Cautérisation mon ennemie

D’incessantes démangeaisons m’incitaient à me masser le nez, et ces massages loin de me soulager, m’apportaient en prime une douleur dont j’aurais bien aimé me passer. J’avais en effet l’impression que mes narines étaient bourrées de lames de rasoir,  qui me lacéraient les muqueuses, à chaque fois que mes doigts effleuraient ma peau. Le désagrément était tel que mes yeux se remplissaient de larmes comme si une envie d’éternuer me prenait, et que je ne pouvais pas le faire.

Il fallait aussi compter sur les hémorragies nasales qui sans être impressionnantes devenaient elles aussi de plus en plus courantes. Cette visite chez mon généraliste n’avait donc pas été superflue même si celui-ci me renvoyait vers l’un de ses collègues.

Dans bien des disciplines médicales, le manque de praticiens est devenu quasiment une affaire d’état. Il n’est pas rare en effet de devoir patienter un mois, voir même plus (en ophtalmologie par exemple), pour obtenir un rendez-vous.

Avoir un cancer, et bénéficier d’une chimiothérapie, ne comportent pas que des inconvénients, il suffit de le préciser à la secrétaire, et le jour même vous êtes dans la salle d’attente du spécialiste dont vous solliciter les compétences.

L’examen qui allait m’être pratiqué, ne m’enchantait guère. J’avais eu dans ma jeunesse plusieurs fois l’occasion d’expérimenter à mes dépens les effets fortement désagréables de la cautérisation. A l’époque le praticien utilisait une petite tige de métal qu’il enduisait à l’une de ses extrémités d’acide chromique ou de nitrate d’argent. Ensuite il chauffait le produit au dessus d’un petit brûleur à alcool, puis introduisait son engin de torture dans mes narines pour brûler les tissus malades, à l’aide du produit. Certes il avait pris la précaution d’insensibiliser  préalablement les fosses nasales avec deux mèches imbibées d’un anesthésiant, mais cette petite intervention que j’avais donc déjà subies cinq ou six fois par le passé, était classée dans ma mémoire, parmi les mauvais souvenirs.

Pourtant j’étais zen, en trente ans, la technique avait sans aucun doute évolué. Je voyais bien par exemple une intervention au laser parfaitement indolore, ou toutes autres techniques digne de notre XXIème siècle, et que j’aurais la curiosité de tester pour la première fois.

La salle d’attente n’était pas encombrée, j’entendais les pleurs d’un enfant auquel on venait de faire de la misère, mais dans l’ensemble le personnel n’était pas surmené, et les patients ne semblaient pas non plus trop anxieux.

Depuis 2 ans et 5 mois, c’était mon 7ème passage à la nouvelle clinique, et le docteur L P m’accueillait pour la seconde fois. 

« Dîtes moi tout. »

Chantal m’accompagnait, elle aurait pu prononcer mon laïus à ma place, tant elle avait entendu seriner cette histoire. Le docteur était à l’écoute en même temps qu’il consultait ma fiche sur son ordinateur.  

« Nous nous sommes déjà rencontré récemment ? »

« Oui, pour un bouchon de cérumen dans mon oreille gauche. »

« Bon très bien, voyons ce que l’on peut faire pour vous. »

Le praticien m’avait invité à m’installer sur sa chaise d’examen, et imitait à présent le docteur C en auscultant l’intérieur de mes narines. Son discours était le même que mon généraliste, il allait procéder à une cautérisation.

« Je dois opérer sur un support propre et sain, il faut donc que je vous débarrasse d’abord de ces croûtes sanguinolentes qui collent à votre cloison et qui vous obstruent le nez. »

Sans se préoccuper de mon regard inquiet, il avait posé sur sa tête son casque frontal éclairant, placé un écarteur dans l’une de mes narines, puis avec un petit instrument qui ressemblait à un longue pince à épiler, il piochait l’une après l’autre les impuretés qui tapissaient la muqueuse, pour les extirper de mon nez.

J’étais largement aussi tendu que lors d’un examen chez le dentiste, et je cramponnais vigoureusement de mes mains les accoudoirs de mon fauteuil, priant pour que l’épreuve se termine le plus vite possible.

« Vous me semblez  relativement stressé, pourtant je ne vous fais pas mal ! »

Dans la position inconfortable dans laquelle je me trouvais, j’avais bien des difficultés à lui répondre, pourtant le petit charcutage auquel j’étais astreint n’était pas, loin s’en faut, une partie de plaisir.

« Voilà le côté droit est impeccable, nous allons faire une petite pause, puis j’entame le côté gauche. »

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