Quelle sale maladie !

« Quelle sale maladie ! »

La phrase avait été lâchée comme on parle du mauvais temps, sans plus d’émotion, histoire de mettre un point final à notre conversation qui ennuyait mon interlocutrice pressée d’en finir avec moi.

Sentir le peu d’importance que je représentais à ses yeux m’avait blessé plus que j’aurais pu l’imaginer. Nous avions été des complices de jeunesse, nos vies s’étaient ensuite séparées et le temps ayant accompli son œuvre, mon nom était désormais rayé de la liste de ses fidèles. Les choses étaient ainsi faites, je ne pouvais rien y changer. Il ne fallait pas lui jeter la pierre, car dans les conditions d’une situation inversée, ma réaction aurait peut-être été la même.

« Bon et bien à la prochaine ? »

« Ok, prend bien soin de toi Joël, bye »

Ce bye ressemblait fortement à un, à très longtemps.

Nos pas nous éloignaient l’un de l’autre, chacun reprenant le chemin de sa destinée. Destinée qui pour moi restait lourdement ancrée à la maladie, et le sang qui venait de se mettre à couler brutalement de mon nez, était une preuve visuelle, de la véracité de mes propos.

La chimiothérapie, le temps froid, la sécheresse de l’air ambiant à cause du chauffage, beaucoup de facteurs ne rendaient pas facile l’efficacité des soins liés à cette rhinite crouteuse, que je n’arrivais décidément pas à guérir. Pire des hémorragies nasales se déclenchaient à tout instant, et lorsque la crise était passée, le sang coagulait dans mes fosses nasales, formant des petits caillots de sang qui m’empêchaient de respirer. Cette situation m’agaçaient d’ailleurs fortement, aussi j’évacuais ces impuretés en me mouchant à tout instant, provoquant ainsi de nouveaux saignements de nez. Je ne savais pas quoi faire pour sortir de ce cercle vicieux, je misais sur l’arrivée du beau temps, la lutte allait donc être longue et difficile, l’endurance était de mise.

Le cancer qu’un vilain lutin avait collé sur mon chemin m’avait certes jeté à terre, mais au fil du temps j’avais appris à me relever, à frotter mes genoux ensanglantés et à poursuivre ma route. L’expérience m’avait également enseigné la sagesse, la patience, le contrôle de mes pensées négatives, et donc l’espoir de jours meilleurs.

Je m’accommodais donc avec les armes dont je disposais, de cet inconfort permanent qui ne me faisait certes pas trop souffrir, mais qui avait le défaut majeur de m’abrutir, de polluer mes nuits, et donc d’accentuer la fatigue provoqué par mon traitement au Sutent.

Jacques Brel a écrit dans l’une de ses chansons que l’homme n’oublie rien, il s’habitue, c’est tout. Je n’oubliais pas en effet qu’une épée de Damoclès pointait au dessus de ma tête, mais je m’habituais à vivre avec, ainsi qu’à cohabiter avec les nausées, la douleur, les malaises, et les effets plus ou moins dévastateurs qui allaient avec. A l’inverse ma famille ne maîtrisait rien de mes émotions, elle n’était que spectatrice de mon combat. Je pense que l’épreuve était certainement plus difficile pour elle que pour moi. Rien de plus insupportable que de voir périr à petit feu un être cher, sans avoir la possibilité d’intervenir de quelque manière que ce soit.

Les difficultés que je pouvais rencontrer à un moment ou à un autre de mes différents cycles de chimio, mettaient les nerfs de mes proches à rude épreuve, et je cédais devant leur insistance de consulter au plus vite un médecin, l’historie de les rassurer.

Pour la ixième fois je me retrouvais donc en ce début de mois des giboulées,  dans le cabinet de mon généraliste. Le docteur C était d’excellente humeur, il recevait en formation un futur médecin, et mon cas semblait particulièrement passionnant, car le praticien avait passé un bon moment à expliquer  à son élève mon parcours de santé, avant de s’intéresser aux raisons de ma présence en ce lieu.

« Qu’est ce qu’il vous arrive ? »

Mon interlocuteur avait eu l’élégance de ne pas rajouter encore.

Brièvement j’avais expliqué mes sécheresses nasales, les lésions qui entraînaient les saignements, mon nez constamment bouché  etc.….

J’avais été invité à m’allonger sur la table d’examen, et à présent en se penchant sur moi le médecin portait son visage à hauteur de mon appendice nasal. Son écarteur placé alternativement dans mes narines, il établissait peu à peu son diagnostic.

La muqueuse qui tapisse les fosses nasales est riche en vaisseaux  sanguins extrêmement fragiles, l’agressivité du traitement les rend d’autant plus vulnérables. De petites varices se sont formées qu’il va falloir cautériser. Je vais vous diriger vers un collègue ORL. »



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