables. J’avalais suffisamment de pilules comme ça, je n’avais pas envie de m’empoisonner davantage.

« Avez vous reçu le compte rendu docteur T ? »

« Oui mais il n’y avait rien d’anormal à me signaler. »

Il m’avait susurré la réponse comme s’il lui avait fallu faire un gros effort pour prendre la parole. Décidément cette journée n’était pas la notre, le compteur avait disjoncté, le courant ne passait plus entre le médecin et le malade.

Il fallait que je me fasse une raison, je n’aurais jamais une explication ferme et définitive à propos de cet œdème que j’avais bien du mal à me défaire.

J’insistai pourtant pour que mon cas avance, j’en avais marre de patauger dans la mélasse.

Mon bras lorsqu’il est enflé est lourd, et j’ai du mal à savoir quoi faire. A ce stade le docteur R ne m’avait pas examiné, et je savais qu’il ne le ferait pas.

« Peut-être pourriez vous me prescrire une écharpe de soutien ? »

« Oui mais cependant il ne faudra pas vous y habituer, le sang doit circuler librement. »

Sans plus d’explications ni de réticences, l’oncologue avait tapoté sur son écran l’ordonnance que je lui demandais, avant de nous inviter à nous lever de nos chaises.

Chantal sortit de son bureau avec la même impression que la mienne, nous venions de vivre la pire des expériences que nous avions connues, depuis que nous fréquentions le CAC de l’espoir.     



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